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Le TGV Montréal-Québec en voie de dérailler?

Maintenant influent au fédéral, Michael Sabia pencherait pour un tracé qui exclut la capitale nationale

Via Rail n’a présentement aucun train à propulsion électrique. Ses locomotives à carburant diesel (ci-dessus) ont une vitesse de pointe de 160 km/h et sont très polluantes.
Photo tirée de Facebook Via Rail n’a présentement aucun train à propulsion électrique. Ses locomotives à carburant diesel (ci-dessus) ont une vitesse de pointe de 160 km/h et sont très polluantes.

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Des tractations en haut lieu à Ottawa pourraient compromettre le projet de train rapide entre Montréal et Québec, a appris Le Journal.

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Depuis 2015, VIA Rail met de l’avant le projet de Train à grande fréquence (TGF) pour améliorer son service entre Québec et Toronto.

Le TGF n’aurait plus à utiliser les voies ferrées des transporteurs privés, ce qui permettrait d’offrir plus de départs et de réduire les temps de parcours.

Or, des sources dignes de foi ont indiqué au Journal que la ministre de l’Infrastructure, Catherine McKenna, fait plutôt la promotion d’un train à grande vitesse (TGV) entièrement électrique entre Montréal et Toronto qui laisserait de côté Québec et Trois-Rivières.

Les pressions en ce sens se sont accentuées lorsque Michael Sabia, ancien grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a été nommé président du conseil de la Banque d’infrastructure du Canada (BIC), en avril 2020.

« Dès son arrivée, l’état d’esprit a brusquement changé », confie l’une des sources. Rappelons qu’à la tête de la Caisse, M. Sabia a fait naître le Réseau express métropolitain (REM). Il est aujourd’hui sous-ministre des Finances, un poste névralgique à Ottawa.

  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal, sur QUB radio:

Plus rapide mais plus cher

Un TGV est plus rapide qu’un TGF, mais ses coûts sont de trois à cinq fois plus élevés. Sa complexité technique et son délai de réalisation sont également plus grands que pour un TGF.

« Si on parle de TGV, je ne vois pas le jour où on pourrait embarquer dedans », lance le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche.

« Pourquoi choisir la façon à rabais Walmart ? Faisons-le correctement pour les 50 prochaines années », rétorque le militant Paul Langan de High Speed Rail Canada. 

En février, le prédécesseur de Mme McKenna à l’Infrastructure, François-Philippe Champagne, aujourd’hui ministre de l’Innovation, a senti le besoin d’intervenir. Il a confié à TVA Nouvelles vouloir « former une coalition avec les gens de Toronto, Québec et Montréal pour que tout le monde ait la même ferveur » pour un TGF.

En 2018, une étude réalisée pour Transports Canada a conclu que la portion Montréal-Québec d’un TGF était moins viable financièrement que celle reliant les deux plus grandes villes du pays.

Le PLC divisé

Il y a quelques jours, les Jeunes libéraux fédéraux ont jeté un pavé dans la mare en déposant, en vue du congrès de leur parti, qui s’ouvre ce soir, une résolution prônant un TGV d’un océan à l’autre.

Un député montréalais a confirmé au Journal, hier, être au courant des jeux de coulisses en faveur d’un TGV. Il a toutefois assuré que le caucus québécois du PLC restait fermement derrière un TGF.

En janvier, le bureau de projet mis sur pied conjointement par VIA et la BIC pour raffiner le TGF a remis son analyse au nouveau ministre des Transports, Omar Alghabra. 

Selon nos informations, le document privilégie une version améliorée du TGF à la première mouture du projet et à un TGV. Ottawa a injecté 71 millions $ dans ces travaux.

Le gouvernement Trudeau a également annoncé, en 2018, un investissement de près de 1 milliard de dollars pour l’acquisition de trains Siemens adaptés au TGF.

Les défenseurs du TGF espèrent que dans son premier budget, qui sera déposé le 19 avril, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, prévoira des fonds pour lancer le projet.

Le TGF est « le projet phare de notre plan de modernisation », a indiqué hier VIA Rail dans un courriel.

« Le gouvernement du Canada est ferme sur son engagement à réaliser un train à grande fréquence entre Toronto et Québec », a quant à elle assuré Chantalle Aubertin, porte-parole de la ministre McKenna.


Train à grande fréquence (TGF)  

  • Coût : de 4 à 10 milliards $  
  • Vitesse : de 160 à 175 km/h  
  • Villes desservies : Québec, Trois-Rivières, Laval, Montréal, Dorval, Ottawa, Peterborough, Toronto  
  • Durée du trajet Montréal-Toronto : 4 h 45 (5 h 20 actuellement)    

Train à grande vitesse (TGV)  

  • Coût : de 15 à 60 milliards $  
  • Vitesse : de 250 à 300 km/h  
  • Villes desservies : Montréal, Ottawa (?), Toronto  
  • Durée du trajet Montréal-Toronto : 2 h 30    

Sources : VIA Rail, High Speed Rail Canada

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