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Une coiffeuse du Burkina Faso, seul espoir d’un salon de Sept-Îles

Salon Jimmy de Sept-Îles
Photo courtoisie Anny Tremblay, propriétaire du salon Jimmy à Sept-Îles.

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Le son des rasoirs et le parfum de l’après-rasage sont gravés dans la mémoire de plusieurs générations de clients du Salon Jimmy, à Sept-Îles. Pour perpétuer la tradition, l’établissement tente depuis plus d’un an de recruter des barbiers. En affichant ses offres sur le site d’Emploi-Québec, les seules réponses sont venues... d’Afrique. 

Anny Tremblay travaille depuis 33 ans chez Jimmy. Elle est devenue propriétaire il y a une dizaine d’années. Pour la première fois, il y a trois chaises libres sur quatre dans le local de l’avenue Brochu. Anny est seule à travailler, faute de trouver de nouveaux employés. 

« Je travaille, je travaille, et je travaille. Une cinquantaine d’heures minimum par semaine, s’exclame-t-elle au bout du fil, entre deux coupes de cheveux. J’ai eu beau multiplier les offres d’emplois, les seules réponses que j’ai reçues provenaient de l’étranger. »

Il y a un an et demi, Anny a donc entamé des démarches pour embaucher une barbière du Burkina Faso. Son expérience dans cette recherche se résume à ceci : paperasse, attente et désespoir. 

« Il y a deux semaines, j’ai dû encore remplir de nouveaux documents. C’est interminable ! » s’exaspère-t-elle. On lui avait pourtant promis que le dossier serait réglé en six mois. Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Josephine Kabore attend toujours le feu vert pour venir travailler à Sept-Îles. 

Josephine Kabore qui attend toujours, à Ouagadougou, au Burkina Faso, les documents et autorisations qui lui permettront de venir travailler au Québec.
Photo courtoisie
Josephine Kabore qui attend toujours, à Ouagadougou, au Burkina Faso, les documents et autorisations qui lui permettront de venir travailler au Québec.

Pandémie

Anny a perdu deux employées au fil des confinements. 

L’une d’entre elles est retournée aux études. L’autre en a profité pour démarrer sa propre entreprise. 

« Je me suis retrouvée seule, avec le même loyer à payer et les mêmes coûts fixes. »

Ajoutez à cela qu’avec la pandémie, la difficulté de recruter à l’étranger s’est accrue. 

Toutes catégories confondues, le Québec n’a accueilli qu’environ 25 000 immigrants en 2020, environ la moitié de sa cible. Le problème est criant, car la pandémie n’a fait qu’accentuer le besoin d’avoir accès à des travailleurs immigrants. 

Apparemment, c’est au Québec où les « immigrants économiques » doivent s’armer le plus de patience. Le traitement d’une demande au ministère fédéral de l’Immigration prend en moyenne plus de deux ans. Dans les autres provinces, on parle d’un délai moyen de six mois. 

Lenteur volontaire de Québec ?

Au bout du fil, Stéphane Handfield n’est pas surpris par l’histoire du Salon Jimmy. 

« Si ce salon de barbier de Sept-Îles se trouvait plutôt à Ottawa, il n’aurait pas à passer par les étapes de sélection supplémentaires du Québec », fait remarquer cet avocat spécialisé en immigration. 

Québec voudrait-il sciemment décourager les immigrants ? Me Handfield pose la question. 

« Est-ce que c’est voulu ? En retardant le traitement des dossiers, est-ce que ça fait en sorte que des gens se découragent et décident d’abandonner leur projet ? Probablement ! »

Malgré les dédales administratifs et les formulaires, Josephine Kabore ne perd pas espoir. 

« Je suis impatiente, parce que ça me tient à cœur depuis longtemps », souffle-t-elle depuis la ville de Ouagadougou. « L’attente n’est pas facile. Ça prend beaucoup de temps, car on exige beaucoup de papiers pour prouver que je connais le métier et que je peux venir travailler au Québec ». 

Josephine Kabore a hâte de prêter main-forte au Salon Jimmy, qui coiffe les gens de Sept-Îles depuis maintenant plus de 60 ans. 

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