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Un remarquable oublié

L’étonnante destinée de Pierre Boucher
Photo courtoisie L’étonnante destinée de Pierre Boucher
Nicole Lavigne
Éd. Québec Amérique

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Notre histoire recèle de gens extraordinaires, de héros et d’héroïnes dignes d’être célébrés, de « remarquables oubliés ».

Pierre Boucher est de ceux-là et Nicole Lavigne nous raconte son histoire, à la manière d’un récit autobiographique, alors qu’il quitte, en compagnie de sa famille, sa Normandie natale, en juillet 1635, à l’âge de 13 ans, pour s’établir en Nouvelle-France.

Le monde qui l’attend, de l’autre côté de l’Atlantique, après un voyage de deux mois et demi sur une mer souvent déchaînée qui n’a rien à voir avec la Manche, est totalement nouveau, pour ne pas dire décevant : « Une bourgade d’une douzaine de mauvais logis en bois brut, des chemins boueux en guise de rues où gambadent quelques poules et, haut perché sur un cap rocheux, un fort entouré d’une palissade [...] C’est donc ça Québec, capitale de la Nouvelle-France ? » se demande le jeune Boucher.

Une menace autrement plus dangereuse que la mer le guette : les Iroquois ou Agniers, ennemis jurés des Français et de leurs alliés hurons et algonquins. On craint ces guerriers sans pitié, qui n’hésitent pas à torturer leurs prisonniers. 

Dans de telles circonstances, au contact de la vie dure, on devient adulte rapidement.

Un expert tout-terrain

Bientôt, Boucher accompagnera les jésuites dans leur mission évangélisatrice, explorant en même temps des territoires souvent rudes et inhospitaliers, « qui n’ont jamais connu l’empreinte de l’homme ». 

Il passera quatre ans en Huronie, s’initiant aux us et coutumes des Autochtones, découvrant les premiers émois amoureux et les plaisirs de la chair auprès d’une Amérindienne et participant aux combats contre les Iroquois. Bientôt, il devient un expert tout-terrain aux yeux des colonisateurs français. 

Rapidement, il conclut que la mission évangélisatrice de la France en terre d’Amérique est un échec total. 

« Le rêve de Champlain de former avec eux [les Autochtones] un peuple fort et uni dans un heureux mélange de races me paraissait déjà pure utopie. Vaine chimère », déplore-t-il. 

Il est envoyé à Trois-Rivières à titre d’interprète et de gestionnaire. Mais surtout, il sera la cheville ouvrière d’un traité de paix entre les belliqueux Agniers et les autres nations amérindiennes. Une paix cependant bien éphémère qui durera à peine un an. 

La guerre pour le monopole des fourrures reprendra de plus belle. 

Les scènes de tortures des jésuites évangélisateurs sont particulièrement éprouvantes. Cœurs sensibles s’abstenir.

À 28 ans, il épouse une jeune Huronne, protégée des Ursulines, Marie, réalisant ainsi le vieux rêve de Champlain de former, sur le nouveau continent, une nation française métissée. Malheureusement, Marie meurt moins de deux ans après leur mariage. Il ne tarde guère à se remarier avec une Française arrivée depuis peu dans la colonie.

Aux Trois-Rivières où Boucher officie comme gouverneur substitut, le moral de la population – quelque 400 habitants – est au plus bas en raison des massacres à répétition et des destructions de récoltes auxquels se livrent les Agniers. Montréal risque de subir le même sort. 

Retour en France

Devant une telle situation, Boucher est délégué auprès de Louis XIV pour y négocier l’envoi de renforts militaires. 

À la Cour du roi, il y côtoiera Colbert, Molière, Madame de Sévigné et autres nobles. 

Ayant demandé 3000 soldats en renfort, il n’en obtiendra qu’une centaine. Mais quelques mois plus tard, le roi prend la colonie sous son aile en envoyant 800 jeunes filles « pas trop repoussantes » et, deux ans plus tard, en 1665, le régiment de Carignan-Salières, formé de 1200 soldats et 80 officiers. 

Le rapport de force venait de changer. Cette fois-ci, la paix avec les Iroquois allait durer 20 ans. Les efforts de Pierre Boucher avaient porté leurs fruits. 

En 1667, il se retirera sur ses terres et fondera la seigneurie de Boucherville.

Nicole Lavigne a su recréer à merveille le climat de l’époque, sans qu’aucun détail ne lui échappe. 

Son récit offre un bel hommage à ce serviteur de la Nouvelle-France.