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Une ode à la création

LIVRES - Marie-Hélène Poitras
Photo Ben Pelosse Marie Hélène Poitras

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Autrice du célébré roman Griffintown, prix France-Québec en 2012, l’écrivaine montréalaise Marie Hélène Poitras a puisé dans son imaginaire et dans ses notes de voyage de promotion dans différentes régions de la France pour écrire un nouveau roman d’une grande richesse, La Désidérata. En racontant l’histoire des habitants d’un village fictif, Noirax, elle fait revivre les drames et les quêtes des uns et des autres, et montre à quel point le retour à la vie peut être lumineux après une période sombre.

À Noirax, une longue tradition de secrets plombe le domaine de la Malmaison, où les pères entretiennent depuis longtemps les silences. Bien des femmes y ont connu un destin tragique.

Aliénor, une jeune femme qui espère bien changer le cours des choses, y arrive en même temps qu’une autre dame au tempérament rebelle, la bougresse. Elles gravitent autour du père et du fils, Jeanty, qui est revenu au bercail après une déconvenue amoureuse. Quel sort leur réserve leur passage à Noirax ?

Marie Hélène Poitras a longtemps travaillé sur La Désidérata, un roman très dense, peuplé de rêves et de cauchemars, illuminé par des parfums, des chansons, des œuvres d’art, des ambiances d’ailleurs et des souvenirs.

La Désidérata démontre toute la maîtrise de Marie Hélène Poitras, qui nous fait découvrir une écriture poétique, lyrique, travaillée – un vrai travail d’orfèvrerie. 

« C’est ça, mon trip, en fait. C’est un livre que j’ai commencé en 2014, et ça m’a pris tout ce temps-là pour le finir, dit-elle, en entrevue. J’ai une job à temps plein, en même temps, et écrire, ça demande de l’espace mental. Chaque fois que j’avais l’occasion d’écrire, c’était vraiment comme une fête ! »

L’écrivaine explique que La Désidérata est en fait un livre... sur la création et sur la procréation. « C’est aussi mes retrouvailles avec l’écriture, à travers certains personnages qui vivent ça. »

Le livre est placé dans un espace imaginaire et relève un peu du conte. « Si j’essaie de résumer ce qui se passe dans le livre, je passe à côté de l’atmosphère, des lieux. C’est comme un temps parallèle, un monde parallèle. Il y a aussi plusieurs façons de le lire. »

Théâtre et peinture

On retrouve l’ambiance d’un conte de fées dans le roman, par les lieux et les ambiances. Mais il y a aussi un jeu avec les codes du théâtre et des références aux natures mortes, en peinture. Il y a une part de mystère dans chacun des personnages, au demeurant très charnels. 

« Ce sont des mœurs étranges qui appartiennent à ce monde inventé. Les personnages se métamorphosent tous : il n’y en a pas un qui stagne. Ils se dévoilent et deviennent autre chose de ce qu’on pensait au début. »

Prix France-Québec

En 2014, Marie Hélène Poitras a fait une tournée d’un mois en France avec le prix France-Québec, qu’elle avait obtenu avec son roman Griffintown. Elle s’est promenée dans plusieurs régions de France. 

« J’ai découvert une France vraiment pittoresque. J’ai commencé à écrire le livre là-bas. J’ai eu le flash. Et dès que je suis revenue, je me suis immergée dans cette ambiance-là, ces lieux-là. Mais ce n’est pas quelque chose qui se passe complètement en France. »

Elle a d’ailleurs eu l’occasion de visiter l’endroit d’où son ancêtre français est parti, dans un petit village qui s’appelle Cugand. « Il y avait vraiment un petit fortin en pierre, et un champ que mon ancêtre regardait avant de venir vivre en Amérique. Ça m’a vraiment fait triper et je voyais toutes les déclinaisons possibles autour de mon nom de famille. J’ai découvert quelque chose sur mes origines et ça rejaillit dans le livre. »


En librairie le 6 avril.

  • Marie Hélène Poitras a reçu le prix Anne-Hébert pour son premier roman, Soudain le Minotaure (2002).
  • La mort de Mignonne et autres histoires (Alto, CODA, 2017) a été finaliste au Prix des libraires du Québec.
  • Son roman Griffintown (Alto, 2012) a remporté le prix France-Québec et a été finaliste au prix Ringuet. Il a été vendu à plus de 12 000 exemplaires et traduit au Canada anglais, en France, en Espagne et en Italie.

EXTRAIT

La Désidérata<br/>
Marie Hélène Poitras<br/>
Éditions Alto, environ 180 pages
Photo courtoisie
La Désidérata
Marie Hélène Poitras
Éditions Alto, environ 180 pages

« Le tableau de la Malmaison a longtemps été retourné contre la pierre froide au grenier. On l’a cru raté, à cause de l’orientation erronée des lierres, jusqu’à ce que l’on constate que bon nombre des œuvres de ce peintre étaient marquées de cette anomalie, les végétaux se soustrayant au soleil, et par extension les hommes à la lumière divine. Celui qui nous observe d’en haut et nous tient en joue n’a jamais eu d’emprise sur les vieux peintres désintéressés par toutes les formes de miséricorde, en particulier celle qui se paie d’une prière. »