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Confessions chocs: la face cachée de Dominique Anglade

La cheffe du Parti libéral se raconte sans retenue et aborde des épisodes douloureux dans une biographie

Dominique Anglade croit qu’il est important que les citoyens connaissent la vie des élus pour qui ils votent. Leur passé et leur vécu influencent leurs décisions.
Photo Stevens LeBlanc Dominique Anglade croit qu’il est important que les citoyens connaissent la vie des élus pour qui ils votent. Leur passé et leur vécu influencent leurs décisions.

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Fille d’exilés politiques haïtiens, ingénieure, mère de trois enfants, la cheffe du Parti libéral Dominique Anglade veut montrer son vrai visage et casser son image plus distante dans un livre à paraître bientôt.

«Mme Anglade, vous êtes bien plus fine en vrai qu’à la télé.» Dominique Anglade raconte en riant qu’un jour un chauffeur de taxi lui a lancé cette phrase. C’est un des événements qui l’ont incitée à publier une biographie intitulée Ce Québec qui m’habite.

Dans cet ouvrage, elle n’hésite pas à aborder des sujets délicats, notamment les épisodes de dépression de sa mère, le passage qui a été le plus difficile à écrire, se confie-t-elle en entrevue avec notre Bureau parlementaire.

«Nous sommes des gens avec une histoire que l’on porte qui va faire qu’on va avoir telle ou telle sensibilité. Alors, pourquoi ne pas la raconter?» explique-t-elle.

Elle est ainsi particulièrement sensible à la question de la santé mentale, «sous-estimée depuis toujours».

«Ce n’est pas une personne qui a un problème de santé mentale. Ma mère était malade. C’était moi qui étais touchée, mon père, ma sœur, ses élèves au secondaire... Et ça a des conséquences dans toute notre société.»

Ne pas oublier

La famille Anglade-Neptune devant la maison familiale de Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal.
Photo courtoisie
La famille Anglade-Neptune devant la maison familiale de Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal.

Mme Anglade revient sur un autre épisode douloureux, le décès tragique de ses parents lors du tremblement de terre de 2010 à Haïti. C’est d’ailleurs à ce moment qu’elle a commencé à rédiger ses mémoires, «pour ne pas oublier».

Elle raconte également ses premières armes en politique. Alors qu’elle étudie le génie à Polytechnique, elle rencontre Mario Dumont au PLQ. Des années plus tard, elle joint la CAQ de François Legault, car elle n’est pas inspirée par le PLQ qui est embarrassé par la crise étudiante.

Mais la troisième voie la fait déchanter. Point de rupture : Soccer Québec veut interdire le port du turban aux enfants sikhs sur le terrain. La CAQ appuie cette décision. «C’est honteux de penser de la sorte», estime-t-elle.

Dominique Anglade croit qu’il est important que les citoyens connaissent la vie des élus pour qui ils votent. Leur passé et leur vécu influencent leurs décisions.
Photo Stevens LeBlanc

Retour à la case départ : au PLQ, mais avec Philippe Couillard. Ministre de l’Économie, elle fait la rencontre des médias. Ils ont « monté en épingle » sa réaction à la vente de RONA – «elle pourrait être bénéfique» –, alors qu’elle venait à peine d’être nommée ministre. «C’était mon premier point de presse, c’mon , lance-t-elle en riant. Je me suis dit après “ah, c’est pour ça que les gens ne veulent pas s’exprimer”.»

Être « cheffe »

Dans son ouvrage, Mme Anglade répond aussi à la question : qu’est-ce que ça change d’être une cheffe plutôt qu’un chef ? Toute jeune, elle rencontre le pape Jean-Paul II, à qui elle demanda si elle pourrait un jour être papesse. Elle n’aura pas eu la réponse espérée.

Puis, jeune patronne chez Procter & Gamble à Belleville, en Ontario, elle congédie un employé qui a violé sa collègue.

Lorsqu’elle devient cheffe du PLQ, la première femme à diriger ce parti, elle reçoit un mot de l’ancienne première ministre péquiste Pauline Marois. «Elle m’a dit que s’il y en a une qui gagne, on gagne toutes. J’ai été très touchée», dit-elle. 

Anglade se dévoile  

Dominique Anglade et sa sœur en 1979.
Photo courtoisie
Dominique Anglade et sa sœur en 1979.

Dominique Anglade ouvre les volets sur sa vie privée. Elle nous raconte sa jeunesse d’enfant d’immigrants, intellectuels et exilés politiques, sa rencontre avec son conjoint, Helge, d’origine allemande, et sa vie de mère très active. Elle parle également des embûches qu’elle a vécues, et n’hésite pas à dénoncer le harcèlement sexuel dont elle a été victime. 

