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Échec de Québec pour ses terrains contaminés

En 10 ans, la facture pour restaurer ses sites pollués n’a pas diminué

mine Siscoe
Photo courtoisie Le site de l’ancienne mine Siscoe, en Abitibi, qui fait l’objet de travaux de restauration depuis 2014.

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Québec a raté sa cible de décontamination des terrains de l’État, sur lesquels ont notamment été construites plusieurs écoles.

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L’échec est tel que le gouvernement Legault change de stratégie et annoncera un nouvel objectif dans le budget du ministre des Finances qui sera déposé demain.

L’État québécois est responsable de plusieurs terrains contaminés. En 2012, on estimait qu’il en coûterait 2,1 milliards $ pour les restaurer. Le gouvernement de Jean Charest s’était alors engagé à réduire la facture de moitié en investissant 1 milliard $ sur 10 ans.

Même si 443 millions $ ont depuis été investis, la facture de ce « passif environnemental » est toujours de 2,1 milliards $ parce que des terrains se sont ajoutés ou de nouvelles analyses ont entraîné une réévaluation des coûts. 

« L’objectif [...] est actuellement remis en question, car ce n’est pas la meilleure façon d’évaluer le succès des interventions du gouvernement », confirme Antoine Tousignant, porte-parole du Secrétariat du Conseil du Trésor.

Il s’agit d’une deuxième cible environnementale importante ratée après celle des gaz à effet de serre. Le gouvernement Charest avait fixé comme objectif une réduction de 20 % pour 2020, par rapport à 1990. Comme le démontrait notre dossier sur les grands pollueurs publié ce week-end, ce fut aussi un échec.

Plusieurs drapeaux rouges

Si on inclut les terrains qui risquent de tomber sous la responsabilité de l’État car les propriétaires sont disparus ou n’ont pas l’argent, la somme totale pour la décontamination est de 3 milliards pour quelque 1800 terrains, alors qu’elle était de 3,2 milliards $ en 2012 pour 2000 terrains.

La vérificatrice générale du Québec a pourtant averti le gouvernement à plusieurs reprises qu’il n’avait pas de plan d’action pour réaliser ses engagements et qu’il devait définir des priorités.

« Certains [terrains] présentent une contamination comportant des risques élevés pour la santé humaine et l’environnement », soulignait son rapport de 2018.

Beaucoup de mines

Beaucoup de ces terrains ont servi à la construction d’écoles (voir autre texte), mais une plus grande partie encore sont des sites miniers. La facture du ministère des Ressources naturelles est estimée à 732 M$, en plus d’un 470 M$ pour des sites potentiels. Le total est donc de 1,2 milliard $.

En 2016, les libéraux s’étaient engagés à investir 620 millions $ d’ici 2022 et à réduire de 80 % son passif.

« On s’est rapidement rendu compte après un an qu’il n’atteindrait jamais l’objectif, explique Ugo Lapointe de MiningWatch Canada. Le ministère n’a pas assez de bras et de tête pour gérer un chantier à 620 millions $. »

Depuis 2016, 36,5 millions $ ont été dépensés. Selon le ministre Jonatan Julien, la cible libérale était « irréaliste ». Son objectif est d’avoir fini la caractérisation des terrains d’ici 2023 afin d’établir des priorités, comme l’avait suggéré la VG. 

– Avec Pascal Dugas Bourdon et Philippe Langlois