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Le sentiment que tout n’a pu être fait

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Photo Agence QMI, Roger Gagnon Camille Fillion et Michael Proulx filaient le parfait bonheur jusqu’à ce qu’un cancer du poumon fulgurant s’invite dans leur vie.

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La Dre Camille Fillion doit apprendre à vivre sans l’amour de sa vie, emporté trop jeune par un cancer du poumon. Mais surtout, elle doit composer avec le sentiment que tout n’a pu être fait pour lui, en raison d’un processus de centralisation très critiqué.

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Il s’agit d’un autre cas illustrant les blocages et surtout les impacts pour les patients engendrés par la centralisation Optilab dans le réseau de la santé, et que dénoncent les spécialistes de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), fleuron de Québec.

Gastro-entérologue à Saguenay, adoré de tous, le Dr Michael Proulx allait avoir 31 ans le 30 mars. Il n’aura toutefois pas eu le temps de souffler ses bougies, emporté par un cancer du poumon fulgurant, dont il avait appris l’existence le 17 février. Il n’aura pas eu non plus le temps de connaître son plus jeune enfant, puisque Mme Fillion est enceinte de 15 semaines.

« J’ai eu mon échographie hier, et nous aurons un beau bébé en bonne santé, qui a tous ses morceaux », dit la jeune maman d’un garçon de bientôt deux ans. 

Pleine santé 

Michael Proulx était un sportif en pleine santé, qui n’avait jamais fumé. Le 26 octobre dernier, en rentrant du travail, il a ressenti des symptômes pouvant s’apparenter à la COVID. Il a passé trois tests négatifs, puis s’est rendu à l’hôpital où il a reçu un diagnostic de pneumonie double. 

Malgré des traitements antibiotiques, l’état de M. Proulx a persisté. Malgré tout, il est retourné au travail, dans le but d’éviter une rupture des services d’hospitalisation dans son département, tenu par une toute petite équipe. 

Cette fois, il a attrapé réellement la COVID, après quoi les ennuis de santé ont persisté. On lui a diagnostiqué une pneumonie attribuable au virus et prescrit un traitement de corticostéroïdes. Il s’est senti mieux, a passé les fêtes et repris espoir.

Les symptômes sont toutefois revenus. Un scan pulmonaire a révélé des anomalies. 

Tests bloqués

Personne ne pouvait soupçonner, étant donné le profil de Michael Proulx, qu’un cancer du poumon fulgurant, et d’origine génétique, le détruisait à petit feu. C’est pourtant le terrible diagnostic qui tombe, après une biopsie. 

Le cancer est au stade quatre très avancé, et on pense à lui administrer de la chimiothérapie d’urgence. On pense aussi à de la thérapie ciblée, qui par l’analyse de l’ADN permet de s’attaquer au cancer à la source. 

À l’IUCPQ, on informe toutefois le couple qu’on n’est pas autorisé, même si on dispose de la main-d’œuvre, de l’expertise et de l’équipement nécessaire à coût égal, à effectuer les tests requis. Ainsi, au lieu des deux à trois jours qu’aurait mis l’IUCPQ, il fallait plutôt compter, avec Optilab, plusieurs semaines que M. Proulx n’avait pas. Les résultats sont arrivés après son décès. 

« Est-ce qu’il aurait pu être sauvé à l’étape où il était rendu, on ne sait pas, expose son épouse, mais il espérait fortement avoir accès à cette thérapie très prometteuse. »

Pour l’oncologue Catherine Labbé, de l’IUCPQ, il est regrettable « que M. Proulx soit décédé sans qu’on ait pu lui dire qu’on a fait tout ce qui était possible ». Le cancer du poumon demeure le « tueur numéro un au Canada », rappelle-t-elle. La rapidité des tests fait une immense différence dans le traitement et la survie des patients. 

« Je veux joindre ma voix à celle des médecins de l’IUCPQ pour que les choses avancent et changent, mentionne Mme Fillion. Comme médecin en région, je sais à quel point il est important qu’on ait des pôles de relais de pointe, que ces gens-là soient capables de faire leur travail pour nous donner des réponses, autant en tant que médecins que familles de patient. »

Mme Fillion a d’ailleurs trouvé très frustrant de lire la déclaration du ministre Christian Dubé, en mars, disant que les médecins insatisfaits d’Optilab « devraient vivre avec ». « Ce sont les patients qui vont vivre avec et mourir, réplique-t-elle. C’est un enjeu énorme, et les gens qui ont un cancer avancé n’ont pas le temps d’attendre. »