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Drogues, alcool et vide intérieur: le long chemin de croix de Mathieu Melanson

Mathieu Melanson
Photo courtoisie Mathieu Melanson (deuxième à partir de la droite) en compagnie d’un groupe de croyants lors d’une cérémonie de baptême en Floride.

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En soulevant la Coupe Memorial, le 28 mai 2006, Mathieu Melanson croyait avoir atteint le sommet de la montagne. Toutefois, ce qui semblait l’aboutissement d’une carrière n’était en fait que le début d’une grande descente aux enfers qui s’est étirée sur plus de 13 ans et qui a bien failli lui coûter la vie. Aujourd’hui sobre et heureux, il a trouvé sa planche de salut grâce à Dieu. Récit de l’improbable et sinueux parcours d’un des principaux artisans de la conquête de 2006 des Remparts de Québec. 

D’aussi longtemps qu’il se souvienne, Melanson a toujours éprouvé un mal de vivre, un vide intérieur. Constamment à la recherche de ce qui lui permettrait de le combler, il croyait, lors de la saison 2005-2006, avoir finalement trouvé ce qui le rapprocherait du bonheur. 

Le no 91 était un des favoris chez les partisans des Remparts de Québec. En 2005-2006, il avait inscrit 86 points en 59 matchs.
Photo d'archives
Le no 91 était un des favoris chez les partisans des Remparts de Québec. En 2005-2006, il avait inscrit 86 points en 59 matchs.

« Je me souviens que cette année-là, il y avait une photo de la conquête de la Coupe Memorial de 1971 par les Remparts de Québec dans la chambre. Avant chaque match, je l’embrassais et je disais à mon coéquipier Maxime Lacroix qu’on allait la gagner », a raconté Melanson, depuis sa résidence de Floride, lors d’un généreux entretien téléphonique de deux heures avec Le Journal.   

  • Une ancienne vedette des Remparts raconte son calvaire   

Après une pause, il ajoute : « C’était un rêve trop parfait ». 

Ce rêve se concrétise le 28 mai 2006 lorsque Melanson et les Remparts défont les Wildcats de Moncton, l’équipe de sa ville natale, au compte de 6 à 2, en finale, pour mettre la main sur le Saint Graal du hockey junior canadien. S’ensuit une semaine complètement folle, ponctuée d’un défilé des champions dans les rues de la Vieille Capitale. 

Puis, c’est le début de la grande noirceur. 

« Je me rappelle de m’être couché après une semaine, pour la première fois à jeun, et j’étais complètement déprimé. J’étais un héros dans ma ville, un champion, mais malgré tout, il me manquait quelque chose. Même une coupe Stanley ne m’aurait pas permis de vivre ce que j’ai vécu en gagnant la Coupe Memorial. Je n’ai jamais eu peur comme ça de ma vie parce que je ne savais pas ce que ça me prendrait de plus pour être heureux. » 

ANNÉES NOIRES

À ce moment, Melanson éprouve de la honte à en parler. 

« J’étais Mathieu Melanson, le gars qui a tout. Le fils de Roland Melanson et le champion de la Coupe Memorial. À qui tu voulais que je parle de ça ? », se rappelle le fils de l’ancien entraîneur des gardiens de but du Canadien.  

L’alcool étant déjà un vice bien présent dans sa vie – il ne cache pas avoir raté plusieurs couvre-feux avec les Remparts –, il s’y réfugie à nouveau afin d’engourdir la dépression. 

S’invitent ensuite les drogues dures, la cocaïne entre autres. Tout ça, alors que sa dépendance aux Zolpidem, des pilules pour combattre l’insomnie, est plus forte que jamais. Malgré tout, il poursuit sa carrière dans le hockey professionnel, majoritairement dans la Premier AA Hockey League (ECHL). 

« Le hockey, pour moi, c’était devenu un moyen de payer les factures. Je n’avais plus la passion. » 

L’Acadien tentera aussi sa chance dans le golf professionnel, en vain. 

