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Le silence des pélicans: gros sabots et délicate enquête

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Photo courtoisie Le silence des pélicans
J.L. Blanchard
Fides
352 pages
2021

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Un duo d’enquêteurs dépareillés, c’est du déjà-vu, mais quand l’intrigue est bonne, on accepte bien des gaffes !

Pour son premier roman, J.L. Blanchard signe un polar présenté comme « jubilatoire ». Mais tout le potentiel comique est concentré sur l’inspecteur Bonneau, policier plus que médiocre – plutôt si imbécile qu’on dépasse le vraisemblable. Le personnage est dessiné à traits... épais.

Ce manque de subtilité est dommage, car il risque de faire de l’ombre à l’intéressante énigme présentée dans Le silence des pélicans. Par-delà la grossièreté de Bonneau, c’est ce qui nous intrigue d’entrée de jeu et nous fait rester jusqu’au bout de l’enquête.

Car l’auteur a eu la bonne idée d’ouvrir son roman par une scène forte présentée en prologue : une femme court, pieds nus, dans une rue déserte, quand surgit une voiture... En dépit des gros sabots de l’inspecteur Bonneau, qui arrive au chapitre suivant, on veut comprendre le drame auquel on vient d’assister.

En fait, le service de police de Montréal est confronté tant à l’assassinat qu’à la disparition de jeunes femmes sourdes, auxquels s’ajoutent d’autres morts bizarres. Ces drames semblent distincts les uns des autres, et pourtant un fil les relie. Mais il est si mince que la toile est loin d’être facile à dessiner.

Ça viendra, grâce au sens poussé de l’observation d’une nouvelle recrue, Lamouche – jeune enquêteur doué, mais casse-pieds et que la direction a décidé de jumeler à Bonneau.

Ce Lamou-che,-- c’est clair, va rendre fou l’inspecteur, ce qui poussera celui-ci à enfin prendre sa retraite, au grand soulagement de tous. C’est du moins le calcul du chef de police.

Sauf que, scénario classique, le tandem est si mal assorti que les deux policiers se rejoignent dans leurs travers et arrivent donc à bien fonctionner. Et on accepte ce cliché parce qu’on veut savoir comment l’intrigue va se dénouer et que Lamouche (allons-y d’un autre cliché !) est vraiment une fine mouche.

Curieuse intrigue

Et puis, soyons bonne joueuse, quelques gaffes de Bonneau sont si bien placées qu’elles font avancer l’enquête, alors on finit par attendre la prochaine.

C’est ainsi que Blanchard nous tiendra en haleine jusqu’au dénouement, pas banal, de sa curieuse intrigue.

Faut-il y voir une récompense d’avoir enduré son Bonneau tout au long du récit, l’auteur nous fera même la grâce, en conclusion, de lever un pan du passé familial de l’inspecteur.

Si celui-ci n’est que maladresse, faut voir son paternel : les circonstances de son décès sont si absurdes que cette fois, on rit franchement. L’entrée de Bonneau dans la police, alors qu’il a si peu de dispositions pour ce métier, s’en trouve également éclairée.

Et on déduira de cette finale que le duo Lamouche et Bonneau a de l’avenir pour leur créateur Blanchard. En souhaitant que ce soit davantage pour le meilleur – de rocambolesques enquêtes – que pour le pire.

Suffira pour ce faire de sortir Bonneau de sa grotesque caricature : dans son cas, garder seulement quelques travers, ce serait déjà énorme !