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Le Venezuela assure qu’il gagnera «son marathon» contre les sanctions

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Le ministre des Affaires étrangères vénézuélien Jorge Arreaza assure que son pays va remporter son « marathon » contre les sanctions principalement américaines destinées à évincer du pouvoir le président Nicolas Maduro, dans un entretien à l’AFP.

Si le ministre espère une normalisation des relations avec les États-Unis et l’Europe, il promet que son pays « apprend à vivre, dépasser, déjouer, contourner les sanctions », même si « elles font beaucoup de dégâts ».

M. Arreaza évoque une conversation avec Eliott Abrams, l’émissaire américain pour le Venezuela, qui lui disait qu’après avoir échoué à faire partir rapidement M. Maduro du pouvoir, les États-Unis allaient mettre une « pression maximum » sur le long terme.

« Il m’a dit: “Vous allez être privés d’essence, d’électricité, de nourriture jusqu’à ce que peuple ne le supporte plus et vous chasse". Je lui répondu: "Vous pensiez que c’était un sprint sur 100 m, cela ne l’a pas été. Maintenant, vous parlez de marathon. On verra qui sont les meilleurs! Les Vénézuéliens sont les meilleurs marathoniens de l’indépendance et le président Maduro va s’échapper du peloton!” »

« Choses insoupçonnables »

Le Venezuela et sa compagnie pétrolière PDVSA font l’objet de sanctions économiques internationales notamment de la part des États-Unis qui estiment la réélection de Maduro en 2018 frauduleuse.

Le ministre souligne que de nombreux actifs vénézuéliens à l’étranger sont gelés et que son pays qui exportait la plus grande partie de son pétrole vers les États-Unis doit désormais trouver d’autres clients dont certains doivent rester occultes pour ne pas être sanctionnés aux USA.

« Le manque à gagner peut représenter 200 milliards et encore je suis loin du compte... Ils (Américains) poursuivent nos bateaux. Nous devons utiliser des tactiques irrégulières, faire une guérilla sur la mer pour acheminer notre pétrole aux acheteurs de bon droit », raconte-t-il.

« On a dû faire des choses insoupçonnables », confie M. Arreaza, nuançant ensuite: « Mais, ce sont les acheteurs qui le font ».

Le ministre assure que sans les sanctions, le Venezuela aurait déjà acheté les vaccins dont il a besoin. Le pays, qui fait face à une deuxième vague meurtrière, négocie actuellement à tout-va pour débloquer les fonds gelés à l’étranger et payer les vaccins.

Sur le plan diplomatique, alors qu’une partie de la communauté internationale continue de soutenir l’opposant Juan Guaido, autoproclamé président par intérim en janvier 2019, M. Arreaza se dit certain qu’États-Unis et Europe vont finir par reconnaître M. Maduro: « Quand un pays d’Europe veut parler du Venezuela et de son peuple, ils m’appellent moi. (La présidence de Guaido) c’est une fiction. Au Venezuela, il y a un État et il n’y a pas de doutes sur qui gouverne. Ils (Europe et États-Unis) peuvent continuer encore dans l’absurde mais l’absurde a des limites et cette limite approche ».

« Moins d’agressivité »

Énumérant les présidents américains de Bill Clinton à Donald Trump, M. Arreaza accuse les États-Unis d’avoir toujours voulu « mettre la main sur les richesses vénézuéliennes » et ne semble guère optimiste malgré l’élection de Joe Biden, considéré plus modéré que M. Trump.

« Ils (USA de Biden) ont opté pour le maintien de cette position irrationnelle (...) Il n’y a pas eu de contact ou de réponse positive à la main tendue du président (Maduro) mais nous notons moins d’agressivité », reconnaît le ministre.

Il ouvre la porte à une normalisation avec l’Europe qu’il accuse néanmoins de suivisme derrière les Américains. « On espère qu’ils se distinguent des États-Unis (...) Nous avons ouvert des voies de dialogue. On espère une normalisation mais s’ils nous manquent de respect nous répondrons », avertit le ministre, moins de deux mois après l’expulsion de l’ambassadrice de l’UE.

M. Arreaza a aussi abordé les combats contre les groupes armés irréguliers à la frontière avec la Colombie qui ont fait 17 morts depuis le 21 mars (8 soldats, 9 membres des groupes). Sans détour, le ministre accuse Bogota, avec qui les relations diplomatiques sont rompues.

« Il y une nouvelle génération de groupes, et leur principale caractéristique est leur lien avec le narcotrafic (...) Ils tentent de protéger des routes du narcotrafic. Derrière, il y a le gouvernement de Colombie. L’économie colombienne se nourrit de 13 milliards de dollars de blanchiment d’argent et de la drogue », accuse M. Arreaza.

« Si seulement il y avait un gouvernement sérieux! », ajoute le ministre. « La dernière fois que j’ai pu parler avec un ministre colombien en fonctions c’était en août 2018 avant le départ du président (Juan Manuel) Santos. Il n’y a aucun contact entre les présidents (Maduro et Ivan Duque), entre les ministres, entre les forces armées... c’est un non-sens international ».

« La Colombie est le voisin le plus incommode du monde », dit-il, « si nous ne parlons pas avec l’adversaire, on ne pourra jamais résoudre les grands conflits ».