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Les gouvernements précédents ont manqué de courage, dit la commissaire à la santé

Les problèmes qui ont amené le système de santé à «frapper un mur» à cause de la pandémie étaient connus

Les gouvernements précédents ont manqué de courage, dit la commissaire à la santé
Photo d'archives

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Pénurie de personnel, système informatique déficient, soins aux aînés dans l’angle mort: les problèmes qui ont amené le système de santé à «frapper un mur» à cause de la pandémie étaient connus, mais n’ont pu être réglés en raison d’une lourdeur bureaucratique et de gouvernements qui ont manqué de courage.

«On ne peut pas mettre le doigt sur un gouvernement spécifique. Ce sont les gouvernements qui se sont succédé qui n’ont pas obtenu le mandat ou qui n’ont pas eu le courage de répondre aux vrais problèmes», a affirmé la commissaire à la santé et au bien-être, Johanne Castonguay, lors d’un entretien virtuel avec les médias, mardi. Elle présentera en juin, dans un premier rapport, ses constats sur la gestion de la pandémie.  

«Améliorer les systèmes d’information, ce sont des investissements considérables qui génèrent des résultats seulement à long terme. D’un point de vue politique, ce n’est pas tellement rentable, et ça explique beaucoup pourquoi ça n’a pas été fait», a-t-elle expliqué.   

Des centaines de témoignages

Mais déjà, après avoir entendu des centaines de témoignages, elle estime que son hypothèse de départ est valide: les problèmes qui ont mené à la tragédie des CHSLD étaient largement connus. Et cette fois-ci, il faudra y remédier. 

Elle a d’ailleurs dévoilé en journée un compte-rendu de commentaires de familles ou du personnel de la santé (voir encadré). Stress post-traumatique chez des employés au front, terrible isolement pour nos aînés, pénurie d’équipement de protection, bureaucratie rigide et centralisée qui paralyse l’action sur le terrain, tout y passe. Et selon elle, plusieurs de ces problèmes étaient déjà connus.  

La gestion de l’information est un exemple concret: «Au début de la pandémie, le premier ministre était frustré, car il n’était pas capable d’avoir un bon portrait des CHSLD, avec le nombre d’employés et les gens qui y vivaient», rappelle Mme Castonguay. Pourtant, ça fait «1000 ans» qu’on dit qu’il faut améliorer cet aspect, s’exclame-t-elle.   

S’en prendre à «l’ordre établi»

Et cette fois-ci, contrairement aux comités, aux conseils de sages, aux tables de concertation et aux autres commissions dont les rapports ont pris la poussière au fil des dernières décennies, Mme Castonguay a l’intention de nommer le problème.  

«Il y a un ordre établi. Et l’ordre établi est tout à fait confortable pour beaucoup d’acteurs», déplore-t-elle. «Ça fait un frein à l’évolution, au changement. En nommant ces choses qui freinent l’évolution, en proposant de transcender ces obstacles et en conseillant le gouvernement sur la façon de le faire, on va aller beaucoup plus loin que ce qu’on est habitué de faire», a-t-elle expliqué. 

Cette sortie de la commissaire a toutefois irrité le Parti québécois, qui y voit une façon de réduire la responsabilité du gouvernement caquiste. «Est-ce qu’on doit comprendre que la commissaire à la santé a déjà tiré des conclusions des ratés de la pandémie avant d’avoir écrit son rapport en plaçant essentiellement le blâme sur les gouvernements précédents, ce qui marginalise la responsabilité du gouvernement actuel?» a déploré le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.  

Des témoignages chocs recueillis par la commissaire  

  • «Que dire de l’isolement? Les patients sont laissés à eux-mêmes dans leur chambre entre les repas, abandonnés, sans visite et avec peu d’activités. Et c’est pire l’été lorsqu’il fait chaud. Puisque les chambres ne sont pas climatisées, on ferme la toile et les rideaux. La noirceur totale.»  
  • «Les CISSS/CIUSSS ont réquisitionné l’équipement des établissements et le gouvernement a déterminé les politiques d’utilisation en fonction de ce qu’il n’y avait pas. Au lieu d’être honnêtes avec la population, les autorités disaient sans cesse “on ne manque pas d’EPI”, mais c’était faux, il ne manquait pas d’EPI parce qu’il empêchait le personnel de l’utiliser avec les politiques d’utilisation extrêmement restrictives.» 
  • «Ma mère résidait dans une résidence privée semi-autonome et lorsqu’elle est décédée, ça faisait 8 mois qu’elle n’avait pas vu son médecin. [...] Dans la première vague, je me suis souvent demandé où étaient tous ces médecins de tous ces centres où ça mourait de faim, de soif, de plaies infectées, de douleur.»   
  • «Malheureusement, les services de santé pré-COVID-19 étaient déjà réduits dans certains milieux, notamment dans les CHSLD où les aidants naturels prodiguaient des soins qui normalement auraient dû être offerts par les professionnels de la santé. Puisque cette pratique n’était pas encadrée ni documentée, le besoin réel en ressources humaines et professionnelles n’était pas à jour. Ainsi, le pire est arrivé lorsque les aidants n’ont pu continuer à prodiguer les soins et il y avait un manque de ressources humaines.»  
  • «Il ressort des témoignages, en particulier ceux laissés par des membres du personnel, que plusieurs employés et employées des milieux de vie ont souffert de la COVID-19 ou d’un syndrome post-traumatique à la suite de ce qu’ils ont vécu au travail. De nombreux passages indiquent que le personnel était souvent insuffisant, mal équipé et épuisé.»