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L’ex-juge Jacques Delisle sort de prison

Après neuf ans au pénitencier, l’accusé retourne chez lui en attendant son nouveau procès pour meurtre

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L’ex-juge Jacques Delisle rentre chez lui. Après neuf ans de détention, l’accusé de 85 ans a quitté le pénitencier vendredi pour rejoindre son domicile, dans l’attente d’un nouveau procès pour le meurtre prémédité de son épouse.

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Suivant la suggestion commune des parties, le juge François Huot, de la Cour supérieure, a ordonné la remise en liberté conditionnelle de l’ex-juge Jacques Delisle, vendredi matin.

Quelques heures plus tard, celui qui aura 86 ans en mai quittait l’établissement de La Macaza, dans les Laurentides. Son fils, Jean, avait fait la route de Québec pour rapatrier son père dans la capitale. 

Cette audience sur remise en liberté découlait de la récente décision du ministre fédéral de la Justice d’ordonner un nouveau procès dans cette affaire. 

« L’effet juridique de cette ordonnance est de replacer l’accusé dans la situation qui prévalait en juin 2010, au moment où a été tenue la première enquête pour cautionnement », a expliqué Me Jean-Philippe Robitaille, procureur aux poursuites criminelles et pénales. 

Tout comme ce fut le cas lors du premier procès, Jacques Delisle pourra donc attendre la tenue du second procès à l’extérieur des murs.   

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Engagement de 100 000 $

Soupir de soulagement pour l’ex-juge, qui avait suivi l’audience en visioconférence à partir du pénitencier. Parmi les conditions imposées pour retrouver sa liberté, Jacques Delisle s’est engagé à la hauteur de 100 000 $, sans dépôt. Sa fille fera office de « caution morale ».

L’octogénaire devra retourner vivre dans sa résidence de Sillery, là où son épouse, Nicole Rainville, a rendu l’âme, en novembre 2009. 

Il lui est interdit de communiquer avec trois femmes qui avaient témoigné lors du premier procès en 2012, dont son ancienne maîtresse et ex-secrétaire, Johanne Plamondon. Il ne peut non plus faire une demande de passeport, quitter le pays ou posséder des armes.

Questionné par le juge Huot à savoir s’il avait bien compris les conditions et s’il comptait les respecter, Jacques Delisle a répondu : « Définitivement. »

Révision ministérielle 

Jacques Delisle a été reconnu coupable devant jury du meurtre prémédité de sa femme en 2012. Après de vaines tentatives pour faire casser le verdict en Cour d’appel et en Cour suprême, l’ex-juge a déposé en 2015 une demande de révision ministérielle.  

Au bout de six ans d’analyse et d’enquête, le ministre de la Justice s’est dit convaincu qu’une erreur judiciaire s’était probablement produite dans ce dossier et a ordonné mercredi dernier un nouveau procès. 

Jacques Delisle a toujours clamé son innocence. Il soutient que sa femme s’est enlevé la vie, mais a révélé, en 2015, l’avoir aidée à passer à l’acte en lui fournissant une arme prohibée et chargée.  


Le dossier de l’ex-juge Jacques Delisle a été reporté au prochain terme des assises criminelles, le 7 septembre. C’est à ce moment qu’une date sera fixée pour la tenue de son second procès. 

Ses avocats souhaitent qu’il évite un second procès  

Les avocats de l’ex-juge Jacques Delisle espèrent trouver un terrain d’entente avec la Couronne afin d’éviter la tenue d’un second procès.

« Seul Dieu peut dire s’il y aura un nouveau procès », a commenté Me Jacques Larochelle, à la suite de la libération de son client.

« Évidemment, je ne le souhaite pas, M. Delisle ne le souhaite pas et, sans entrer dans le secret des dieux, je pense que tout le monde peut deviner que nous allons tâcher de trouver une solution avec le DPCP », a-t-il poursuivi.

Une rareté

Fondateur d’Innocence Canada – organisation spécialisée en erreurs judiciaires – et avocat de Jacques Delisle, James Lockyer affirme qu’il est plutôt rare, selon son expérience, qu’un second procès ait lieu dans de telles circonstances.

« Dans tous les cas que nous avons faits avec Innocence Canada – et nous en avons plus de 20 à ce jour –, il n’y a jamais eu de nouveaux procès dans aucun d’entre eux », affirme Me Lockyer.

Il revient à la Couronne de décider si l’accusation de meurtre au premier degré de Jacques Delisle sera maintenue, réduite ou retirée.

Pour le moment, « les procédures judiciaires reprennent, quant à l’accusation de meurtre au premier degré », a déclaré la porte-parole, Me Audrey Roy-Cloutier.

Traitement de faveur ?

À ceux qui estiment que le statut de juge de Jacques Delisle a penché en sa faveur pour sa remise en liberté ou l’obtention d’un nouveau procès, Me Larochelle réplique en insistant plutôt sur les multiples revers judiciaires vécus par son client depuis sa condamnation, en 2012.

« Jusqu’à présent, je ne pense pas qu’on peut se plaindre qu’il a été protégé par ses amis. Et celui qui a ordonné le nouveau procès, ce n’est pas son ami, ce n’est pas un juge, c’est le ministre de la Justice, après une enquête de cinq ans », plaide-t-il.

« Cela n’a absolument rien à voir avec qui était et qui est M. Delisle. Les victimes d’erreur judiciaire viennent sous toutes les formes et toutes les tailles. Ça peut être un juge, ça peut être vous, ça peut être moi », renchérit Me Lockyer.

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