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Une firme américaine pourrait venir siphonner notre bassin de cerveaux

Québec fait le pari d’attirer des entreprises étrangères pour stimuler le marché

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La californienne AppDirect, qui a reçu un prêt de 54,8 millions de dollars du gouvernement du Québec, pourrait venir créer « un goulot d’étranglement sur la main-d’œuvre » dans ce secteur névralgique.

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« C’est sûr que ça va créer un goulot d’étranglement sur la main-d’œuvre, mais je pense que si on a un succès, on développe un écosystème où les universités vont suivre, l’immigration économique temporaire va suivre, et l’on va bâtir une économie très forte », a dit jeudi son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en se montrant sensible à la guerre de talents, qui cause des maux de tête aux entreprises du Québec inc.

  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal, sur QUB radio:

Jeudi, lui et le premier ministre François Legault, ont annoncé en conférence de presse l’octroi d’un prêt de 54,8 millions $ à l’entreprise américaine cofondée par Nicolas Desmarais, fils de Paul Desmarais Jr. 

Ces cinq prochaines années, AppDirect compte créer plus de 730 emplois ici, en plus de consolider les 190 de la métropole. Québec estime que la masse salariale des employés ici passera à 252,8 M$.

AppDirect a son siège social à San Francisco. L’entreprise de logiciels a un bureau à Montréal depuis 2014, où elle compte 200 de ses 800 salariés.

Le premier ministre du Québec a défendu jeudi son prêt de 54,8 millions de dollars à une entreprise américaine en pleine bataille pour la rétention des meilleurs talents d’ici.
Capture d'écran, TVA Nouvelles
Le premier ministre du Québec a défendu jeudi son prêt de 54,8 millions de dollars à une entreprise américaine en pleine bataille pour la rétention des meilleurs talents d’ici.

Quand on a demandé au premier ministre si une étrangère qui bénéficie déjà de juteux crédits d’impôt et qui vaut près de deux milliards de dollars avait besoin d’argent public, il n’a pas nié que les incitatifs ont joué dans la balance.

« Je pense que les incitatifs ont joué dans la décision. On veut vraiment faire exploser les investissements privés dans les prochaines années. Moi, je n’accepte pas ça que l’on soit moins riche que nos voisins », a-t-il fait valoir.

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Gagnant au change

D’après le gouvernement, le Québec gagne au change en prêtant près de 55 millions de dollars de l’argent des contribuables à ce type d’entreprise techno.

On estime que même avec une partie du prêt « pardonnable », il en coûtera seulement six millions de dollars sur cinq ans au Trésor québécois, un jeu qui en vaut la chandelle. 

Plus de 730 emplois à 110 000 $ en moyenne garniront les coffres de l’État de 17 millions de dollars par année, a détaillé Pierre Fitzgibbon.

À ses côtés, le premier ministre a refusé de parler de concurrence déloyale envers les PME québécoises et les plus grandes qui peinent à dénicher leur main-d’œuvre en pleine guerre de talents.

« Tout le monde reçoit les mêmes avantages. S’ils ont des projets, je l’ai dit dix fois plutôt qu’une, et à Louis Têtu et à Serge Godin, venez me voir. On va offrir la même chose que l’on offre à tout le monde », a répondu du tac au tac le premier ministre avec un sourire.

« Prenez six millions divisés par 730, vous allez voir que c’est un beau deal », a résumé François Legault. 


♦ L’automne dernier, AppDirect a récolté 185 M$ US. La Caisse de dépôt et placement du Québec a alors investi plus de 100 millions $ CA dans l'entreprise.