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La CAQ et le boomerang éthique

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Capture d'écran, TVA Nouvelles Le député libéral Marc Tanguay brandit la Une du Journal de Québec, le mardi 23 mars 2021, au Salon Bleu de l'Assemblée nationale, pour demander des explications au gouvernement sur le député Louis-Charles Thouin.

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Les caquistes se sont retrouvés dans l’inconfortable position de l’arroseur arrosé cette semaine au Salon bleu, après que l’un des leurs, le député Louis-Charles Thouin, eut fait la manchette en raison de multiples apparences de conflits d’intérêts. Le boomerang éthique leur est revenu en pleine mâchoire.

Les élus libéraux et le personnel du cabinet de Dominique Anglade issus du précédent gouvernement Couillard ont visiblement préparé la période de questions de mardi comme on organise une soirée de feu de camp, en sortant les guitares et les guimauves.

La une du Journal ce matin-là a sûrement fait saliver, au 2e étage du parlement. Le député de Rousseau s’est placé dans des situations délicates alors qu’il était maire de Saint-Calixte, et préfet de la MRC de Montcalm, a révélé notre Bureau d’enquête.

Comme maire, il a notamment accordé le contrat de gestion animalière à la SPCA qu’il avait lui-même fondée, et pour laquelle sa conjointe est devenue directrice par la suite.

Alors qu’il était préfet, il a voté en faveur d’une subvention d’un demi-million accordée à la compagnie d’un ami entrepreneur, quelques jours avant d’accepter d’être le parrain d’un de ses enfants.

Puis, la commissaire à l’éthique enquête sur le rôle qu’il a joué, en tant qu’adjoint parlementaire de la ministre des Affaires municipales, dans le processus qui a ouvert la porte au dézonage de terres dans la MRC de Montcalm, pour lequel il avait plaidé dans le passé comme élu local.

Une « piscine » d’apparences

Gaétan Barrette est un de ceux qui s’en sont donné à cœur joie. « Il nage dans une piscine qui déborde de conflits d’intérêts, du moins en apparence », a martelé le doc et ex-ministre, sans réprimer un bonheur évident.

Le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, n’a pas servi sa meilleure ligne à vie en plaidant que le député de Rousseau « sert sa communauté autant sur le plan municipal et autant à titre de député. »

Il a aussi poussé une porte battante en affirmant que le député collaborait à l’enquête menée par la commissaire à l’éthique. Le libéral Marc Tanguay a répliqué du tac au tac : « On sait ce que ça vaut pour la CAQ, les avis de la commissaire à l’éthique. » En effet, le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon continue à siéger en flagrante contravention du code des élus, puisqu’il demeure actionnaire de deux entreprises pouvant faire affaire avec l’État.

Dans le passé, les libéraux aussi se sont moqués d’un avis de réprimande de la commissaire contre un membre de leur équipe. L’ex-ministre Pierre Paradis était alors blâmé pour l’utilisation de son allocation de logement qui favorisait les intérêts de sa fille.

Du pareil au même ?

Mais le seul fait que les citoyens peuvent décoder que la situation est du pareil au même, que l’on pourrait interchanger les rôles entre libéraux ou caquistes, fait très mal à l’image de François Legault.

Le 4 octobre 2016, en commentant la situation du ministre Laurent Lessard, dont le conseiller politique Yvon Nadeau était demeuré simultanément directeur de l’entreprise Innoltek, Simon Jolin-Barrette avait dit ceci :

« Je pense que les Québécois sont tannés d’avoir un gouvernement qui a l’éthique élastique. [...] tannés de voir que tous les mois il y a un ministre du gouvernement libéral qui se retrouve dans une situation où il y a une apparence de conflit d’intérêts. »

François Legault suggérait que le ministre devait être démis de ses fonctions pendant l’enquête du commissaire à l’éthique. Maintenant, c’est lui qui résiste, alors que les partis d’opposition lui demandent d’exclure le député Thouin du caucus de la CAQ, durant l’enquête.

On pourrait publier aussi une longue liste de citations du député Éric Caire, que l’on qualifiait de shérif éthique, du temps où il était dans l’opposition.

Les caquistes s’étant drapés dans de tels habits, ils devraient se montrer irréprochables. Mais ils donnent maintenant l’impression de moduler certains principes en fonction de leur nouvelle réalité de gouvernement. 

En vrac  

Il prédit l’avenir !

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Photo Simon Clark

Le solidaire Vincent Marissal a inscrit la semaine dernière sa demande d’interpellation, qui a eu lieu hier, en l’intitulant « L’absence de vision dans le budget du gouvernement caquiste ». C’était pourtant quelques jours avant de prendre connaissance du budget ! 

La motion de la semaine

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Photo Didier Debusschere

Le péquiste Pascal Bérubé a fait en sorte que les élus se prononcent, à la suite des propos inacceptables du prof Amir Attaran, et sa motion condamnant « les fréquentes attaques haineuses, discriminatoires et francophobes dont fait l’objet la nation québécoise au sein du Canada » a été adoptée à l’unanimité. 

Les bulletins  

Manon Massé, QS 

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Photo Simon Clark

La solidaire a publié sur Twitter une phrase vraiment déplacée – La pandémie, c’est pas une excuse pour laisser mourir les femmes, M. Legault – que QS a présentée sous forme de publicité/pétition, dans la foulée des féminicides. Elle a ensuite retiré la publication, que la ministre Geneviève Guilbault a qualifiée d’odieuse. Pas de bénéfice politique sur cette cause svp... 

Louis-Charles Thouin, CAQ 

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Photo Simon Clark

Mauvaise semaine pour le caquiste, rattrapé par son style de gestion du temps où il était élu municipal. Il a laissé dans son sillage plusieurs apparences de conflit d’intérêts. Puis, la commissaire à l’éthique enquête sur son rôle dans le possible dézonage de terres agricoles convoitées dans sa circonscription. 

Catherine Dorion, QS 

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Photo Didier Debusschere

Ce n’était pas chic d’avoir incité à « humilier publiquement » des députés caquistes comme Mario Asselin pour leur silence sur le dossier du tramway. Mais la députée de Taschereau s’est bien reprise. Même si personne ne lui avait demandé de le faire, elle a présenté ses excuses cette semaine, après s’être sentie « honteuse ». 

Sylvain Roy, PQ 

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Photo Simon Clark

Cette rubrique ayant fait relâche samedi dernier, c’est avec retard que l’on salue ses interventions pour une meilleure gestion de la forêt. Il a notamment suggéré une clause « Québec » pour que le bois recueilli ici serve d’abord les Québécois, en contexte de « pénurie » qui gonfle les prix.