/finance/opinion/columnists
Navigation

Un revenu minimum pour les pauvres?

Coup d'oeil sur cet article

Dans le cadre de son prochain budget, le gouvernement de Justin Trudeau osera-t-il proposer l’implantation, à l’échelle nationale, d’un revenu de base garanti (RBG) pour les 18 à 64 ans, lequel projet nécessiterait l’approbation des provinces, dont évidemment le Québec, où les pauvres en sortiraient gagnants ?

Ce projet à vocation sociale garantirait aux plus démunis du pays de recevoir un revenu minimum allant jusqu’à concurrence de 75 % de la mesure canadienne de faible revenu (MFR). Pour un célibataire, le MFR s’élève actuellement à 18 329 $ et pour un couple, à 25 922 $.

Les trois experts du bureau du Directeur parlementaire du budget, Nasreddine Ammar, Carleigh Busby et Salma Mohamed Ahmed, calculent qu’un tel revenu minimum aurait pour effet de réduire de 60,4 % le taux de pauvreté au Québec. Le Québec n’est devancé à ce chapitre que par le Manitoba, où la réduction du taux de pauvreté atteindrait 61,9 %.

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

HAUSSE DU REVENU DISPONIBLE

Au Québec, les pauvres verraient leur revenu disponible augmenter en moyenne de 3846 $ par année, soit de 15,2 %. Notons que cette hausse de revenu disponible est toutefois inférieure à la moyenne canadienne, qui s’élève à 4535 $.

« Ce résultat porte à croire que de nombreuses personnes à faible revenu qui habitent au Québec se situent près de la limite supérieure du seuil de pauvreté », précise-t-on dans le rapport du DPB. 

Le bureau du Directeur parlementaire du budget évalue à 87,6 milliards de dollars le coût brut annuel total de la mise en œuvre hypothétique d’un tel revenu minimum, mettons dans l’année financière 2022-23.

Pour le Québec, on parle d’un coût brut de 18,7 milliards de dollars. En Ontario, la « facture » d’une telle réforme atteindrait les 37,3 milliards $.

À COÛT NUL OU PRESQUE

Ne partons pas en peur. Le coût relié à l’implantation d’un tel revenu de base garanti serait compensé par l’élimination d’une panoplie de crédits d’impôt fédéraux, tels les crédits d’impôt fédéraux pour frais médicaux et TPS, le montant personnel de base, etc.

Et, du côté provincial, on pourrait éliminer, au Québec, les crédits d’impôt pour frais médicaux, solidarité, prime au travail, travailleurs d’expérience... ou l’exemption pour personne mariée (ou équivalent).

GAGNANTS ET PERDANTS

Les grands gagnants de la mise en œuvre d’un revenu de base garanti seront les ménages dont le revenu se situe dans le 1er quintile, soit les moins de 30 000 $.

Les ménages du 2e quintile (les 30 000 à 60 000 $) verront leur revenu disponible s’apprécier en moyenne de 446 $ l’an.

Redistribution de la richesse oblige, les perdants d’une telle réforme se trouvent dans les trois quintiles des plus « riches » parce que leur revenu disponible, selon le rapport du DPB, baissera en moyenne de 1371 $ chez les 60 000 à 98 000 $, de 1969 $ chez les 98 000 à 152 000 $ et de 1635 $ chez les 152 000 $ et plus.

Un bémol : l’entrée en vigueur d’un « revenu de base garanti » pourrait générer, selon les provinces, une réduction des heures travaillées de 1 à 1,5 % chez les bénéficiaires.