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Un négociateur qui a du cran

Un seul Québec
Photo courtoisie Un seul Québec
Dialogue avec les Premières Nations 1978-1995
David Cliche
Préface de Max Gros Louis et de Stephen R. Kelly
Éditions du Boréal

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Les dates, dans le titre de cet ouvrage, sont importantes : 1978, deux ans après l’accession au pouvoir du premier gouvernement souverainiste ; et 1995, année du deuxième référendum sur la souveraineté du Québec. Entre ces deux dates, 17 ans de négociations et d’efforts à tendre des ponts entre les Premières Nations et nous.

David Cliche se souvient. En 1994, un an avant la tenue du référendum, le premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, le charge d’aller à la rencontre de nos frères amérindiens pour les inviter à négocier d’égal à égal avec un Québec (éventuellement) souverain. Cette démarche de Parizeau comporte trois volets. « Premièrement, rassurer les nations autochtones concernant le respect de tous leurs droits dans un Québec souverain. Deuxièmement, faire connaître nos intentions eu égard au traitement prévu des questions autochtones auprès des États-Unis d’Amérique et des pays d’Europe [...]. Troisièmement, faire en sorte que le traitement prévu des questions autochtones dans le cadre du processus d’accession à la souveraineté ne puisse être invoqué pour remettre en question l’intégrité du territoire du Québec. » 

Auparavant, le jeune Cliche avait eu l’occasion de faire ses classes entre Québec, le Grand Nord québécois et Ottawa, participant à de nombreuses discussions et négociations autour du projet d’aménagement hydroélectrique de Grande-Baleine. Il est rapidement devenu un expert à qui les deux gouvernements font appel.

À la demande de Lucien Bouchard, député conservateur d’Alma dans le gouvernement de Brian Mulroney, Cliche livre à Jacques Parizeau le mot de bienvenue de Bouchard au Conseil national du Parti québécois qui se tient justement dans la circonscription de Bouchard, alors en voyage officiel à Paris. Coup de tonnerre dans le monde politique. Les médias y voient un appui à la souveraineté. Bouchard démissionnera quelques jours plus tard, puis fondera le Bloc québécois avec quelques autres députés démissionnaires.

Déterminé

Vers la même période, Parizeau lui demande de rédiger un projet de résolution visant à adopter un nouveau contrat social avec les nations autochtones, dans le cadre d’un Québec souverain. Avec beaucoup de doigté, Cliche réussit à rassembler autour d’une même table les chefs des principales nations, leurs conseillers et quelques experts. Évidemment, un Québec souverain mettrait fin à l’ignoble loi fédérale sur les Indiens. « La nation québécoise et les nations autochtones participeront à la préparation et à la ratification de la Constitution, acte de naissance du Québec souverain, confirmant ainsi notre ferme volonté de vivre ensemble au Québec », est-il écrit dans le document adopté lors du congrès national de janvier 1991 et rédigé par Cliche.

Cliche sera au cœur des débats autour du projet d’exploitation de Grande-Baleine. Il se rendra à plusieurs reprises aux États-Unis, où les Cris menaient une intense campagne de relations publiques contre ce projet, pour expliquer les bons et les mauvais côtés du projet. Il fallait avoir du cran pour affronter tous les opposants comme le Natural Resources Defense Council, qui « accusait le Québec d’avoir un plan pour empoisonner les Cris au mercure », la société Audubon, vouée à la défense des oiseaux, ou Greenpeace USA, de même que les représentants des Cris aux abois. 

Du cran également pour obliger Joe Norton et des Warriors en colère à négocier la perception des taxes sur le pétrole en territoire mohawk et la coordination des services policiers à Kahnawake. 

David Cliche a contribué à enterrer la hache de guerre entre les Premières Nations et le gouvernement du Québec. 

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