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Pour sauver nos forêts, sortons le bois mort

Periode des questions
Photo d'archives Pierre Dufour

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Ce serait le temps qu’à Québec, on commence à s’intéresser à ce qui se passe dans nos forêts parce que, comme c’est là, c’est des régions que viennent les cris d’alarme sur la mauvaise gestion de notre territoire forestier.

Ça fait des mois que Richard Desjardins reprend la plume pour dénoncer la vision dépassée d’un ministère des Forêts qui, depuis son bunker, considère qu’un bon arbre est un arbre mort. Il y a quelques semaines, l’émission Enquête nous présentait les dénonciations de citoyens qui ont vu leur projet d’aire protégée rejeté par le gouvernement ; de travailleurs de la base témoignant des libertés prises par l’industrie dans son autoévaluation des volumes de bois coupés et de l’inefficacité des travaux sylvicoles ; d’autochtones désirant avoir leur mot à dire dans la valorisation de la ressource ; de fonctionnaires lançant l’alerte contre les vieilles pratiques des hauts fonctionnaires.

Le député Sylvain Roy, du Parti québécois, parle d’une caste d’intouchables, qui donne ses ordres de marche au ministre plutôt que l’inverse. Ministre qui, comme ses prédécesseurs, disparaîtra des mémoires 15 minutes après avoir quitté le Salon bleu. Ça se joue au-dessus de sa tête de toute façon : parlant de diversification des papetières l’autre jour, François Legault a même oublié de le nommer.

Une source de richesse

La forêt, c’est une source d’enrichissement pour plusieurs régions et pour des centaines de milliers de Québécois. Nous sommes nombreux à porter en nous la fierté des défricheurs, des bûcheurs et des draveurs qui ont bâti ce pays.

La foresterie, c’est toutefois une industrie en déclin qui a perdu plus de 40 % de ses emplois au cours des 20 dernières années. Du papier journal, il s’en vend moins, et on ne valorise pas assez le matériau bois, alors qu’on cherche des moyens d’emprisonner plus de carbone. 

Présentement, le gouvernement décaisse pour faire survivre les papeteries et les scieries, tout en refusant de prendre acte du fait qu’on peut mesurer la valeur de la forêt autrement qu’en volume de bois récoltable : villégiature, randonnée, cueillette de produits alimentaires, chasse, pêche, acériculture et, oui, conservation.

Mais non, on a encore un ministère des Forêts dont la performance est principalement évaluée par le secrétariat du Conseil du trésor pour le volume de bois récolté en une année, les secteurs « Faune et Parcs » de la machine étant ostensiblement ignorés. Pour le gouvernement, une forêt, ça sert à être coupée. 

On a également pu en juger quand on a écarté tous les sites intéressants des nouvelles aires protégées s’ils avaient un potentiel de récolte, en dépit des recommandations du ministère de l’Environnement. On le comprend encore quand le gouvernement propose de permettre des coupes dans les refuges fauniques.

Livrer ses promesses

Un ménage s’impose. Il faut pratiquer une éclaircie commerciale dans les politiques et sortir le bois mort chez les fonctionnaires.

Pour commencer, le gouvernement pourrait s’assurer que les travaux d’aménagement et de reboisement livrent leurs promesses plutôt que d’en laisser la surveillance à d’autres. Puis, les mesures de bois récolté pourraient être prises par quelqu’un qui ne travaille pas pour l’industrie. 

La forêt peut encore être payante. La forêt doit demeurer une source de fierté. Pour ce faire, il faudrait qu’elle soit administrée par des gens des régions, ceux qui l’aiment, plutôt que seulement par ceux qui veulent la couper.