MOMENT CHARNIÈRE

Après deux cures de désintoxication qui n’ont servi à rien, Melanson décide de tenter sa chance à nouveau, en octobre 2019. 

La veille de son entrée, il passe la nuit chez son frère où il s’endort, comme à l’habitude, fortement intoxiqué par un mélange d’alcool et de somnifères. 

« À ce moment, je devais prendre un shooter d’alcool toutes les deux heures sinon je ressentais les symptômes du sevrage. » 

Durant la nuit, Melanson se réveille dans un état second. Les événements qui ont suivi ont complètement changé sa vie. 

« Je me suis réveillé somnambule, je me suis habillé et j’ai pris le camion de mon frère. Je suis sorti de chez eux et j’ai frappé une auto qui comptait quatre ou cinq personnes. Heureusement, personne n’est mort, mais nous étions sur un pont, et le camion que je conduisais est presque tombé dans l’eau. Il faisait la pendule. » 

En prison, l’homme alors âgé de 33 ans touche le fond du baril. 

« Quand je me suis réveillé en prison, je me suis mis à genou et j’ai prié le bon Dieu. Je lui ai dit : je vais vivre pour toi, je suis tanné de faire du mal aux gens que j’aime. Si tu me sors d’ici, je te donne ma vie », raconte-t-il avec émotion. 

« MATHIEU EST MORT »

Melanson sort de prison, un bracelet électronique à la cheville, et tient sa promesse. 

« Je me suis mis à lire la Bible à tous les jours. Quelque chose a commencé à changer en moi. À ce moment, j’ai réalisé que si je mourais, je m’en allais en enfer. Dieu m’aimait et il est venu me sauver pour que je puisse aller au ciel. » 

À partir de ce moment, avoue-t-il, il a pour la première fois de sa vie comblé ce vide en lui qu’il traînait depuis son adolescence. 

« Le soir de l’accident, Mathieu est mort. Si tu savais tous les miracles dont j’ai été témoin depuis que j’ai donné ma vie à Dieu. Aujourd’hui, je vis pour partager ce qu’il a fait avec moi. Je ne suis pas spécial. J’ai simplement accepté de piler sur mon orgueil. » 

Aujourd’hui, il s’estime plus heureux que jamais. Il a récemment trouvé l’amour de sa vie, Maria Josee, qu’il a épousée, ainsi que du travail à la Phil’s Heavenly Pizza, une pizzeria de Pompano Beach regroupant des gens dont la vie a été changée grâce à Dieu. 

En Maria Josee, il a trouvé l’amour.
Photo courtoisie
En Maria Josee, il a trouvé l’amour.

Tout ça lui a aussi permis de faire la paix avec sa carrière de hockey. Jusqu’à tout récemment, la conquête de la Coupe Memorial avait été pour lui le début de l’importante dépression qui l’a aspiré pendant des années. 

Maintenant, c’est redevenu un bon souvenir. 

On voit la façade du Phil’s Heavenly Pizza de Pompano Beach où il a trouvé un emploi qui lui sied bien.
Photo courtoisie
On voit la façade du Phil’s Heavenly Pizza de Pompano Beach où il a trouvé un emploi qui lui sied bien.

« Ce groupe de gars... c’était quelque chose de spécial, mentionne-t-il en étouffant un sanglot. À commencer par l’entraîneur. On avait tous le désir de gagner et on avait à cœur le gars à côté de nous et la ville de Québec. Parce que je n’étais pas en paix avec moi-même, ça m’a amené beaucoup de noirceur, mais je ne changerais ça pour rien au monde.  

« Quand j’en parle, ça me ramène des larmes parce que les gens de Québec m’ont accepté malgré mes défauts. J’étais un désastre total, mais ils m’ont accueilli. Pour moi, cette ville aura toujours une place spéciale dans mon cœur. » 

Gageons que c’est réciproque.