/misc
Navigation

Nézet-Séguin à Star Académie

Coup d'oeil sur cet article

Crâne rasé, musculature d’athlète, enthousiasme d’adolescent, Yannick Nézet-Séguin est aussi à l’aise à Star Académie qu’il l’est à l’Orchestre métropolitain.

Il fallait le voir, dimanche soir, se dandiner et taper des mains pour marquer le rythme pendant le numéro de Mika ou la prestation de Marc Dupré. Chef à vie de l’Orchestre métropolitain, directeur principal de l’Orchestre de Philadelphie et directeur musical du Metropolitan Opera de New York, Nézet-Séguin n’aurait nul besoin de se dépenser ainsi. 

Personne ne lui en voudrait d’occuper autrement les jours de congé que lui alloue la pandémie pendant la fermeture du Met. Mais l’homme est généreux et son énergie est contagieuse. Il n’est pas mesquin. Ni sur ses conseils ni sur ses compliments. Et même s’il habite New York une partie de l’année, Nézet-Séguin reste profondément montréalais. 

À la fin du siècle dernier, c’est sa générosité autant que son talent qui avaient frappé mon ami Jean-Pierre Goyer qui venait d’être nommé PDG de l’Orchestre métropolitain. Pour ceux qui l’ignorent, Goyer remercia le chef Joseph Rescigno avant la fin de son mandat, laissant entendre que ce dernier quittait de son propre gré à cause de leur différence de point de vue sur l’avenir de l’orchestre.

LE PRIX À PAYER 

La vérité, c’est que Goyer voulait engager un jeune chef de 24 ans, québécois par surcroît, dont on disait qu’il avait un avenir brillantissime. Nézet-Séguin se retrouva donc à la direction de l’Orchestre métropolitain, mais Rescigno poursuivit en justice. Le tribunal lui donna raison une première fois en 2003, puis en appel en 2006. Même si l’affaire coûta un quart de million à l’Orchestre métropolitain, qui vint à un cheveu de la faillite, Jean-Pierre Goyer maintint jusqu’à sa mort que le prix pour s’assurer les services d’un chef aussi doué que Nézet-Séguin avait été très raisonnable.

À une autre échelle, il est vrai, TVA et les producteurs de Star Académie ne peuvent que se réjouir de pouvoir compter sur l’adhésion du fameux chef d’orchestre. Si le premier gala de la nouvelle édition ne passera pas à l’histoire, les autres, en particulier celui de dimanche, nous ont fait oublier que c’est de la « télé de pandémie ». Le numéro de Mika, dont c’était la première présence « réelle », a même constitué un arrogant pied de nez au virus, tellement il semblait ne lui avoir rien sacrifié.

DES PROGRÈS NOTOIRES

Peut-être parce que je suis cette édition plus assidûment que celles d’il y a une décennie, il me semble que les participants actuels progressent plus rapidement qu’autrefois. Sous la tutelle de professeurs aussi expérimentés, dont le moins exigeant n’est sûrement pas l’increvable Gregory Charles, les académiciens que j’ai entendus dimanche étaient à des lieues de ceux que j’avais entendus au premier gala. Que de chemin parcouru en moins de deux mois ! 

La pandémie y est-elle pour quelque chose ? Cette nouvelle édition me semble plus axée sur le travail et la sueur que sur l’image et les paillettes. Avec Patrice Michaud, qui n’aura jamais la flamboyance de Julie Snyder, l’animation prend l’allure d’un accompagnement plutôt qu’une occasion de se faire valoir. La sobriété et la bonhomie de Michaud déteignent sur les jeunes académiciens, et jusque sur les vedettes invitées.

L’adhésion du chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, la présence de Mika comme directeur artistique et celle de Lara Fabian à la direction donnent à Star Académie un lustre et une dimension qui devraient faire taire une fois pour toutes ceux qui ne voient dans la série qu’une autre banale téléréalité.