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Aveugle depuis 10 ans, un employé mis à pied par Air Canada en raison de son handicap

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Comme des milliers d’employés d’Air Canada, Sean Fitzgibbon a été mis à pied. Mais contrairement aux autres, c’est parce qu’il est aveugle que son employeur l’a abandonné. 

En 32 ans de service en tant que magasinier à l’usine de Montréal, la feuille de route de M. Fitzgibbon est impeccable. En dépit de son handicap, ce travailleur acharné a participé à l’entretien des avions qui sillonnent le monde entier. Si bien qu’en 2018, il était la vedette d’une vidéo publicitaire du transporteur national, qui se vantait d’employer des personnes handicapées. 

En 2018, Sean Fitzgibbon était la vedette d’une vidéo publicitaire qui vantait l’inclusion au travail des personnes handicapées chez Air Canada. Deux ans plus tard, son handicap visuel a contribué à sa mise à pied.
Photo courtoisie
En 2018, Sean Fitzgibbon était la vedette d’une vidéo publicitaire qui vantait l’inclusion au travail des personnes handicapées chez Air Canada. Deux ans plus tard, son handicap visuel a contribué à sa mise à pied.

Néanmoins, l’été dernier, le Montréalais qui approche de l’âge de la retraite a reçu une lettre de mise à pied qui a eu l’effet d’un coup de massue. 

Voici ce qu’on pouvait y lire : « Si votre condition de santé s’améliore, et que vous n’avez plus besoin d’accommodement, veuillez en informer la compagnie, car cette information pourrait avoir une incidence sur votre capacité à retourner au travail ». 

Autrement dit, si miraculeusement vous recouvrez la vue, Air Canada est prête à vous réembaucher. C’est non seulement insultant, triste et blessant... C’est carrément méprisant ! 

Sean Fitzgibbon a perdu la vue il y a plus d’une décennie. À moins d’un miracle, il ne sera jamais capable de recroiser le regard de sa femme, d’admirer un coucher de soleil ou de marcher seul sans son chien d’assistance. 

Une injustice

Lorsque j’ai rencontré M.Fitzgibbon, cette semaine, dans un local syndical du boulevard Côte-Vertu, j’ai discuté avec un homme abattu qui redoute la fin de ses prestations de chômage.

« Si vous voulez être inclusif et promouvoir la diversité quand les affaires vont bien, vous devriez aussi le faire quand les temps sont difficiles », philosophe-t-il.

Emporté par la vague de mises à pied déclenchée par la pandémie, Sean Fitzgibbon n’aurait pas dû perdre son emploi, plaide son syndicat. 

« Même avec toutes les mises à pied de la dernière année, s’il n’avait pas été aveugle, il aurait toujours son emploi aujourd’hui en raison de son ancienneté. Selon moi, c’est de la discrimination ! », m’a expliqué avec consternation Serge Gélinas, le président d’un syndicat qui représente les employés d’Air Canada.  

Depuis neuf mois, le syndicat négocie pour lui décrocher un soutien financier jusqu’à sa retraite prévue dans un an.

Tout était en voie de se régler en début d’année, mais à la dernière minute, Air Canada s’est retirée des discussions pour une raison inconnue. Le dossier a été envoyé en arbitrage, ce qui va prolonger les délais de plusieurs mois. 

« On n’est plus dans les années 50. On est en 2021 », s’indigne le président du syndicat. « C’est la loi de la jungle en période de crise, c’est le plus fort qui gagne », se désole M. Fitzgibbon. 

J’ai demandé à Air Canada de commenter ses décisions. On ne m’a pas expliqué pourquoi l’entente négociée avec le syndicat avait avorté à la dernière minute en début d’année. 

« Nous comprenons la déception de cet employé, mais n’avons pas d’autre option à lui offrir pour l’instant », m’a écrit par courriel une porte-parole. 

Sean Fitzgibbon ne demande aucun traitement de faveur ni aucun passe-droit. Il veut une simple reconnaissance de ses 32 années de loyaux services.