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«Il faudra me forcer»: aux États-Unis, de nombreux républicains anti-vaccin

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Le centre de vaccination anti-COVID de Martinsburg, en Virginie-Occidentale, est si près de chez Todd Engle qu’il pourrait presque le toucher depuis son jardin. Mais comme de nombreux républicains aux États-Unis, pas question qu’il y mette les pieds. 

«Ils devront me mettre en prison», assure à l’AFP cet homme de 58 ans, casquette camouflage vissée sur la tête, assis sur son porche. «Je n’ai vraiment pas confiance.»

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Les réticences à se faire vacciner sont très souvent liées à un manque de confiance, mais aux États-Unis, encore en proie aux divisions extrêmes qui ont marqué la campagne pour l’élection présidentielle lors de laquelle Donald Trump a été accusé de minimiser la pandémie, la question est aussi politique.

«C’est la méfiance habituelle, puissance mille», analyse Neil Johnson, professeur à l’Université George Washington.

Il y voit une combinaison de facteurs: la conviction que les médias ont exagéré la pandémie pour nuire à l’ex-président républicain, une résistance de longue date aux vaccins et une méfiance à l’égard du gouvernement.

Ces républicains qui, comme Todd, ne veulent pas recevoir leur dose, risquent à ses yeux de freiner dangereusement la campagne de vaccination américaine contre la COVID-19, qui progresse pour l’instant à grande vitesse dans un pays où le coronavirus a déjà tué plus de 540 000 personnes.

À échelle nationale, 41% des républicains déclarent ne pas vouloir se faire vacciner, contre seulement 11% des démocrates, selon un sondage paru la semaine dernière.

La Virginie-Occidentale, un État très vallonné parmi les plus pauvres d’Amérique, a voté à une grande majorité pour Donald Trump lors de la présidentielle de novembre. Mais tous ses républicains ne sont pas anti-vaccin.

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«Pas la peine»

Car le centre de vaccination derrière chez Todd Engle opère malgré tout à une cadence impressionnante.

Angela Gray fait partie des infirmières masquées et administre parfois jusqu’à 1500 doses en une journée.

«J’essaie de ne pas faire attention à la politique», confie-t-elle. «Mais j’ai vu beaucoup de républicains se faire vacciner.»

Angela a aussi vu plusieurs élus locaux défendre le vaccin, voire retrousser leurs propres manches et aller prendre publiquement une dose, un effort crucial pour convaincre les sceptiques.

Et Donald Trump lui-même a apporté, mardi, son soutien le plus explicite à la campagne nationale de vaccination depuis qu’il a quitté ses fonctions en janvier.

«Je le recommande, et je le recommande à ceux qui n’en veulent pas, et nombre de ceux-là ont voté pour moi», a déclaré l’ancien président lors d’une interview, en direction de ses 74 millions d’électeurs.

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«C’est un excellent vaccin, c’est un vaccin qui est sûr et qui fonctionne», a-t-il insisté.

Mais pour nombre de ses sympathisants, comme Christine Miller, trésorière de l’antenne locale du parti républicain, les propos du milliardaire arrivent trop tard.

Elle ne prévoit pas, pour l’instant, d’aller prendre sa dose.

«Le risque n’en vaut pas la peine», balaye cette femme de 63 ans, pourtant sujette à de la bronchite chronique, et qui a survécu à un cancer.

Pour le professeur Neil Johnson, ces réticences risquent de retarder le moment où les États-Unis atteindront l’immunité collective, synonyme de retour à une vie plus normale.

Les campagnes de vaccination parviennent à toucher une grande partie de la population, explique-t-il, mais leur succès dépend de la possibilité d’inoculer une majorité écrasante de personnes.

Si et quand ce stade sera atteint à Martinsburg, ce sera très certainement sans Betty DeHaven, membre du parti républicain.

«Il faudra me forcer à prendre le vaccin», promet sans détour la septuagénaire. «Et c’est mon droit.»

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