/news/green
Navigation

Le roi des forêts du Québec est menacé par une tique

Les changements climatiques et un parasite sont à surveiller

Orignal infesté
Photo courtoisie Delphine De Pierre, Université Laval Ce jeune veau est infesté de tiques d’hiver. Ces parasites menacent la population d’orignaux au Québec.

Coup d'oeil sur cet article

Si l’orignal a connu un âge d’or dans les deux dernières décennies, un redoutable parasite et les changements climatiques menacent la prospérité du roi des forêts québécoises.

« Le Klondike est un peu derrière nous. On ne réatteindra pas de sitôt les niveaux de population d’orignaux [des années 2000] », prévient Jean-Pierre Tremblay, professeur de biologie à l’Université Laval. 

Malgré la difficulté de chiffrer la population du grand cervidé, les experts consultés par Le Journal sont d’avis que le cheptel du Québec se porte bien actuellement, surtout si l’on se compare à l’Ouest canadien. 

Le ministère de la Faune n’a pu nous fournir de chiffres exacts dans les temps, mais on évalue généralement que la population a doublé depuis le creux des années 1990, où l’on recensait 55 000 bêtes. 

Néanmoins, les spécialistes s’inquiètent des ravages que pourrait provoquer dans les prochaines années la prolifération de la tique d’hiver, un acarien qui a déjà été repéré aussi loin qu’à Chibougamau, au Nord-du-Québec. 

Les tiques d'hiver s'attaquent de plus en plus aux orignaux québécois et posent un risque à court terme.
Photo courtoisie Delphine De Pierre, Université Laval
Les tiques d'hiver s'attaquent de plus en plus aux orignaux québécois et posent un risque à court terme.

Ces tiques grosses comme l’ongle d’un pouce s’accrochent au cervidé à l’automne et siphonnent son sang pendant la saison froide.

À force de se gratter pour tenter de s’en débarrasser, l’orignal perd de grandes plaques de poil et diminue son alimentation, parfois jusqu’à en mourir. 

« On les appelle les orignaux fantômes », explique Steeve D. Côté, un professeur de l’Université Laval qui étudie l’effet de ces tiques au Québec.

Le scientifique souligne que le parasite a provoqué la mort de 70 % des veaux au New Hampshire une année où l’épidémie avait été foudroyante, aidée par la température et la forte densité animale.

Mortalité importante

« On pourrait aussi voir des effets de mortalité importants [au Québec] à court terme, d’ici une dizaine d’années », soutient le spécialiste de l’écologie des populations.  

Le réchauffement climatique attirera la tique vers le nord, mais bousculera également les habitudes de l’orignal, prise préférée des chasseurs de gros gibier. 

« C’est un animal qui supporte très bien les grands froids, mais très mal les grandes chaleurs », explique Jacques Prescott, biologiste et auteur du livre Sur la piste de nos cervidés.

« Les changements climatiques représentent une grave menace, ils arrivent tellement vite que les orignaux n’ont pas le temps de s’y adapter », poursuit-il. 

À l’heure actuelle, la prospérité de l’espèce s’explique surtout par une gestion rigoureuse et planifiée de la population depuis 1994, et par les coupes forestières qui ont créé des habitats propices à l’animal. 

Véritables pouponnières

La Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent sont même devenus de véritables pouponnières, entre autres parce qu’elles sont à l’abri du loup, principal prédateur de l’orignal, souligne Steeve D. Côté. 

« Là où c’est plus problématique, c’est tout l’ouest et le Nord-du-Québec, du fleuve jusqu’à la toundra », ajoute M. Prescott. 

Dans ces régions dont la réserve faunique de La Vérendrye fait partie, l’habitat n’est pas optimal, et le loup rôde.


 

Québec permet d’abattre entre 20 000 et 25 000 orignaux chaque année dans le cadre de la chasse sportive.