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Violence conjugale: une députée brise le silence

Isabelle Lecours a vécu de la violence conjugale et veut maintenant contribuer à améliorer le système

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La députée Isabelle Lecours siégera au comité visant à enrayer les crimes contre les femmes et les féminicides, créé par le gouvernement Legault en réponse aux nombreux meurtres de femmes survenus en début d’année. Elle confie avoir longtemps vécu de la violence conjugale aux mains de son ex-conjoint.

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Aux prises avec un ex-conjoint violent pendant des années, la députée Isabelle Lecours a souvent interpellé les policiers et les tribunaux, sans succès. Aujourd’hui, elle compte offrir sa collaboration au sein du comité gouvernemental pour enrayer les crimes contre les femmes.

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Même s’il est difficile de « remuer tous ces souvenirs-là », la députée caquiste de Lotbinière-Frontenac a choisi de se confier, en entrevue avec notre Bureau parlementaire, dans l’espoir d’aider les femmes qui vivent encore dans un contexte de violence conjugale. 

« Mais aussi [aider] les hommes, insiste-t-elle. [...] Si on n’aide pas les hommes, la violence va être toujours là. » 

Isabelle Lecours a rencontré le père de ses enfants alors qu’elle était dans la vingtaine. 

Aujourd’hui, elle regrette de ne pas avoir écouté « la petite voix » au fond d’elle qui la mettait en garde. « Il y avait beaucoup de jalousie. Je ne trouvais pas ça normal, mais je me disais, ça va s’arranger. Puis, au fil du temps, on glisse et on se retrouve pris au piège. Ensuite, c’est vraiment très difficile de s’en sortir », témoigne-t-elle.  

« La personne va essayer de faire le vide autour de toi pour mieux te contrôler, après elle te dénigre. Puis vient la violence verbale, psychologique et physique », illustre la députée.  

Partir, pour les enfants

Si elle est restée toutes ces années, c’est d’abord pour ses enfants. « On a toujours espoir que ça s’arrange. On veut que les enfants aient un père et une mère », confie Mme Lecours. 

Mais c’est également pour protéger ses deux enfants qu’elle a finalement trouvé le courage de quitter la maison, après neuf ans de vie commune.

« J’ai réalisé que ce n’était pas sain, que j’étais tout le temps en train d’essayer de les protéger pour qu’ils entendent le moins de cris, de chialage, de crises possibles », raconte-t-elle.  

Pourtant, Isabelle Lecours n’était pas au bout de ses peines. La garde des enfants s’est transformée en enfer. « Chaque semaine, quand on échangeait les enfants, il en profitait pour me dire des choses que je ne voulais pas entendre, parce que je voulais me protéger », explique-t-elle. Il lui est même arrivé de devoir repartir sans les enfants... 

« Les policiers sont devenus des habitués [chez moi]. Mais comme il n’y avait pas de menaces de mort, ils ne pouvaient pas intervenir », raconte la députée.

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Peu d’aide des tribunaux

Les tribunaux n’ont pas été d’une plus grande aide. « La première fois que je suis passée en cour pour avoir la garde exclusive, le juge m’a dit : madame, votre fille a huit ans, elle est assez grande pour composer le 911 s’il arrive quelque chose », se rappelle-t-elle, encore estomaquée. 

Pour payer les frais d’avocat, elle a dû d’ailleurs travailler à temps partiel, les soirs et week-ends quand ses enfants étaient absents, malgré son emploi régulier bien rémunéré. 

Au final, elle n’a jamais réussi à obtenir la garde exclusive, si bien qu’une dizaine d’années de « harcèlement et de menaces » se sont ajoutées aux neuf déjà passées dans un climat de violence. 

Ce cheminement personnel, Mme Lecours compte en tirer des pistes de solutions pour le comité d’action sur lequel elle siégera.

Piloté par Geneviève Guilbault, il a été mis en place dimanche dernier pour répondre aux nombreux féminicides survenus depuis le début de l’année.

Revoir la formation

La députée estime qu’il faut notamment revoir la formation des juges, policiers et procureurs, pour mieux accompagner les femmes qui subissent de la violence conjugale et les hommes « qui ont toute cette violence-là en eux ». 

Pour sa part, le recours à la thérapie lui a permis d’apprendre à « mettre des mots sur mes peurs » et à devenir une femme « hyper forte ». 

Mais encore là, le système public ne lui est pas venu en aide : obtenir un rendez-vous en CLSC aurait été « extrêmement long ».

« J’ai été chanceuse, j’avais un programme d’aide aux employés qui me donnait droit à dix séances par problème. Alors, je changeais de problème à chaque dix séances pour continuer d’avoir du service », confie-t-elle en riant. 

Comité visant à enrayer les crimes contre les femmes et les féminicides    

Présidé par la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. Elle sera « appuyée directement par le ministère du Conseil exécutif et le cabinet du premier ministre ». 

Les membres du comité  

  • Isabelle Charest, ministre responsable de la Condition féminine   
  • Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice   
  • Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones   
  • Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux   
  • Isabelle Lecours, députée de Lotbinière-Frontenac   
  • Sylvain Lévesque, député de Chauveau     

Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010 / consultez le https://sosviolenceconjugale.ca/fr

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