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Chacun son enclos: la triste division identitaire

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Pendant des années, la lutte au racisme consistait à faire tomber des barrières. Aux États-Unis, il fut une époque où les Noirs étaient exclus de certaines écoles, de restaurants, de clubs de golf et d’une foule d’autres établissements. Sans être arrivés à destination, nous pouvons dire aujourd’hui que plusieurs cloisons sont tombées.

C’est la conception que j’ai personnellement cultivée de la lutte au racisme : faire tomber des cloisons. Donner à chacun sa chance dans un monde qui ouvre des portes. Je me permets de rappeler l’une des citations célèbres de Martin Luther King : « Construisons des ponts, pas des murs. »

Cette semaine, nous avons appris que l’Université Columbia, l’une des plus prestigieuses aux États-Unis, tiendra plusieurs cérémonies de collation des grades. Une pour les Noirs, une pour les Asiatiques, une pour les Autochtones, une pour la communauté LGBT et j’en passe. Des cérémonies cloisonnées, divisées par des critères ethniques ou d’orientation sexuelle.

Chacun son enclos

L’université a rejeté les accusations de ségrégation en affirmant que ces événements ne sont que des ajouts et qu’une grande cérémonie ouverte à tous aura lieu comme d’habitude. Cela n’efface en rien cette nouvelle tendance à diviser les célébrations.  

Une division qui force tout le monde à se camper dans son enclos identitaire. Les Asiatiques n’ont pas leur place à la célébration des Autochtones, les Autochtones ne sont pas les bienvenus à l’événement des Noirs, etc. Est-ce qu’on ne force pas tout le monde à un petit peu de racisme pour gérer toutes ces distinctions ?

Puis qu’est-ce qu’on fait avec ce jeune dont le père est noir et la mère asiatique ? Il est invité aux deux collations ? Ou il est exclu des deux ? À moins que tout dépende de la couleur de sa peau et de sa chevelure, lesquels sont le résultat des hasards de la génétique pour les enfants métissés.  

Fini le partage

Parlant des nouveaux murs érigés, la traduction des poèmes d’Amanda Gorman m’avait aussi créé un profond malaise. Après ses prestations au Super Bowl et à l’assermentation de Joe Biden, l’œuvre de la jeune prodige noire est en demande mondialement.  

Une jeune femme néerlandaise et une autre catalane n’ont pas eu le droit de traduire ses poèmes dans leurs langues respectives... parce qu’elles sont blanches. Tellement triste. La poésie est une œuvre de partage, une œuvre universelle. Toute personne qui respecte l’œuvre et son auteur devrait pouvoir faire la traduction sans égard à la couleur de sa peau.

La tendance à créer de nouvelles cloisons est mondiale. Le Canada n’échappe pas à cette mode. Dois-je rappeler ce programme étonnant créé par le gouvernement canadien pour aider les entrepreneurs noirs ? 

Les entrepreneurs de toutes origines devraient avoir le droit à l’appui de tous les programmes disponibles, sans aucune discrimination. Mais la création de programmes économiques sur des bases ethniques est un autre exemple des enclos qu’on recrée, des murs qu’on installe. 

Je ne vois pas comment ces nouvelles cloisons nous approchent d’une société plus juste.