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Pourquoi la monarchie m’énerve encore

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Photo d'archives, AFP

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Plusieurs se sont étonnés du déferlement de nouvelles, d’émissions spéciales et de panels de discussions déclenchés par la mort du prince Philip.

« Quel est l’intérêt public ? », se demandèrent certains.

Pas vide

La famille royale a beau relever de l’univers des « célébrités » internationales, on ne parle pas ici d’une renommée vide du type Kardashian.

Et c’est ce qui, moi, m’a étonné, hier : on glose infiniment sur la mort du prince comme si c’était une simple affaire de magazine. Un autre épisode de The Crown.

Mais jamais ou presque souligne-t-on le lien, voire l’effet, d’une telle disparition sur notre régime politique.

On tend à l’oublier – ou à l’occulter –, mais nous vivons en monarchie constitutionnelle. Nos lois sont nulles et non avenues si elles ne sont pas approuvées par un représentant de l’épouse de l’homme décédé hier.

Tout cela est strictement « technique », symbolique, me rétorquerez-vous. Mais les effets sont concrets, constitutionnels.

Certes, Philip n’était qu’un prince consort, sans réel rôle ou fonction dans notre Dominion.

Alarme

Mais son décès à l’âge de 99 ans devrait résonner comme une sonnette d’alarme : Elizabeth II, le 21 avril, aura 95 ans.

Sa disparition précipitera inévitablement chez nous comme partout dans le Commonwealth nombre de remises en question.

Le gouvernement Legault ne cesse de répéter que ces questions sont secondaires, puisque nous traversons une pandémie. Début février, il a même refusé d’appuyer une motion du PQ rappelant l’engagement de la CAQ « de supprimer la fonction de lieutenant-gouverneur ».

Il a dû toutefois, peu après, déposer à la hâte le projet de loi 86 qui précise que même si Elizabeth II meurt, l’Assemblée nationale ne sera pas dissoute. La possibilité, théorique, a été jugée assez risquée pour justifier ce geste législatif.

Nous vivons en monarchie constitutionnelle, mais nos réflexes sont plutôt républicains : nous tenons à choisir nos dirigeants. Voulons-nous vraiment de Charles comme chef d’État ? À la mort d’Elizabeth II, la question sera inévitable.

Abolir la monarchie au Canada est quasi impossible puisque Pierre Elliott Trudeau a cadenassé sa constitution pour qu’elle dure 1000 ans...

Mais si le gouvernement Legault se voulait un peu inventif, un peu audacieux, il pourrait décider que le prochain chef d’État du Québec sera désigné par les deux tiers de l’Assemblée nationale, et non par Ottawa unilatéralement. Il pourrait même, selon le constitutionnaliste Patrick Taillon, changer le titre de cette fonction.

En novembre 1996, dans la foulée de la démission d’un (autre) personnage vice-royal controversé, Jean-Louis Roux, les députés de Québec avaient adopté une motion prônant l’abolition, et stipulant qu’Ottawa devrait nommer au poste de L-G « la personne désignée démocratiquement par l’Assemblée nationale ».

Berne

La CAQ pourrait s’en inspirer. Mais certains signes n’augurent rien de bon : on apprenait hier que, le jour des obsèques du prince Philip, le drapeau du Québec sera mis en berne sur la tour centrale de l’hôtel du Parlement.

Cette décision, pouvait-on lire dans une dépêche, hier, a été prise « de concert avec le premier ministre, M. François Legault [et] le président de l’Assemblée nationale, M. François Paradis ».

M. Legault n’avait-il pas promis de former un gouvernement nationaliste mû par le « courage » et l’« audace » ?