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Le fil conducteur: métier, directeur de plateaux

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Photo courtoisie

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Sécurisant. C’est peut-être le premier mot qui les décrit. Quand on débarque sur un plateau avec fébrilité, nervosité, un regard bienveillant et des explications claires peuvent faire une différence sur l’aisance des talents à l’écran. Organisés et rigoureux sont aussi des mots qui témoignent de ce que font les directeurs de plateaux. Diplomates. Rassembleurs. Ajoutons une couche supplémentaire de vigilance et de délicatesse. Pandémie oblige. Faire de la télévision est un gros travail d’équipe et les directeurs de plateaux en sont un fil conducteur. On tourne ici le projecteur sur eux.

Nos témoins  

Mélanie Félix 

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Photo courtoisie

Mélanie est une fille d’équipe chaleureuse et bienveillante qui est devenue un véritable repère pour tous les artistes depuis une vingtaine d’années. En direct de l’univers, Cette année-là, Une chance qu’on s’a, Les enfants de la télé, 1res fois, Esprit critique et les Galas ComediHa sont quelques-uns des projets sur lesquels elle a travaillé dans la dernière année.  

Marie-Ève Moriconi

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Vive, drôle et organisée, Marie-Ève est reconnue pour sa polyvalence. Elle s’est d’abord fait connaître dans le milieu en travaillant sur des fictions. Aujourd’hui, on retrouve son nom aux génériques de Star Académie, La tour, La vraie nature, Révolution, Cochon Dingue, Les poilus et Comment tu t’appelles qui débute sous peu. 


« Être directrice de plateaux, c’est 80 % de relationnel et 20 % de gestion de temps et de logistique », explique Mélanie Félix qui, depuis 22 ans, pratique son métier avec le même enthousiasme. Formée par Pierre St‐Cyr (prix spécial Gémeaux artisan, l’année dernière pour l’ensemble de sa carrière) alors que peu de femmes occupaient ce poste, Mélanie constate que la situation a bien changé. « Avec les années, la relève est devenue plus féminine. Peut-être parce que le métier exige un côté maternel. Un régisseur prend soin de tout le monde pour que les membres de chaque département soient heureux. 

On doit aussi être toujours au courant de tout, tout le temps, parce que nous sommes un peu comme le comptoir d’information d’un centre commercial. Je prends des notes pour l’ensemble du plateau. Je ne suis pas éclairagiste, mais dois comprendre les besoins. Ce n’est pas moi qui vais rentrer un micro sur scène, mais je sais quand il doit arriver. Il faut savoir anticiper, être perspicace, gérer la pression associée au temps et trouver des solutions. Avoir beaucoup d’humour aussi. »

<em>Révolution</em>
Photo courtoisie, OSA
Révolution

Marie-Ève Moriconi abonde dans le même sens. « Ça prend beaucoup d’entregent pour être directeur de plateaux. Un grand sens de l’organisation et de l’adaptation aussi parce que chacun a son caractère et ses besoins. Il faut savoir bien communiquer et travailler en équipe pour mettre en valeur tous les départements. Ça demande aussi beaucoup de concentration. Il faut savoir écouter plusieurs conversations en même temps. Sur Révolution, par exemple, j’ai deux régies en parallèle sur les oreilles (la salle en coulisses et le plateau central). En étant le lien entre le réalisateur et le reste de l’équipe, il faut avoir une main de fer dans un gant de velours. Je dois à la fois pousser pour m’assurer qu’on suit l’horaire tout en m’assurant que tout le monde est heureux. »

Complice de l’animateur

La performance de Mika, entouré des académiciens, a demandé beaucoup d’organisation sur le plateau.
Photo Agence QMI, Joel Lemay
La performance de Mika, entouré des académiciens, a demandé beaucoup d’organisation sur le plateau.

Le directeur de plateaux doit aussi faire un avec l’animateur. Il doit le comprendre parfois d’un geste ou d’un regard. Leur complicité dépasse largement les décomptes qui mènent aux pauses ou aux transitions. « Nous sommes choisis pour la qualité de notre travail, mais aussi pour notre personnalité, avance Mélanie qui travaille notamment depuis 12 saisons sur En direct de l’univers. L’animateur doit se sentir dans un safe space pour qu’il soit au sommet de sa forme. » 

Même chose pour les invités. « J’ai énormément de respect pour les artistes, poursuit-elle. Nous sommes témoins de leur vulnérabilité à quelques minutes de leur entrée en scène. » Le côté maternel revient souvent dans ce lien privilégié. « Nous sommes la dernière personne qu’ils voient avant leur entrée sur le plateau. Il faut leur dire s’ils ont quelque chose dans les dents ou des cheveux sur le chandail, rigole Marie-Ève. Cette confiance est importante. »

Marie-Eve Moriconi sur <em>Star Académie</em>.
Photo courtoisie
Marie-Eve Moriconi sur Star Académie.

