/weekend
Navigation

Suspense dans le massif du Vercors

Niko Tackian
Photo courtoisie, Bruno Levy Niko Tackian

Coup d'oeil sur cet article

Après avoir fait vivre des moments terrifiants à ses lecteurs dans Avalanche Hotel, paru en 2019, l’écrivain, scénariste et réalisateur français Niko Tackian propose une nouvelle histoire se déroulant au cœur des paysages sauvages du Vercors, dans Solitudes. Neige, froid, isolement, flash-back et crimes étranges : les policiers et les enquêteurs en ont plein les bras dans cette nouvelle intrigue.

Élie Martins, personnage phare du roman, est garde forestier dans le massif du Vercors, une région montagneuse située dans les Préalpes. Il y a 12 ans, Élie a été blessé par balle – une blessure qui l’a laissé totalement amnésique.

Depuis, il s’est reconstruit une vie dans cette région où les hivers sont terribles et où les sommets sont couverts de brumes opaques. Tandis qu’une tempête s’abat sur la région, Élie découvre des traces étranges qui le conduisent jusqu’à un pin gigantesque. Il y fera une macabre découverte : une femme nue est pendue aux branches de l’arbre. L’enquête, déstabilisante, commence.

Niko Tackian, habile conteur et écrivain méticuleux, précis comme un chirurgien, n’a pas reculé devant les défis pour écrire son nouveau polar : il est lui-même allé bivouaquer dans le Vercors. 

« Avant même de savoir que la COVID allait arriver, je voulais faire un récit dans un endroit qui soit le plus vierge possible, le plus sauvage possible, et qui soit en France, explique-t-il en entrevue. Il se trouve que le Vercors et les hauts plateaux, qui sont un parc national, c’est vraiment l’endroit où il y a le plus de nature vierge, préservée. »

La grande aventure

Niko Tackian en a discuté avec un de ses amis, l’écrivain Érik L’Homme, amateur de randonnée qui connaît bien cette région. Ils sont partis pendant trois jours dans le Vercors, en plein mois de février. 

« Il faisait les mêmes conditions que dans le livre : des conditions d’hiver avec la neige. Et nous, on a moins l’habitude que vous ! Ça m’a paru dingue de dormir dans un refuge par -20 °C. Mais j’ai pu m’immerger sur place et j’en ai profité pour prendre beaucoup de notes, prendre des photos, rapporter beaucoup de cartes. Je savais que le livre, j’allais commencer à l’écrire. Je voulais que ce soit très précis. » Niko Tackian n’avait jamais fait de la raquette par temps de brume. « Heureusement que j’étais avec Érik parce que tu ne vois que le bout de tes pieds ! En plus, il y a des scialets dans le Vercors : des espèces de puits qui peuvent faire des centaines de mètres de profondeur. »

L’aventure a été épique. « Tu ne peux pas t’aventurer comme ça n’importe où. Ça arrive très vite : tu penses que tu fais une randonnée tranquille... et puis le temps change, et tout d’un coup, ça devient l’enfer. La montagne, ça ne pardonne pas, si tu n’es pas préparé. »

Par la suite, quand il s’est mis à l’écriture du roman, c’était « génial », assure-t-il : « J’avais l’impression de refaire mon périple avec Érik L’Homme ! »

Perdus dans la nature

Au-delà de la grande nature qu’il décrit dans Solitudes, Niko Tackian voulait décrire le parcours d’une policière de la ville qui se retrouve coincée dans la nature, mal équipée. « Tous les moyens policiers, dans la nature sauvage, ne fonctionnent plus : les empreintes, les périmètres, les scènes de crime. »

« J’avais envie vraiment de faire une enquête perturbée, parce que ça se passe très loin et si tu ne connais rien à la montagne, eh bien, tu ne vois rien. Tu ne sais pas lire les traces. La nature ne parle pas à tout le monde. Tous les personnages, d’ailleurs, soit ont échoué dans cet endroit, soit veulent utiliser la nature pour se reconstruire. »

  • Niko Tackian est romancier, scénariste et réalisateur.
  • Il est devenu en quelques romans une des références en polar français.
  • On peut visionner la bande-annonce du roman sur YouTube.

EXTRAIT

Solitudes<br/>
Niko Tackian<br/>
Éd.Calmann-Lévy, 320 pages
Photo courtoisie
Solitudes
Niko Tackian
Éd.Calmann-Lévy, 320 pages

« Le loup continuait son ascension, l’entraînant toujours plus loin sur son territoire en direction du Grand Veymont. Il était sur le point de faire demi-tour lorsqu’il remarqua une tache sombre sur la toile uniforme qui l’entourait. Plusieurs trous profonds perçaient la neige en ligne droite : des pas se dirigeant vers le sommet de la plaine. Qu’est-ce qu’un être humain pouvait bien faire ici, perdu sur les hauts plateaux pendant la tempête ? Lui, il était le gardien des lieux et il arpentait cette terre toute l’année, il avait le droit d’être là, quitte à mettre sa vie en jeu ! Il sentit une bouffée de rage monter en imaginant un touriste imprudent en mal d’émotions fortes, inconscient du danger qui le cernait. Et puis la colère passa lorsqu’il remarqua les premières traces de sang. »