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Comment Xi Jinping s’accroche au pouvoir

Il s’estime irremplaçable en raison des problèmes auxquels son pays est confronté

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NDLR : La Chine est-elle devenue un géant aux proportions qui devraient inquiéter l’humanité ? Dans une série d’analyses à lire jusqu’à lundi, notre chroniqueur et politologue expert de la Chine, Loïc Tassé, tente de répondre à cette question.


En théorie, Xi Jinping devait quitter la présidence de la Chine en 2023, après deux mandats de cinq ans. Mais il n’a présenté personne pour lui succéder et il a fait modifier la Constitution pour demeurer au pouvoir au-delà des deux termes prévus. Cependant, les nuages commencent à s’accumuler au-dessus de lui.

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Deng Xiaoping avait modifié les règles de succession en Chine pour que plus jamais un homme comme Mao ne s’empare du pouvoir.

Après Deng, les autres dirigeants ont bien respecté cette règle. Ils ont cependant continué à exercer une influence occulte sur les affaires après leur départ, grâce à leur immense réseau de contacts.

Xi Jinping a réussi à changer la règle de succession grâce à trois leviers. 

Le président chinois Xi Jinping passait en revue une garde d’honneur militaire lors d’une cérémonie de bienvenue au Grand Hall du peuple, à Pékin, le 10 décembre 2018.
Photo AFP
Le président chinois Xi Jinping passait en revue une garde d’honneur militaire lors d’une cérémonie de bienvenue au Grand Hall du peuple, à Pékin, le 10 décembre 2018.

D’abord, au nom de la lutte à la corruption, il a éliminé un grand nombre de ses rivaux à l’intérieur du parti. La corruption est très réelle.

Malheureusement, dès l’époque de Mao, la lutte à la corruption avait servi à écarter des opposants gênants.

Et comme il n’existe pas en Chine de système judiciaire digne de ce nom, une fois dans le collimateur des enquêteurs contre la corruption, il est très difficile d’être innocenté.

Culte de la personnalité 

Ensuite, Xi Jinping a utilisé au maximum les outils de propagande.

Il a commencé par ériger un culte de la personnalité autour de lui. Il a fait inscrire sa « pensée » dans la Constitution. Un geste qui, dans n’importe quel pays démocratique, aurait été ridiculisé.

Il incite maintenant les Chinois à lire quotidiennement ses discours et ses déclarations sur leur téléphone cellulaire.

Désormais, les responsables chinois commencent leurs interventions publiques par une référence obligatoire au camarade Xi. Exactement comme autrefois ils citaient le camarade Mao pour justifier tous leurs raisonnements.

Xi a aussi eu l’habileté de faire croire qu’étant donné les problèmes auxquels la Chine est confrontée, il est irremplaçable. Une absurdité dans un pays de 1,4 milliard d’habitants. 

Enfin, Xi Jinping a placé partout dans l’armée, dans le Parti et dans le gouvernement des hommes sûrs aux postes clés. 

Est-ce à dire qu’il a conquis toute la Chine ? Pas exactement. Le premier ministre, Li Keqiang, lui oppose une force tranquille. 

Par exemple, lors de la dernière rencontre annuelle de l’Assemblée nationale chinoise, il a osé s’opposer aux prétentions de Xi sur l’éradication définitive de la pauvreté en Chine.

L’opacité de l’administration Xi est telle que la moindre contradiction avec les propos du Grand Timonier est jugée d’une importance capitale et révélatrice de tensions sous-jacentes. 

Jusqu’à quel point l’opposition à Xi est-elle forte ? Personne ne le sait à l’extérieur des hauts cercles du pouvoir.

Il n’est pas aimé

Mais Xi n’est pas aimé. Ses méthodes ressemblent trop à celles de Mao.

De plus, les autres dirigeants sont très sensibles à la dégradation de l’image de la Chine. Une dégradation dont Xi Jinping et son équipe sont directement responsables.

Combien de temps encore Xi demeurera-t-il au pouvoir ? La question demeure ouverte, même si les risques qu’il y reste longtemps sont très élevés.

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