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LHJMQ: il y a 15 ans, Radu s’éclatait avec les Remparts

Il récoltait 11 points dans une électrisante victoire de 16 à 3

Remparts VS Océanic
Photo d'archives Le 19 mars 2006, Alexander Radulov soulevait une foule déjà conquise au Colisée de Québec en inscrivant 11 points face à l’Océanic de Rimouski.

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Il y a 15 ans, Alexander Radulov soulevait un Colisée plein à craquer en inscrivant 11 points dans une victoire de 16 à 3 des Remparts de Québec sur l’Océanic de Rimouski. Dire que, quelques heures auparavant, il ne savait pas s’il serait en mesure de prendre part au match.

Ce match du 19 mars 2006 est demeuré gravé dans la mémoire des 12 485 spectateurs qui ont vu Radulov presque égaler le record de tous les temps de 12 points dans un match, établi par André Savard, le 5 février 1971.

Mais ce matin-là, le no 22 n’est pas dans sa meilleure forme.

«Une petite blessure m’indisposait, mais je ne me rappelle plus exactement de quoi il s’agissait, a raconté Radulov lors d’un entretien téléphonique avec le Journal. Lors de l’entraînement matinal ce jour-là, j’étais dans la salle de traitement et Patrick (Roy) était venu me voir et il m’avait demandé si je voulais jouer ou si je voulais prendre du repos. J’avais finalement décidé de jouer.» 

Avant la rencontre, comme c’était devenu l’habitude, l’attaquant Brent Aubin était allé chercher Radulov à la résidence de Patrick Roy au Lac-Beauport. La famille de pension de «Rady», Hélène et Albert Paquet, y avait emménagé quelques mois auparavant après la vente de sa maison.

«Dans l’auto, je me souviens que Radu n’était pas dans son assiette. Quand on était arrivé à l’aréna, il m’avait dit qu’il s’en allait se reposer dans une salle au Colisée, et de venir le réveiller 20 minutes avant la période d’échauffement», se remémore l’ancien no 18 des Remparts.

À ce moment, Aubin compte 56 buts au compteur, contre 54 pour la vedette russe. Intérieurement, le Québécois voit ses chances de terminer au premier rang des buteurs de l’équipe croître.

«Dans le vestiaire en m’habillant, je lui avais dit, à la blague, que c’était une bonne chose qu’il soit blessé et que ça allait me permettre de finir avec plus de buts que lui», ajoute Aubin.

Grave erreur!

DOMINATION

Lors de la saison 2005-2006, l’Océanic se relève du départ de Sidney Crosby. Avant la rencontre, l’équipe de Doris Labonté compte 10 victoires en 69 matchs et affiche un désastreux différentiel de -180.

La rencontre débute et elle est inégale, comme prévu. Après une période, les Diables rouges mènent 7 à 1. Radulov compte déjà deux buts et deux passes.

«Tout fonctionnait, se remémore Radulov. C’est comme si la rondelle était en feu et, chaque fois que j’y touchais, ce que j’essayais fonctionnait.»

DOIGT D’HONNEUR

Malgré la domination, les Remparts ne lèvent pas le pied et Patrick Roy continue d’envoyer Radulov sur la patinoire régulièrement, répondant ainsi à la demande des partisans qui scandent sans cesse son nom dans le Colisée. De l’autre côté, l’entraîneur-chef de l’Océanic Doris Labonté est hors de lui. 

Les Remparts humilient finalement leurs adversaires 16 à 3 et, avant de partir vers le vestiaire, Labonté envoie un doigt d’honneur à Roy.

«Je vais laisser André (Jolicoeur) vous parler, sinon ça va déborder. De toute façon, vous n’avez qu’à aller questionner le Bon Dieu de l’autre côté, il va tout vous expliquer», avait mentionné Labonté à l’époque, lui qui a refusé de revenir sur ces événements avec le Journal.

Encore aujourd’hui, Roy se défend d’avoir voulu humilier l’Océanic.

«Radu était complètement en feu cette journée-là et il amassait les points rapidement. C’était un joueur spécial et il méritait un traitement spécial. Les gens de Québec le voulaient sur la patinoire et je devais leur donner ça. La dernière chose que tu veux, c’est embarrasser l’adversaire, mais on devait faire plaisir à nos partisans. En plus, on demandait à nos joueurs de ne pas lever le pied et, si je l’avais fait, je n’aurais pas passé le bon message.»

Avec ses sept buts et quatre passes, Radulov concrétisait ainsi sa domination au sommet des pointeurs de la LHJMQ avec 152 points en 62 matchs, soit 17 de plus que son plus proche rival, Stanislav Lascek des Saguenéens de Chicoutimi qui en avait récolté 135 en 64 parties.

