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Un agresseur sexuel écope d’une peine de prison exemplaire

GEN - VIOL CONJUGAL
Photo Martin Alarie Les quatre victimes de ce Montréalais de 47 ans sont fières d’avoir suivi le processus judiciaire jusqu’au bout et d’avoir témoigné contre leur agresseur, qui vient d’être condamné à une lourde peine de pénitencier.

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Un manipulateur invétéré qui a agressé sexuellement trois de ses conjointes et une jeune gardienne sur une période de 20 ans a écopé d’une lourde peine de détention.

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« Ça montre qu’il faut continuer de croire au système judiciaire, il ne faut pas baisser les bras », insiste Me Nancy Potvin. L’expérimentée procureure du palais de justice de Longueuil a récemment réussi à faire condamner un Montréalais de 47 ans à huit ans et demi de pénitencier.

Cet homme, dont nous tairons l’identité pour protéger celle des victimes, s’est jeté sur une gardienne d’enfants de 16 ans pour l’agresser dans les années 1990. Il a ensuite abusé sexuellement de trois de ses partenaires de vie entre 2003 et 2017. Cela peut sembler particulier, mais le concept de viol conjugal est de plus en plus reconnu par les tribunaux.

Dans sa décision, le juge Marc Bisson a démontré que des pensées rétrogrades telles que « c’est ma femme, c’est normal » sont malheureusement trop bien ancrées. Le magistrat a déclaré le violeur coupable de 11 chefs d’agression sexuelle et d’un chef de voies de fait.

Non, c’est non

La notion de consentement a été au cœur de ce procès. Ni le silence, ni la passivité, ni la soumission (que ce soit pour « acheter la paix », pour ne pas déplaire ou par crainte de représailles) ne sont synonymes de « oui », rappelle le juge Bisson.

Contrairement à ce qu’a plaidé Me Richard Ouellette, nul besoin pour la femme de fuir, de crier ou de résister physiquement pour manifester son désaccord. Un simple non suffit.

« Le procureur de la défense soumet que la plaignante consentait parce que si tel n’avait pas été le cas, elle serait partie. Mais il s’agit là d’un stéréotype qui n’a plus sa raison d’être », souligne le juge.

Cet homme était simplement incapable d’accepter qu’on lui dise non. Selon son propre témoignage, il « gossait » jusqu’à ce que la femme finisse par céder.

En plus de consommer beaucoup d’alcool, il avait une libido débordante et réclamait du sexe à ses conjointes en tout temps et en tous lieux.

Au motel, dans la voiture, dans la cuisine alors que les enfants sont dans la pièce d’à côté, pendant qu’il se faisait couper les cheveux, en revenant du bar lorsque les victimes dormaient, lorsqu’elles allaitaient ou tout simplement lorsqu’il avait besoin de « se vider ». 

Aussi cru que cela puisse paraître, c’est de cette façon que l’homme parlait à ses conjointes, n’hésitant pas à recourir à la force physique ou au chantage émotif pour arriver à ses fins. Le juge Bisson ne lui a accordé aucune crédibilité, pas plus qu’à sa conjointe actuelle, qui a tenté de le dépeindre sous un beau jour.

Un grand soulagement pour les victimes, pour qui le fait d’avoir été crues a été une véritable délivrance. 

Un message clair servi aux agresseurs  

Le fait qu’un juge punisse sévèrement des agressions sexuelles commises en contexte conjugal est un « point tournant » important qui réjouit tant les victimes que les experts.

« La peine doit envoyer un message clair à l’accusé et au public en général que les tribunaux répriment les gestes tels que ceux posés par l’accusé », écrit le juge Marc Bisson dans sa décision. 

Objectif atteint

Et cet objectif est atteint avec la sentence de huit ans et demi dont a écopé un Montréalais de 47 ans, selon la directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse.

« Je suis très heureuse parce que tout l’aspect de la violence sexuelle inclus dans la violence conjugale est souvent écarté », note-t-elle.

Chantal Arseneault, du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, abonde.

« Le dossier d’Éric Lapointe [qui s’en est tiré sans dossier criminel pour des voies de fait sur une femme] était assez décourageant. Celui-là, c’est une bouffée d’espoir », souligne-t-elle.

Soulagement

Un avis que partagent les quatre victimes du dossier de Longueuil, avec qui Le Journal s’est entretenu.

« En tant que femme, il faut se lever debout et dénoncer pour que ça arrête. Quand je l’ai vu partir en détention, c’était un grand soulagement », lance celle qui a eu deux enfants avec l’accusé.

« Je veux qu’un maximum de femmes sachent que ce n’est pas normal [ce comportement]. Elles n’ont pas à avoir honte, c’est nous, les victimes », poursuit une autre plaignante.

Les criminels doivent vivre avec les conséquences de leurs gestes.

« Il ne faut pas qu’il y ait de passe-droit. Je vis beaucoup plus libre maintenant, et plus personne ne me fera vivre ça », insiste une femme qui a vécu un an et demi avec cet homme.

Pour celle qui a été agressée alors qu’elle était mineure, c’est un combat de tous les jours depuis 23 ans. « Mais avec les bons outils, c’est possible de s’en sortir », assure-t-elle.

Même si le processus judiciaire s’est avéré long et pénible pour ces femmes, aucune ne regrette d’avoir porté plainte. « Je recommencerais n’importe quand », nous ont-elles toutes affirmé. 

L’écoute et l’empathie des intervenants du système ont aussi adouci les procédures pour elles. « L’aide qu’on a reçue à la cour, c’était vraiment sur la coche », précise l’une des victimes.


- Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010 / consultez le https://sosviolenceconjugale.ca/fr

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