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Le Québec pratique un «lynchage médical», dit un prof de l'Université d'Ottawa

L’institution universitaire refuse d’intervenir

Amir Attaran
Photo d'archives Agence QMI Amir Attaran

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Le Québec pratique un «lynchage médical» envers les Autochtones et François Legault est un «suprémaciste blanc», affirme un professeur de l’Université d’Ottawa. Mais l’institution refuse d’intervenir, en invoquant la liberté d’expression.

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«Après avoir tué Joyce Echaquan, deux autres infirmières québécoises ont trouvé cool de menacer une autre femme autochtone. Lynchage médical dans l'Alabama du Nord», a «tweeté» le professeur Amir Attaran, mardi, en réaction aux propos racistes tenus à l’endroit de Jocelyne Ottawa dans un CLSC de Joliette.  

Dans les jours précédents, Amir Attaran avait répété à plusieurs reprises ces accusations de meurtre concernant Joyce Echaquan. La femme d’origine atikamekw est morte sous les injures racistes du personnel infirmier à l’hôpital de Joliette, mais rien à ce jour ne permet d’affirmer que le personnel a causé son décès. 

Après un autre «tweet» où il affirme que le Québec «semble tuer les patients noirs et autochtones», publié lundi, la députée indépendante Catherine Fournier et le ministre Mathieu Lacombe, diplômé de l’Université d’Ottawa, ont qualifié le professeur de «caricature».  

Liberté d’expression

Dans une déclaration écrite transmise mercredi, l’université affirme que «ce genre de propos est offensant» et «ne reflète en aucun cas les valeurs de respect, d’inclusion et de diversité auxquelles nous croyons». 

«Cependant, comme université, il ne nous revient pas de s’interposer entre la communauté et les vues jugées controversées ou répréhensibles, et ni d’interférer avec la libre expression, à l’intérieur des limites imposées à l’Université par la loi du Canada et de l’Ontario. D’ailleurs, notre Politique sur la liberté d’expression l’énonce clairement», écrit toutefois son directeur, communications Institutionnelles, Patrick Charette.  

«L’Université d’Ottawa, comme les autres universités, a toujours promeut et défendu la liberté d’expression et les opinions diverses sont et seront toujours bienvenues sur notre campus», ajoute-t-il.   

  • Écoutez le commentaire de Richard Martineau à QUB radio:  

Rappelons que cette même institution s’était retrouvée au cœur d’un controverse l’automne dernier, après avoir suspendu temporairement une professeure pour avoir utilisé le «mot en N» dans un contexte académique.  

Legault, «suprémaciste blanc»

Il ne s’agit pas des premiers propos controversés de ce professeur qui enseigne à la fois dans les facultés de droit et de médecine de l’Université d’Ottawa.  

Amir Attaran s’en est pris au premier ministre québécois sur Twitter, le 14 février dernier, après que celui-ci eut promis de mieux protéger la liberté académique.  

«Un premier ministre non éthique qui a aidé à abattre [“helped slay”] 10 000 de ses citoyens avec une maladie mortelle trouve soudainement une épiphanie morale dans le mot en N et s’en prend à une université en dehors de sa province», avait-il écrit. 

«De façon très étonnante, Legault choisit le mot “radical” pour décrire les gens qui s’opposent au racisme, ce qui est remarquable quand la loi, au Québec, rend le racisme illégal. Il y a aussi un terme pour les gens comme Legault: “suprémaciste blanc”», avait-il ajouté dans le message suivant.  

Le terme «suprémaciste blanc» fait référence à la croyance que les Blancs sont, de façon inhérente, supérieurs aux autres races et devraient donc exercer un contrôle sur celles-ci. L’expression est généralement accolée à des crimes haineux.  

L’Université d’Ottawa avait refusé de commenter les propos de son professeur après son tweet du 14 février.  

Le recteur interpellé

Pour le chef du Parti québécois, le recteur de l’université, Jacques Frémont, doit intervenir personnellement. «Ce professeur est dans une campagne de dénigrement du Québec depuis des mois, il utilise des propos diffamatoires et intolérants envers les Québécois», affirme Paul St-Pierre Plamondon.  

«Alors que l’Université d’Ottawa a normalement une tendance à voir du racisme partout, bizarrement lorsqu’il s’agit d’intolérance envers les Québécois l’université demeure les bras croisés, ajoute-t-il. J’interpelle le recteur Fremont pour qu’il pose des gestes concrets pour que cesse cette campagne de diffamation.»