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Le Capitole et ses leçons oubliées

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Photo d'archives, REUTERS Le 6 janvier 2021, des manifestants pro-Trump font irruption dans le Capitole lors de la certification de Joe Biden à la présidence des États-Unis.

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Il y aura 100 jours cette semaine que le Capitole, le cœur de la démocratie américaine, aura été pris d’assaut par des milliers de partisans de Donald Trump. Une insurrection, ne l’oublions pas, menée uniquement dans le but d’inverser le résultat d’une élection présidentielle légitime. 100 jours plus tard, où en sommes-nous ?

Il y a dans les intervalles de 100 jours quelque chose qui marque l’esprit. On n’en a ces jours-ci à Washington que pour les millions de personnes qui seront vaccinées au cours des 100 premiers jours de Joe Biden à la Maison-Blanche : 100 millions ? 150 millions ? 200 millions ?

Il y a des 100 jours encore plus prestigieux. Les fameux 100 jours de Napoléon, de son arrivée à Paris après avoir mis fin à son exil à l’île d’Elbe jusqu’à son ultime défaite à Waterloo. Ou les 100 premiers jours de Franklin Delano Roosevelt à la présidence, au cœur de la Grande Dépression, chamboulant à jamais la société américaine avec son « New Deal ».

Rien de glorieux dans les 100 jours de l’assaut contre le Capitole, mais un constat fracassant : plus le temps passe et plus le gouffre qui sépare nos voisins du Sud s’élargit. Et cette affligeante journée du 6 janvier y contribue à fond.

NE PAS EN CROIRE SES YEUX

On écarte ce qui s’est dit et ce qu’on a vu de cette attaque et c’est maintenant une tout autre histoire que les républicains racontent. Un sur deux, selon un sondage Reuters/Ipsos, croit que se trouvaient là des Américains pacifiques, respectueux des lois. Peu importe les dégâts, l’agression des policiers et les appels à lyncher des élus.

Plus tordu encore, 55 % des répondants s’identifiant comme républicains se disent persuadés que l’émeute a été menée par des protestataires de gauche violents qui cherchaient à discréditer Donald Trump. Les immenses drapeaux, les casquettes MAGA rouges, les beuglements « Trump ! Trump ! Trump ! »... l’affaire de gauchistes énervés.

Le « Chicago Project on Security and Threats » de l’Université de Chicago vient de compléter un travail de moine sur les 377 émeutiers, arrêtés et inculpés dans l’assaut du Capitole. Ils sont, a-t-on remarqué, plus âgés et plus instruits que les militants d’extrême droite traditionnels.

L’OBSESSION DU REMPLACEMENT

Ils partagent toutefois avec ces extrémistes le fait d’être blancs (95 %) et mâles (85 %). L’autre caractéristique commune relevée par les chercheurs tient au changement démographique : les comtés avec les plus fortes baisses de la population blanche ont fourni davantage d’insurgés qui font maintenant face à la justice.

Ces révoltés se sont notamment abreuvés aux mamelles de la théorie du grand remplacement qui allègue que les minorités remplacent progressivement les populations blanches grâce à l’immigration et un fort taux de natalité.

Ce qui nous ramène à Trump, qui n’a tiré aucune leçon du danger que ce discours pose. Évoquant récemment sur les ondes de FOX News les politiques de Biden en matière d’immigration, il appréhendait « des millions de personnes affluant dans notre pays, ce qui va détruire les États-Unis ».

100 jours, c’est peu, mais quand on a la mémoire courte, ce sont les mêmes faussetés qui reviennent et le même délire qui nous guette. 

L’assaut du Capitole, vu de droite et de gauche   

LES GENS ASSEMBLÉS AU CAPITOLE LE 6 JANVIER ÉTAIENT SURTOUT PACIFIQUES ET RESPECTUEUX DES LOIS.


D’accord En désaccord
Démocrates 16% 80%
Républicains 51% 42%

L’ASSAUT DU CAPITOLE A ÉTÉ MENÉ PAR DES PROTESTATAIRES DE GAUCHE VIOLENTS CHERCHANT À FAIRE MAL PARAÎTRE DONALD TRUMP.


D’accord En désaccord
Démocrates 19% 75%
Républicains 55% 30%

TRUMP EST EN PARTIE À BLÂMER POUR AVOIR LANCÉ L’ÉMEUTE MORTELLE CONTRE LE CAPITOLE. 


D’accord En désaccord
Démocrates 86% 12%
Républicains 28% 63%

L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2020 A ÉTÉ VOLÉE À DONALD TRUMP.


D’accord En désaccord
Démocrates 13% 85%
Républicains 60% 29%

DONALD TRUMP NE DEVRAIT PAS SE REPRÉSENTER À LA PRÉSIDENCE EN 2024.


D’accord En désaccord
Démocrates 89% 9%
Républicains 28% 63%