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La bataille pour le français, un combat perdu?

Collège Jean-Eudes
Photo Chantal Poirier

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Je n’y peux rien. Il me faut respirer par le nez pour écrire cette chronique, une autre, la millième ou la dix millième sur notre problème national : le français.

Dans les dernières semaines, mon ami, Guy Fournier, dans la verdeur de son âge canonique, 89 ans, mais toujours fringant, s’est commis de deux textes indignés dans Le Journal sur la détérioration du français parlé au Québec.

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À quoi sert-il de défendre la langue française par des lois lorsqu’on entend le français ou plutôt sa forme revisitée dans la bouche des dernières générations, qui considèrent que ce débat sur la qualité de la langue est une posture ancienne, démodée, voire ridicule ? 

Or cette langue sans ses racines culturelles n’a plus d’âme. Comme d’autres vieilleries, elle est dépouillée de son génie, de son sens, de sa complexité, de son esthétique. Elle est réduite à un moyen de communication. Pour le dire brutalement, la langue parlée sert de tuyau pour se relier à un interlocuteur. 

Analphabètes

S’ajoute à ce tableau le fait que près de la moitié des Québécois sont fonctionnellement analphabètes. En clair, ils sont incapables de comprendre un texte moyennement difficile. En fait, cette quasi-majorité, dont une proportion a été scolarisée parfois jusqu’au cégep, lit peu. 

Bien sûr, clame-t-on, il faut accuser le système d’éducation. Mais on ne doit pas écarter la responsabilité personnelle. On ne devrait pas demeurer victimes du système d’éducation. On connaît les difficultés des personnes qui vivent leur vie d’adulte sans savoir lire correctement. On imagine leurs blessures, leur humiliation avant tout. Et leurs stratagèmes pour masquer cette infirmité en quelque sorte. 

La lecture des textes circulant sur les réseaux sociaux est une corvée pour tous les amoureux de la langue, qui tentent de respecter la syntaxe et l’orthographe. Cette détérioration tranquille, en dépit de la hausse de la scolarité générale au Québec, se répercute sur la langue parlée, cela va de soi.

La tâche des professeurs de français, qui sont les mal-aimés dans l’école, est lourde. Car cette matière a perdu depuis longtemps son prestige. Malheureusement, sans la maîtrise du français, notre liberté est limitée.

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Nuances

En effet, plus on possède de vocabulaire, plus on a de mots pour exprimer toutes les nuances de nos émotions et de notre pensée, plus on maîtrise la grammaire et la syntaxe, plus on accède au bonheur d’écrire, de parler et de lire.

Il est triste de voir les personnes emprisonnées en elles-mêmes faute de mots. Car tous ne peuvent pas compenser la parole et l’écriture par des talents artistiques. Les génies de la peinture, de la musique et des arts divers sont des exceptions.

Ceux qui font métier d’écrire savent que le lecteur moyen ignore souvent le second degré d’expression. Les niveaux de langue parlée et écrite échappent à ceux qui maîtrisent peu ou mal la langue. Une proportion de lecteurs et d’interlocuteurs comprennent souvent le contraire de ce que l’on veut exprimer. 

Au Québec, l’ironie, le double sens, les euphémismes, toutes ces richesses langagières, qui participent au bonheur de la conversation et de la lecture, sont désormais remplacés par un jargon aux mots sans connotation affective. Des mots exprimés à contresens auxquels s’ajoutent ces anglicismes désormais indispensables pour être post-modernes et sans doute postnationaux.