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Tolérer n’est pas valoriser

Tolérer n’est pas valoriser
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

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On a beaucoup entendu parler d’Hélène Boudreau ces derniers jours : cette finissante en arts visuels de l’UQAM qui a eu un conflit avec l’université pour avoir inclus le logo de l’UQAM dans des photos coquines.  

Cependant, Boudreau est pour ainsi dire devenue un détail dans cette histoire, qui a été récupérée par des militantes pro-prostitution et pro-pornographie, notamment Mélodie Nelson et Cato Fortin. Cette dernière a explicitement établi en entrevue avec Patrick Masbourian que le mouvement dont elle est l’instigatrice demande à l’UQAM d’entamer un processus pour reconnaître non seulement les droits des travailleuses du sexe (c’est l’expression qu’elle emploie), mais aussi pour valoriser leurs activités. 

Activités académiques

Fortin affirme qu’il y a contradiction, même hypocrisie de la part de l’UQAM, car l’université reconnait le travail académique des étudiantes qui, en dehors de leurs études, s’adonnent à la prostitution ou à la pornographie, sans pourtant donner de reconnaissance au fait que ce sont des « travailleuses du sexe » qui sont derrière ce travail académique. Il n’y a rien de contradictoire, encore moins d’hypocrite là-dedans : il est légitime que l’université ne s’intéresse qu’au travail académique de ses étudiant(e)s et non à leurs autres activités. 

Quand j’étudiais en philosophie à l’Université de Montréal, durant un certain laps de temps, j’étais en même temps vendeuse chez Thyme Maternité, et l’UDM n’avait pas non plus à s’intéresser à ça : l’université ne s’intéressait qu’à mes activités académiques, et c’était ce qu’elle devait faire. Pourquoi est-ce qu’il faudrait que les universités s’intéressent particulièrement aux activités qui n’ont rien à voir avec le parcours académique des étudiant(e)s quand il s’agit de pornographie ou de prostitution ? 

Le discours de ces militantes ne concerne pas seulement l’UQAM, ni même seulement l’université : elles demandent plus largement que la société adopte leur discours sur ce qu’elles appellent le travail du sexe. 

Vie privée

D’un point de vue strictement libéral, en théorie, il paraîtrait légitime de demander que la société laisse des adultes choisir une activité qui reste dans leur vie privée. Je laisse volontairement de côté les questions éthiques et politiques qui concernent la prostitution par ailleurs ; tout ce que je veux faire valoir ici, c’est que ces militantes ne se limitent pas à demander qu’on laisse des adultes faire un choix qu’ils gardent dans leur vie privée. Il y a une différence non négligeable entre demander qu’on laisse des adultes faire des choix qui restent dans leur vie privée et demander à une société d’endosser quelque chose, de le valoriser, d’en faire la promotion. 

Quand on cherche à convaincre l’ensemble d’une communauté de valoriser quelque chose, ce sont tous ses membres qui sont concernés. De ce fait, on ne peut tout simplement pas affirmer que les revendications dont il est question ici concernent seulement les femmes qui se prostituent ou font de la pornographie. 

Tolérer n’est pas valoriser
Photo courtoisie

Annie-Ève Collin, Enseignante en philosophie, Montréal

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