Il devançait aussi Aubin au premier rang des buteurs des Remparts avec 61 filets, contre 57 pour le Québécois.

«Je pense que je l’avais piqué ! Radu, c’était ça. Quand tu voulais aller chercher le meilleur de lui-même, il fallait que tu le piques», rigole celui qui évolue cette année avec les Roosters d’Iserlohn, en première division allemande.

CHIMIE INSTANTANÉE

Le match du 19 mars 2006 aura, en quelque sorte, été déterminant pour la suite du parcours des Remparts de Québec vers la conquête de la coupe Memorial. En réunissant Alexander Radulov et Mathieu Melanson au sein d’un même trio, Patrick Roy venait de créer un duo qui allait terroriser les défensives adverses en séries éliminatoires.

Jusque-là, les deux gauchers évoluaient à l’aile droite des deux premiers trios de l’équipe. 

Lors de la défaite de 2 à 1 contre leurs grands rivaux, les Saguenéens de Chicoutimi, lors de l’avant-dernier match de la saison, Roy avait décidé de remanier ses trios en cours de route et il avait placé Melanson à la gauche de Radulov et du jeune joueur de centre de 16 ans, Angelo Esposito. Il avait assez aimé ce qu’il voyait pour répéter l’expérience lors de la partie suivante.

«Quand Patrick nous a réunis, c’est comme si on se parlait sans se parler, a raconté Melanson au Journal, lui qui avait récolté sept points le 19 mars. Je n’avais pas le talent de Radu, mais je voyais le jeu de la même façon que lui. Je pense qu’on avait des habiletés qui se complétaient bien. Ç’a vraiment été un honneur pour moi de faire partie de cette équipe et surtout de jouer avec lui. C’était un joueur spécial et assurément le meilleur joueur offensif avec qui j’ai eu l’occasion de jouer.»

Au final, Melanson avait inscrit 25 buts en 23 matchs lors des séries éliminatoires tandis que Radulov avait terminé au premier rang des pointeurs de la ligue avec 21 filets et 55 points. 

Le meilleur en 21 ans  

En inscrivant 11 points le 19 mars 2006, Alexander Radulov s’approchait non seulement du record de tous les temps, mais il réussissait aussi un exploit exceptionnel pour son époque. La seule autre fois qu’un joueur de la LHJMQ a inscrit 10 points dans un match depuis l’an 2000, c’était lors de la saison 2000-2001, quand Marc-André Thinel et Carl Mallette avaient chacun atteint la dizaine le 3 novembre 2000. Depuis Radulov, Tomas Kubalik (2009) et Samuel Poulin (2019) sont les joueurs qui se sont approchés le plus du record de Savard, avec huit points dans le même match. Pour mettre en perspective, celui qui peut être considéré comme le meilleur joueur ayant évolué dans la LHJMQ depuis 2000, Sidney Crosby, n’a jamais inscrit plus de sept points dans la même partie. 

Un record qui dure  

Même si Radulov s’est approché du record de 12 points d’André Savard, c’est toujours ce denier qui détient le record. Le 5 février 1971, Savard unissait ses forces avec Guy Lafleur pour inscrire 10 des 14 buts des Remparts de Québec dans une dégelée de 14 à 1 face au National de Rosemont. Savard avait terminé le match avec trois buts et neuf mentions d’aide tandis que Lafleur marquait sept buts en plus d’ajouter quatre passes. Ironiquement, c’est davantage des sept buts de Lafleur dont le Journal de Québec parlait dans son édition du 6 février. Il fallait attendre au deuxième paragraphe du texte pour qu’on nous mentionne que Savard avait « fracassé une marque de tous les temps ». À noter que leur partenaire de trio, Michel Brière, avait terminé avec 10 points (3 buts, 7 passes). 

Plus de points dans un match     

12  

  • André Savard (Québec, 5 février 1971)        
André Savard
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
André Savard

11   

  • Guy Lafleur (Québec, 5 février 1971)         
Guy Lafleur
Photo courtoisie
Guy Lafleur
  • Pierre Larouche (Sorel, 19 février 1974)    
  • Marc D’Amico (Chicoutimi, 18 février 1975)    
  • Normand Aubin (Verdun/Sorel, 23 septembre 1979)    
  • Mario Lemieux (Laval, 14 mars 1984)    
  • Stephan Lebeau (Shawinigan, 22 décembre 1986)    
  • Alexander Radulov (Québec, 19 mars 2006)