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Speak White

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En deux heures, seul sur scène, Robert Lepage nous plonge dans notre mémoire collective à partir de sa propre mémoire.

Sa pièce 887, le numéro de l’immeuble de son enfance, est présentée actuellement à Québec dans son nouveau théâtre Le Diamant.

Robert Lepage est lui-même un diamant. Sa carrière brille de mille feux, et ses œuvres, films, pièces de théâtre et mises en scène rayonnent à travers la planète. Robert Lepage est un des Québécois les plus talentueux et les plus admirés au monde.

Sans entracte, durant deux heures qu’on ne voit pas passer, il nous oblige à une introspection aussi salutaire que douloureuse.

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Enfance

« On se souvient de quoi, au juste ? » lance-t-il, soudain, d’une voix qui nous transperce le cœur et nous interpelle. 

Car son récit décrit son enfance modeste et singulière. Son père, un ex-militaire, était un chauffeur de taxi, qui préférait parler anglais à la maison. 

Deux des quatre enfants étaient inscrits à l’école anglaise tandis que Robert et sa sœur fréquentaient l’école française. 

C’était encore l’époque du catholicisme des années soixante. Robert Lepage nous impose aussi, si on peut le dire ainsi, la lecture du manifeste du FLQ par Gaëtan Montreuil à la télévision lors de la crise d’Octobre en 1970.

En fait, l’auteur-acteur ne nous épargne rien de nos échecs passés. Et c’est bien là son talent. 

Il transfigure l’Histoire tout en évitant le sermonnage idéologique auquel tant d’artistes ont succombé au cours des décennies. Au début de la pièce, son personnage craint une défaillance de mémoire en apprenant par cœur le long poème de Michèle Lalonde, Speak White

À la fin de ces deux heures, qui passent comme un éclair, il nous abandonne après avoir récité le poème devenu mythique comme jamais nous ne l’avons entendu.

Qui peut résister au talent aussi émouvant qu’époustouflant de Robert Lepage, cet artiste enraciné dans le Québec et qui oscille entre l’intimité et l’universel ?