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Coupures à l’Université Laurentienne: une décision cruelle pour les Franco-Ontariens

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Difficile d’être francophone en Ontario. Cette semaine est particulièrement cruelle pour la minorité franco-ontarienne.  

En raison d’une décennie de gestion pitoyable, l’Université Laurentienne de Sudbury, une institution bilingue fondée en 1960, a lourdement sabré dans ses programmes francophones. Cette semaine, la communauté, les étudiants, et les professeurs payent au prix fort une décennie de gestion déficiente et de mauvais projets de développement. 

Nous entendrons dans les prochains jours des administrateurs émus, clamant les choix difficiles mais essentiels pour que l’institution – format minimaliste – puisse continuer. 

D’autres personnes, plus optimistes, prendront la parole pour dire qu’un futur plus enviable attend l’université. Ces prises de parole, rituels des temps difficiles, ne devraient pas pour autant nous permettre d’oublier aussi facilement tout ce que nous risquons de perdre s’il n’y a pas de mobilisation forte et urgente pour les francophones de l’Ontario. 

Une langue qui porte une culture

Le français n’est pas qu’une langue dans laquelle on peut obtenir un service, c’est une langue qui porte une culture. C’est aussi, surtout, vrai en Ontario. La suppression de programmes francophones à l’Université Laurentienne a des conséquences majeures pour l’avenir de la communauté franco-ontarienne. 

L’Université Laurentienne a joué un rôle important pour l’affirmation sociale et culturelle des Franco-Ontariens. C’est sur le campus de l’Université Laurentienne que le drapeau franco-ontarien a flotté pour la première fois en 1975. L’université a été et demeure encore aujourd’hui un élément essentiel de l’écologie de la culture francophone en Ontario. Contre vents et marées, les professeurs de l’Université Laurentienne ont développé des programmes de recherche; ils ont fait des travaux extraordinaires qui ont permis à la société franco-ontarienne de se retrouver dans une littérature, un théâtre, une histoire et une pensée sociale et politique qui est la leur. 

Certes, il existe encore d’autres programmes en français en Ontario, mais combien de ces programmes s’intéressent encore autant aux Franco-Ontariens, que le faisaient les programmes d’histoire, de géographie, de sociologie, de littérature, de science politique et bien d’autres, offerts à l’Université Laurentienne? 

Perdre des programmes, perdre des professeurs, c’est perdre un élan. Concevoir de nouveaux programmes prend des années. Les professeurs enseignent certes, mais ce sont aussi des chercheurs, des auteurs, des personnes que l’on sollicite pour contribuer au débat public. Retrouver un tel élan et un groupe de chercheurs aussi établis prendra plus d’une décennie. 

Urgence d’agir

Pendant ce temps, les étudiants francophones de l’Ontario verront leurs options d’études considérablement réduites. Pendant ce temps aussi, les francophones auront été dépourvus de chercheurs qui s’intéresseront à leur histoire, à leur société minoritaire, et à leur art et culture. C’est un sacrifice que l’on ne peut se permettre. Il y a urgence d’agir. 

À l’automne 2020, l’Université Laurentienne utilisait encore les fonds de recherche des professeurs et étudiants francophones et des fonds dédiés aux programmes francophones pour payer (chose incroyable) des dépenses courantes (électricité, déneigement du campus...). 

Au printemps 2021, l’université bilingue a supprimé près d’une trentaine de programmes francophones. De ce fait, cette université malade de sa propre gestion expulse des professeurs, des étudiants francophones. Dans les circonstances, on est en droit de se demander si langue et culture francophones ne sont pas les corps étrangers des universités bilingues? 

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Jonathan Paquette est professeur à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche en francophonie internationale sur les politiques du patrimoine culturel

 

Coupures dans les programmes francophones en Ontario : « Je pleure ma Laurentienne »  

J’sais pas quoi dire. Les mots me manquent. Moi qui avais si hâte de retourner sur campus en septembre et d’entamer ma dernière année en histoire et études française... deux des 69 programmes qui viennent d’être hachés par la Laurentian University.

J’ai de la misère à croire qu’une telle tragédie, qu’un tel manque de respect peut avoir lieu ici, à Sudbury, capitale de l’Ontario français. L’Université Laurentienne qui doit ses racines à la communauté franco-ontarienne. 

Le droit d’étudier en français

J’suis fatiguée. J’ta bout. J’suis tannée de devoir expliquer et réexpliquer l’importance de l’éducation postsecondaire en français en Ontario. De devoir expliquer et réexpliquer l’importance de la gestion par et pour la communauté francophone. D’expliquer que je suis une personne, une étudiante, pas un signe de piasse. Que recevoir une éducation dans ma langue devrait être un droit. Que je devrais pouvoir décider dans quelle région je veux suivre mon programme. 

J’suis fatiguée. J’ta bout. J’suis tannée de devoir expliquer et réexpliquer que je ne suis pas une citoyenne de 2e classe. 

Honte

J’ai honte d’avoir eu confiance en la Laurentienne. J’ai honte de lui avoir donné tant de chances. J’ai honte d’avoir cru en ses promesses « d’engagement continu en tant que championne des cultures francophones et de la langue française. » 

J’ai spécialement honte de la façon qu’elle traite ses professeurs, des professeurs comme M. Serge Miville et M. Joel Belliveau, qui ont su faire vibrer et grandir ma passion pour l’histoire, pour l’Ontario et le Canada français. 

Des professeurs qui se fendent en quatre pour leurs étudiants, pour nous offrir la meilleure expérience universitaire. Des professeurs qui ont su faire grandir mon esprit de contestation, mon esprit critique. Des professeurs qui ont su croire en moi et qui ont toujours vu mon potentiel. Mon cœur est brisé pour tous ces professeurs qui ont tant donné. 

Je pleure ma Laurentienne. Ma Laurentienne qui n’est plus. RIP. Faillite du bilinguisme institutionnel. 

Comme on dit, l’avenir est à ceux qui luttent. C’est l’temps de prouver, de montrer, pour la énième fois, que notre communauté est forte, résiliente, militante. C’est l’temps d’avoir notre propre université, gérée par et pour la communauté francophone du Nouvel-Ontario. Ne manquons pas notre chance. 

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Marie-Pierre Héroux, Étudiante

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