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Les Cowboys Fringants choisissent d’attendre

Leur spectacle est trop festif pour les mesures sanitaires en vigueur

Les Cowboys Fringants
Photo courtoisie, La Tribu Une scène du film musical L’Amérique pleure - le film, du groupe Les Cowboys Fringants, qui sortira sur grand écran le 9 avril.

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Malgré l’immense succès de L’Amérique pleure, l’accueil chaleureux reçu par leur album de chansons de fond de tiroir, Les nuits de Repentigny, et leur désir de retrouver la scène dès que possible, Les Cowboys Fringants attendront le retour à la vie normale avant de recommencer à jouer dans les salles de spectacles du Québec.

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Pas question de brusquer les choses et de jouer pour un public masqué, restreint et éparpillé, ont dit les membres du groupe, dans une entrevue Zoom accordée au Journal, hier.

« On va voir pour les festivals, cet été, peut-être que ça va rouvrir au mois d’août, ce serait intéressant en plein air. En salles, ça ne vaut pas la peine présentement parce que notre spectacle se veut en grande partie festif, avec des gens qui chantent et prennent un verre. On va attendre que ça reparte pour vrai », dit le guitariste et principal compositeur des Cowboys, Jean-François Pauzé.

Quand le temps sera venu, le quatuor ne manquera pas de nouvelles chansons à présenter. En plus des pièces de l’album Les antipodes, qui ont connu une très brève vie sur scène avant la pandémie, les 23 titres de leur album de party Les nuits de Repentigny sont à disposition.

« Du choix, on en avait déjà. Ça sera juste un plus gros casse-tête », sourit la multi--instrumentiste Marie-Annick Lépine.

Écoutez l'entrevue d'Anaïs Guertain-Lacroix avec Les Cowboys Fringants sur QUB radio:

Le sens de l’observation

Chose certaine, L’Amérique pleure y sera. Nouvelle détentrice du record de 26 semaines consécutives en tête des palmarès radio, cette chanson qui pose un regard triste sur notre mode de vie semble avoir été écrite sur mesure pour la pandémie.

Une coïncidence, a plaidé son auteur, Jean-François Pauzé, en disant que « ce sont des choses qui étaient dans l’air du temps, de l’observation sociale transposée en chanson. »

« Non, non, t’es un visionnaire », l’interrompt en riant Marie-Annick Lépine.

Visionnaire ou pas, Jean-François Pauzé croit que Sur mon épaule a un côté plus prémonitoire que L’Amérique pleure.

« Elle est arrivée au beau moment, quand les gens avaient besoin d’une certaine forme de chaleur et de réconfort. On dirait qu’elle a été écrite pour une période comme ça. »

« Depuis le début des Cowboys, enchaîne aussitôt Marie-Annick Lépine, JF écrit des chansons qui annoncent des événements qui se produisent après. Je me souviens qu’il venait de finir En berne, et la semaine suivante, les manchettes parlaient d’une personne qui s’est suicidée au casino. C’est un grand observateur de la société. »

En lice aux Juno

Malgré la pandémie, la dernière année en aura donc été une de grande récolte pour Les Cowboys Fringants. Outre leur record radio, ils ont fait une razzia au gala de l’ADISQ (5 Félix) et ils sont en lice pour deux prix Juno, dont celui du choix du public, contre les stars The Weeknd, Shawn Mendes et Justin Bieber.

Une occasion de défricher le marché canadien-anglais ?

« Il y a quinze ans, répond le bassiste Jérôme Dupras, on s’en serait peut-être servi comme une carte de visite. Sauf que nous avons tous de jeunes familles, alors nous sommes moins intéressés à partir en minivan pour développer de nouveaux marchés. Par contre, si ça peut déclencher un petit intérêt pour des festivals ou des événements, on va répondre positivement. 

L’Amérique pleure –le film : Un succès  

Ils pensaient en vendre 1000 ou 2000. Finalement, ce sont 27 000 personnes qui ont payé pour regarder en ligne le film musical des Cowboys Fringants, L’Amérique pleure – le film, dans le temps des Fêtes.

« Un succès immense », se réjouit Marie-Annick Lépine.

Une scène du film musical L'Amérique pleure - le film, du groupe québécois Les Cowboys Fringants, qui sortira sur grand écran le 9 avril.
Photo courtoisie, La Tribu
Une scène du film musical L'Amérique pleure - le film, du groupe québécois Les Cowboys Fringants, qui sortira sur grand écran le 9 avril.

C’était un projet ambitieux. Tourné en 4K par le réalisateur Louis-Philippe Eno avec une équipe de 60 personnes dans la nature québécoise, ce film se présente comme l’antithèse aux Facebook Live que les artistes nous ont offerts pendant la pandémie. « C’était important de ne pas faire quelque chose à bas budget, dit la musicienne. J’étais super fière de présenter un produit d’aussi grande qualité pour 16 $ alors que nous-mêmes, en 2020, on a fait des shows web où la qualité était moyenne. »

Le film prendra l’affiche dans 70 salles à travers le Québec, le 9 avril.

Inquiétudes pour l’après-pandémie  

Les membres des Cowboys Fringants appréhendent la perte de nombreux musiciens de talent sur la scène musicale québécoise après la pandémie.

Jérôme Dupras : « Même si on s’ennuie du public et qu’on se tourne les pouces, nous sommes des privilégiés. Dans notre entourage, on voit des musiciens qui sont obligés de faire d’autres métiers et qui remettent en question leur appartenance au milieu musical. Les sondages montrent que 20 % à 60 % ne reviendront pas dans le métier. C’est hyper dommageable, notamment pour la relève. Il y a deux ou trois ans de relève qui va être occultée, parce qu’en sortant de la pandémie, les diffuseurs vont faire des choix plus sécuritaires, prendre moins de risques. »

Marie-Annick Lépine : « Je pense aux super musiciens qui font partie de 10-15 projets à la fois en temps normal avec plusieurs artistes solos, mais qui ne reçoivent pas de droits d’auteurs. Par exemple, un artiste comme Daniel Bélanger est accompagné par les meilleurs musiciens du Québec. Or, si ces meilleurs musiciens sont partis travailler sur les chantiers de construction et ne reviennent pas, je trouve que ça va diminuer la qualité de la musique qui sort au Québec. »

Retour en France  

La pandémie a privé Les Cowboys Fringants du plus gros concert de leur carrière en France, une soirée à l’Accor Arena de Paris-Bercy. Après plusieurs reports, eux comme leurs admirateurs français doivent se résoudre à faire preuve de patience.

Jean-François Pauzé : « C’est remis à 2022. La nouvelle date a été reçue comme une brique par les fans là-bas. Ils ont hâte de nous voir et on a hâte de les voir. Les gens vont être quand même au rendez-vous. Selon notre équipe sur place, il y a plus de nouveaux achats que de demandes de remboursement. »

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