En mode pandémique

Alors que la COVID s’est invitée partout sur la planète, sur nos plateaux, tout est mis en œuvre pour ne pas lui ouvrir la porte. Des agents COVID ont été embauchés et doivent travailler de pair avec les directeurs de plateaux. « Il n’y a rien de plus anti-showbiz que la COVID, tranche Mélanie. Tout doit être mesuré pour respecter les deux mètres, mais visuellement ça doit paraître le moins possible. Toute la chaleur humaine doit être créée autrement. Faut que tu compenses. Sur En direct de l’univers, l’opérateur aux effets spéciaux, la chef éclairagiste et les metteurs en scène font un travail colossal. Ils doivent trouver des solutions pour conserver en ondes la même chaleur et la même beauté.

Et il y a la question des masques, que les artistes gardent jusqu’à la dernière minute, et de la désinfection entre chaque déplacement qu’on doit parfois pleinement assumer. C’est ce qu’on a vu dans En direct de l’univers d’Isabelle Racicot lorsqu’elle a dû changer de siège. » Des défis que partagent tous les plateaux. « Au début, personne n’avait prévu des pochettes pour que les artistes mettent leur masque avant que les caméras s’allument, se rappelle Marie-Ève. C’est une logistique supplémentaire. Tout comme le maquillage et les retouches. Le deux mètres a dû être ajusté à mon œil en tout temps. Même un invité vacciné doit garder ses distances ! 

Isabelle Racicot dans l’émission <em>En direct de l’univers</em>.
Photo courtoisie
Isabelle Racicot dans l’émission En direct de l’univers.

Il faut aussi être sensible aux artistes qui pourraient être plus inquiets dans les circonstances. La tour a été la première sortie de certains invités. Je me souviens d’un invité plus angoissé avec lequel j’ai répété tous les déplacements et promis d’être son seul lien pour limiter les contacts. Qu’il se sente bien m’a rendue fière. » 

Réconfortante, la télé

Dans toute cette incertitude, en contribuant au monde de la télé, Mélanie a l’impression d’être utile. Elle évoque l’émission spéciale de la fête des Mères d’En direct... et le grand événement Une chance qu’on s’a, conçus dans l’adversité pandémique avec des équipes extraordinaires et diffusés lors du premier confinement, qui ont rejoint le public. Elle parle aussi du retour émouvant des humoristes sur scène lors des galas ComediHa ! devant des bulles familiales autorisées qui leur redonnaient accès à des rires. 

<em>Une chance qu'on s'a</em>
Photo courtoisie, TVA
Une chance qu'on s'a

« Sur Star Académie, nous sommes trois directrices de plateaux, explique Marie-Ève. Nous avons chacune nos responsabilités. C’est très gros. C’est en direct. Dans une seule pause de 4 minutes, je peux avoir plusieurs dizaines de directives à donner. Ma feuille est plaquée de notes. Dimanche dernier, pour le numéro de Mika, on avait des gros changements à faire. Il y avait de la boucane, plein de lampes au sol et un piano à rentrer en 38 secondes. Il fallait être délicat pour que la boucane ne lève pas. J’ai dit à tout le monde : “courez lentement !” Après ça, quand tu termines sur ton décompte, 3-2-1 et que tout s’est bien passé, je leur sauterais tous dans les bras tellement je suis contente. » Évidemment, COVID oblige, Marie-Ève garde ses distances, ce qui ne ternit pas son amour pour son métier. 

Régisseur ou directeur de plateaux ?

Que doit-on dire et quelle est la différence ? Pendant longtemps le terme « régisseur » a été utilisé tant dans le secteur de la télévision qu’au cinéma. Or, au cinéma, le régisseur est responsable de la logistique matérielle, de la préparation des tournages et de la recherche des lieux. « Directeur de plateaux » correspond davantage aux tâches qui lui reviennent sur un plateau de tournage télé et est le terme utilisé depuis une dizaine d’années.