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«Effacer l’historique»: solitude numérique

Les actrices françaises Corinne Masiero et Blanche Gardin, accompagnées des réalisateurs Gustave Kervern et Benoit Delepine
AFP Les actrices françaises Corinne Masiero et Blanche Gardin, accompagnées des réalisateurs Gustave Kervern et Benoit Delepine

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C’est une comédie française grinçante que proposent Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero.  

Film gagnant de l’Ours d'argent au Festival de Berlin, «Effacer l’historique» est, à la base, une comédie. Or, la critique sur la société numérique actuelle prend rapidement le dessus sur les rires.

Les actrices françaises Corinne Masiero et Blanche Gardin, accompagnées des réalisateurs Gustave Kervern et Benoit Delepine
AFP

Le long métrage du tandem, connu pour son «Mammouth» avec Gérard Depardieu, suit trois protagonistes malheureux. Marie (Blanche Gardin) est une divorcée sans emploi, mère d’un adolescent. Bertrand (Denis Podalydès) est veuf, papa, se console au téléphone avec une certaine Miranda et découvre que sa fille est victime de harcèlement à l’école. Quant à Christine (Corinne Masiero), elle est devenue chauffeure de VIP après avoir perdu son emploi et se désespère d’être mal notée par ses clients.

Marie et Bertrand ont de graves problèmes financiers. Un homme avec qui elle a couché un soir de beuverie fait chanter Marie avec la vidéo de leurs ébats. Bertrand, lui, est surendetté. Christine, pour sa part, envisage d’acheter de fausses notes pour faire remonter son nombre d’étoiles afin d’avoir plus de clients.

Victimes, jusque dans les moindres détails, de l’omniprésence du numérique dans leurs vies, les trois amis rencontrent alors un «hacker» (qui se fait appeler Dieu) de qui ils espèrent un miracle. Alors, ils se rebellent contre leurs banques, les réseaux sociaux, le système de notation d’un service de chauffeurs, bref, contre Internet et la désincarnation des rapports humains.

Élégamment rythmé, «Effacer l’historique» mélange adroitement humour traditionnel (dont, malheureusement, quelques blagues potaches) et plaisanteries efficaces sur la place que prend la technologie dans nos vies. Des mots de passe notés dans le congélateur à la livraison automatique de paniers bio non désirés, en passant par les centres en Inde, les gags sont d’autant bien pensés qu’ils reflètent des situations connues de tous.

Parce que les trois amis sont d’anciens Gilets Jaunes - issus de ce mouvement de contestation français d’avant la pandémie -, le propos est teinté d’une naïveté idéaliste touchante (les scènes où Marie se rend au «data center» de Google sont incroyables). On rit parfois, on sourit souvent et on se révolte constamment.

Bien vu.

Note: 3,5 sur 5

«Effacer l’historique» est présenté en salle.