M<sup>me</sup> Anglade lit une histoire à deux de ses enfants.
Photo courtoisie
Mme Anglade lit une histoire à deux de ses enfants.


Patronne, elle dénonce un viol

«Je ne saurais dire avec certitude si le fait que je sois une femme a déterminé la décision que j’ai prise, mais je crois que oui», écrit Dominique Anglade.

En 1998, dans la jeune vingtaine, Mme Anglade est patronne chez Procter & Gamble. Lors d’un party de Noël, une employée boit trop et a des comportements qui témoignent «d’un état d’ébriété avancé». Elle demande à un employé de confiance de la reconduire chez elle.

Deux jours plus tard, Brenda se retrouve dans son bureau, en pleurs. Elle se confie. L’homme l’a violée. Dominique Anglade va voir les ressources humaines. La police est informée, elle doit faire une déposition. L’homme avoue sur-le-champ, mais clame qu’il y avait consentement. «Sauf que moi, la patronne, je lui ai demandé expressément de la raccompagner à cause de son niveau d’intoxication élevé. Clairement, pas de consentement.» L’employé est renvoyé sans indemnité.

Lorsqu’elle raconte l’histoire à son père, intellectuel éclairé, féministe, il restera prudent. « L’homme qui venait d’être grand-père, tu y as pensé Dominique ? » dit-il alors. Plusieurs employés reprocheront ainsi à Dominique Anglade le dénouement de cette histoire. 


Elle a vécu du harcèlement sexuel

Dominique Anglade révèle dans son livre qu’elle a été harcelée sexuellement par le président d’une organisation alors qu’elle était à la tête de Montréal International, en 2014. «Je te regarde, tu dois être quelque chose», «c’est toi la cochonne», «tout le monde regarde ton cul».

Lors de plusieurs rencontres publiques, l’homme se rapproche d’elle et lui fait ce genre de commentaires à l’oreille. «Je suis dégoûtée, je pense que ce type est malsain. Je suis PDG d’une boîte, venue entendre une personne au parcours significatif et je suis prise avec ce genre de commentaires», écrit-elle. Même si elle lui a demandé de ne plus jamais lui adresser la parole, il lui achète un bouquet de fleurs et tente d’obtenir son numéro de cellulaire.

«Je ne suis ni l’employée de cet individu ni dans une position où j’attends quelque chose en retour. Pourtant, chaque fois qu’il m’adresse ses propos harcelants, je suis secouée. Il faut donner tous les outils pour repérer et dénoncer rapidement ce genre de comportement inacceptable», écrit-elle. 

Des extraits poignants  

Disponible en prévente, le livre <em>Ce Québec qui m’habite</em> de Dominique Anglade avec la collaboration de Marie Sterlin sera en librairie le 31 mars 2021.
Photo courtoisie
Disponible en prévente, le livre Ce Québec qui m’habite de Dominique Anglade avec la collaboration de Marie Sterlin sera en librairie le 31 mars 2021.

La santé mentale ne touche pas une seule personne, mais toute sa famille, se rappelle Dominique Anglade :

«Me voici faisant non seulement mon lunch, mais celui de ma petite sœur, que je veux protéger du mieux que je peux des “absences” de notre mère. [...] Elle était dépressive, elle ne parvenait plus à fonctionner normalement, elle avait perdu prise sur son quotidien. Elle était aussi régulièrement traversée par l’idée d’en finir avec tout ce mal de vivre. À plusieurs reprises, seule avec moi, elle évoquait le plus sérieusement du monde le projet d’un suicide collectif.

[...]

Un jour de l’été 1985, nous revenons du Palais de la civilisation, alors situé sur l’île Notre-Dame, où nous sommes allés voir en famille l’exposition sur Ramsès II. Papa est au volant et maman est assise à côté de lui. Tout à coup, ma mère si calme et réservée se met à hurler, à dire qu’elle n’en peut plus et qu’elle va se jeter hors de l’auto. [...] Je suis assise juste derrière elle et j’agrippe d’un coup ses deux épaules de toute la force de mes bras d’enfant de onze ans en criant : “Non maman, non maman !” Elle referme la portière.»

Sur le déchirement des immigrants :

«Ils doivent nous accompagner comme parents dans l’éloignement de leurs propres origines. Ce processus laisse souvent une profonde et douloureuse blessure infligée par le fait d’amener ses enfants à être autres.»