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Vaccin d’AstraZeneca: beaucoup d’inquiétudes, mais aucune preuve d’un danger spécifique

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Le vaccin anti-COVID-19 d’AstraZeneca est-il dangereux? Depuis une semaine, plusieurs pays le suspendent après de graves problèmes sanguins chez des vaccinés. Mais rien n’indique un lien de cause à effet et l’emballement des autorités de santé divise les professionnels. 

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«Ça n’a aucun sens [de] procéder à des arrêts de cette vaccination», s’étonnait lundi Bruno Riou, cadre de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), sur France Inter. «C’est comme si on disait: “Il y a eu un accident de voiture chez un vacciné, on va interdire la conduite ou supprimer la vaccination!”»     

  • Écoutez l'entrevue de Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM et expert en virologie, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

Pourtant, depuis une semaine, il y a rarement une journée sans qu’un pays suspende le vaccin d'AstraZeneca contre la COVID-19. Soit la mesure ne concerne qu’une partie des vaccins en circulation, soit elle est totale et bloque tout usage sur le territoire.

L’Autriche a lancé le mouvement le 8 mars en suspendant un lot de vaccins après la mort d’une infirmière qui venait de recevoir une dose d’AstraZeneca. La femme de 49 ans est décédée à cause d’une mauvaise coagulation sanguine. Depuis, d’autres pays, dont l’Italie, ont suspendu des lots isolés.

Plusieurs pays scandinaves — Danemark, Norvège, Islande – sont allés plus loin en suspendant tous les vaccins d'AstraZeneca. Ils ont été suivis dimanche par les Pays-Bas. 

L’Allemagne est le dernier en date à le faire, «à titre préventif» après le signalement d’effets secondaires, a annoncé lundi le ministère de la Santé.

Hors de l’Europe, la République démocratique du Congo, l’Indonésie et la Thaïlande ont reporté leur campagne de vaccination.

Chaque fois, les autorités sanitaires réagissent à des cas, dans leur pays ou à l’étranger, où des personnes vaccinées ont développé des problèmes sanguins parfois mortels. Ce sont soit des difficultés à coaguler, comme en Autriche, soit la formation de caillots sanguins (thrombose).

Mais les autorités concernées le reconnaissent: il n’y a aucun lien avéré entre ces problèmes de santé et le vaccin d'AstraZeneca, à part l’enchaînement chronologique. Si celui-ci est suspendu, c’est simplement le temps de s’assurer qu’un tel rapport n’existe pas.

C’est un classique principe de précaution qui a l’aval de certains chercheurs. 

«Quand on utilise un produit relativement récent comme tous ces nouveaux vaccins, on doit les surveiller comme le lait sur le feu et dès qu’il y a un signal, même si on n’y croit pas, il faut tout arrêter», estimait jeudi la vaccinologue suisse Claire-Anne Siegrist sur la RTS.

Mais l’approche laisse perplexe nombre d’autres professionnels, qui pointent que ces problèmes de santé ne semblent pas plus fréquents après le vaccin d'AstraZeneca qu’après les autres actuellement distribués en Europe, soit ceux de Pfizer/BioNTech et de Moderna.  

  • Écoutez l’analyse de la Dre Nathalie Grandvaux, professeure de biochimie et de médecine moléculaire à l’Université de Montréal   

«On va trop loin»

C’est d’ailleurs l’argument employé par le groupe lui-même. Dans un communiqué publié dimanche, AstraZeneca souligne que les cas de thrombose après avoir reçu son vaccin sont «similaires» à ceux de ses homologues.

Ces affirmations sont appuyées par les chiffres officiels du Royaume-Uni, l’un des pays les plus avancés dans sa campagne de vaccination. Ils témoignent par ailleurs du caractère extrêmement rare des thromboses. 

Il y en a eu 35 sur les 9,7 millions de personnes ayant reçu une dose d'AstraZeneca – 0,0004% – et 24 sur les 10,7 millions de vaccinés de Pfizer/BioNTech – 0,0002%. Dans chaque catégorie, il n’y a qu’un seul décès.

«Manifestement, la proportion [...] n’est pas différente», souligne dans un communiqué Stephen Evans, épidémiologiste à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, cité par l’organisme Science Media Centre, et qui regrette la suspension du vaccin dans de multiples pays.

«C’est tout à fait raisonnable d’étudier attentivement les liens entre vaccins et problèmes de coagulation, mais on va trop loin en [empêchant] les gens de recevoir des vaccins qui peuvent leur éviter de tomber malade», insiste-t-il.

Selon AstraZeneca, les cas de thromboses sont même nettement moins fréquents que la moyenne dans la population.

Cela ne veut pas dire pour autant que le vaccin est sans effets indésirables. En France, les données du régulateur des médicaments, l’ANSM, montrent qu’ils sont plus fréquents à être signalés chez des vaccinés d'AstraZeneca (0,66%) que chez ceux de Pfizer/BioNTech (0,19%) ou de Moderna (0,12%).

Ils sont généralement sans gravité. Mais certains peuvent être très graves comme des réactions allergiques qui empêchent de respirer. L’Union européenne a ajouté ces derniers voici quelques jours à la liste des effets secondaires potentiels du vaccin d'AstraZeneca, même si les cas sont exceptionnels: 41 sur cinq millions.

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