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Le facteur majeur de la pandémie à l’échelle mondiale

Obese Planet
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Un important rapport de l’organisme World Obesity Federation montre que sur les 2,5 millions de décès causés par la COVID-19 à l’échelle du globe, la très grande majorité (88 %) de ces décès ont touché les pays dont plus de la moitié de la population est en surpoids. 

Il est maintenant clairement établi que l’obésité est une condition qui augmente la probabilité de développer un large éventail de maladies chroniques, incluant les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et plusieurs types de cancers. 

La pandémie de COVID-19 a révélé que le surpoids représente également un important risque de complications des maladies infectieuses : plus de 40 revues systématiques et 20 méta-analyses des études cliniques réalisées au cours de la dernière année ont en effet montré que les personnes en surpoids qui sont touchées par la COVID-19 ont un risque accru d’hospitalisation, d’admission aux soins intensifs, de requérir une assistance ventilatoire et de mourir de la maladie.

Un problème mondial

En comparant les données recueillies dans plus de 160 pays du monde, le rapport de World Obesity Federation note que cette association étroite entre les décès dus au COVID-19 et la prévalence du surpoids dans la population adulte est observée à l’échelle mondiale.(1)

Prévalence du surpoids Mortalité liée à la COVID-19
par 100 000 personnes 
Nombre de pays 
< 30 % 6,6 38
30 - 40 % 0,5 19
40 - 50 % 3,2 19
50 - 60 % 67,9 55
60 - 100 % 65,6 39

Selon les données actuellement disponibles, les taux de mortalité liés à la COVID-19 étaient plus de 10 fois plus élevés dans les pays où la prévalence du surpoids dépasse 50 % des adultes (moyenne pondérée de 66,8 décès pour 100 000 adultes) par rapport aux pays où la prévalence du surpoids est inférieure à 50 % des adultes (moyenne pondérée de 4,5 décès par 100 000 adultes). (Voir le tableau)

Ces données sont indépendantes du statut socioéconomique des pays. Par exemple, le Royaume-Uni et les États-Unis sont parmi les pays où la prévalence de l’obésité est la plus élevée et la population de ces deux pays a été très durement touchée par la COVID-19. 

À l’inverse, deux pays de statut économique équivalent, le Japon et la Corée du Sud ne comptent qu’un petit pourcentage d’adultes obèses et ces pays montrent une mortalité liée à la COVID-19 beaucoup plus faible.  

L’exemple américain

Les États-Unis sont un exemple particulièrement tragique du fardeau imposé par l’obésité : bien qu’ils ne représentent que moins de 5 % de la population mondiale, les Américains comptent pourtant pour environ 25 % des décès dus à la COVID-19.

Cette grande vulnérabilité au coronavirus reflète la forte prévalence de cette population qui est en mauvaise santé métabolique, avec les trois quarts d’entre eux qui sont en surpoids, près de la moitié qui sont diabétiques ou prédiabétiques et près de la moitié qui sont hypertendus.  

Une étude récente confirme la contribution de ces pathologies au fardeau imposé par la COVID-19 sur la population américaine(2). Les chercheurs ont observé que sur les quelque 900 000 hospitalisations dues à la COVID-19 survenues en date du 18 novembre 2020, l’obésité était la première cause avec 30 % des cas, suivi de 26 % pour l’hypertension, 20 % pour le diabète et 11 % pour l’insuffisance cardiaque. 

Globalement, ils estiment que près des deux tiers (63,5 %) des hospitalisations étaient attribuables à ces quatre conditions cardiométaboliques, seules ou en combinaison.

Comme le soulignent les auteurs, ces résultats ne sont pas surprenants si on considère que les maladies cardiométaboliques, y compris le diabète sucré, l’insuffisance cardiaque, l’hypertension et l’obésité, sont toutes associées à une diminution des réponses immunitaires innées et adaptatives. 

Chacune de ces conditions cardiométaboliques implique également à la base un dysfonctionnement des vaisseaux sanguins et une inflammation systémique chronique, deux cibles qui sont touchées préférentiellement par le coronavirus. 

Les personnes obèses, diabétiques et/ou hypertendues sont donc beaucoup plus à risque de développer une réponse inflammatoire excessive et des problèmes touchant les vaisseaux sanguins (coagulopathies) suite à une infection par le coronavirus, d’où l’importance de suivre l’indice de masse corporelle dans les populations en pandémie.

L’impact de ces comorbidités est énorme : une analyse réalisée par les (CDC) indique qu’une jeune personne de 35 ans atteinte de diabète, d’hypertension, de maladie cardiovasculaire, d’obésité ou d’autres problèmes chroniques de santé a un risque d’hospitalisation liée au COVID-19 similaire à celui d’une personne âgée de 75 ans sans aucune de ces conditions(3)

Une mauvaise santé métabolique associée à l’obésité provoque donc une accélération dramatique du vieillissement biologique et, du même coup, de la vulnérabilité au coronavirus responsable de la COVID-19.  


(1) World Obesity Federation. COVID-19 and Obesity: the 2021 Atlas. Disponible au https://www.worldobesity.org/

(2) O’Hearn M et coll. Coronavirus disease 2019 hospitalizations attributable to cardiometabolic conditions in the United States: a comparative risk assessment analysis. J. Am. Heart Assoc., publié le 25 février 2021.

(3) Stokes EK et coll. Coronavirus Disease 2019 case surveillance— United States, January 22-May 30, 2020. MMWR Morb. Mortal. Wkly Report. 2020 ; 69:759–765.