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Une grande performance

Bête noire
Photo courtoisie, Lou Scamble Isabelle Blais dans Bête noire.

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Si vous avez regardé le premier épisode de Bête noire plus tôt cette semaine, vous êtes sans doute encore remué par l’éblouissante performance d’Isabelle Blais. Dans le rôle d’une mère éplorée qui cherche à comprendre pourquoi son fils de 16 ans a commis une tuerie de masse dans une école, la comédienne atteint un nouveau sommet dans sa carrière. Mais comme elle l’explique en entrevue au Journal, plonger au cœur du cauchemar n’a pas été facile.

« Au début, en lisant le scénario, j’étais comme : “Oh, mon dieu, que c’est touchant ! Quelle belle histoire ! Quel beau défi !” Mais je n’avais pas réfléchi plus loin... »

Ce qu’Isabelle Blais veut dire, c’est qu’elle n’avait pas pensé au degré d’intensité qu’elle allait devoir conserver durant plus de 40 jours de tournage, l’automne dernier.

« Une fois que c’était commencé, j’étais plutôt comme : “Tabarouette, c’est donc ben dur ! Je suis donc ben maso !” J’ai un garçon de 12 ans. Je me suis posé la question : comment je réagirais si jamais... J’ai fait des liens, je suis allée dans des zones où j’avais pas nécessairement envie d’aller... Je finissais mes journées, et j’étais épuisée. Pas physiquement, mais émotivement. Je m’en suis sortie indemne, mais j’avais mal évalué à quel point c’était pour être prenant. »

Écrit par Patrick Lowe (Prémonitions, Toute la vérité) et Annabelle Poisson (Fugueuse, L’Échappée), Bête noire explore avec beaucoup de finesse et d’humanité les répercussions d’une fusillade. Présenté à Séries Plus, qui rediffusera le premier épisode samedi et dimanche, ce drame met également en vedette Sophie Cadieux, Stéphane Gagnon, Marine Johnson et Martin Dubreuil. 

« C’est très dur, mais c’est amené avec beaucoup de sobriété », commente Isabelle Blais.

Une actrice « puissante »

Il s’agit d’une première fiction télé pour Sophie Deraspe, cinéaste primée d’Antigone. D’ailleurs, la réalisatrice ne tarit pas d’éloges pour Isabelle Blais, qu’elle qualifie d’« actrice extrêmement puissante ».

« Elle était dans une recherche constante de vérité à chaque scène. Elle a été capable de montrer la douleur de différentes façons. Au sixième épisode, elle nous a sciés en deux. »

Les tueries de masse ont déjà été portées à l’écran au Québec. On n’a qu’à penser à Polytechnique, le long métrage de 2009 de Denis Villeneuve, qui décrivait la tragédie du 6 décembre 1989 à Montréal. Ou encore 19-2, qui avait secoué plus d’un million de téléspectateurs en 2013 en montrant une fusillade en temps réel, par l’entremise d’un terrifiant plan-séquence de 13 minutes.

L’après

Ces deux œuvres ont beaucoup marqué le public. Bête noire frappe tout aussi fort, mais sans jamais montrer d’images du carnage, hormis quelques cadavres gisant au sol une fois le massacre terminé.

« Les auteurs (Patrick Lowe et Annabelle Poisson) voulaient aborder le sujet de l’après, précise Isabelle Blais. C’est ce que j’aimais, parce que c’est très complexe. Comment les gens peuvent survivre à quelque chose comme ça ? »

Le choix d’explorer les répercussions d’un tel geste chez les proches du tueur, en particulier sa famille, fait aussi partie des raisons pour lesquelles Isabelle Blais s’est intéressée au projet.

« Les gens ont tendance à condamner les parents. Je fais la même chose. Quand ça arrive, je suis comme : “C’est sûr qu’ils l’ont échappé. Ce n’est pas des parents adéquats.” Bête noire pousse la réflexion plus loin. Les parents du tueur ont aussi un deuil à vivre, mais c’est difficile pour eux, parce qu’on cherche des réponses, donc on cherche des fautifs. »

Fin de Faits divers

Bête noire vient coiffer une année de pandémie particulièrement occupée pour Isabelle Blais. En plus de L’Échappée pour TVA, elle a tourné dans Faits divers pour Radio-Canada. La série policière de Joanne Arseneau a tiré sa révérence le mois dernier après quatre saisons chaleureusement saluées.

« C’était une belle aventure, une belle équipe, observe l’actrice. J’avais le rôle d’une straight woman, une femme très normale, très ordinaire. Je servais à mettre en valeur les autres acteurs, qui jouaient des personnages éclatés autour. Des fois, j’aurais voulu changer de rôle avec eux, mais c’était le fun pareil, parce que j’ai été témoin de toutes ces folies. »

Problème résorbé

Côté personnel, Isabelle Blais a trouvé les 12 derniers mois passablement difficiles. En décembre, elle a lancé un cri du cœur pour décrier les failles du système de santé. Son père, atteint de démence à corps de Lewy, une maladie qui s’apparente à l’Alzheimer, était trimballé d’une résidence pour aînés à l’autre. Et chaque déplacement était accompagné d’un confinement strict.

Heureusement, le problème semble s’être résorbé. « Aujourd’hui, il est dans un endroit formidable, mais la maladie a continué de progresser. On a perdu des semaines, des mois... On ne peut rien y faire. »


Séries Plus présente Bête noire les mercredis à 20 h.