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Retrait d’Afghanistan: la bourde de Biden?

Retrait d’Afghanistan: la bourde de Biden?
Photo d'archives, AFP

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Le président Biden annonçait hier son intention de procéder au retrait des troupes américaines en sol afghan le 11 septembre prochain. Hantés par le souvenir du bourbier vietnamien, las du sacrifice de leurs soldats et inquiets des sommes astronomiques investies depuis 20 ans, bien des Américains se réjouissent de cette annonce.

Si les annonces des présidents Trump et Biden au sujet du conflit afghan ont eu droit à un accueil positif, quelques observateurs, dont je suis, craignent les retombées de cette délicate opération. D’ailleurs, si Biden repousse le moment du retrait de mai à juin et si l’on peut penser qu’il est mieux entouré que son prédécesseur, leurs visons politiques, dans ce dossier, se rejoignent.

Critiqué à la fois par les républicains et par les démocrates plus modérés, seuls les élus les plus progressistes se réjouissant de l’annonce, le 46e président est bien conscient des risques encourus. 

En retirant les forces américaines, Joe Biden risque de réduire ou d’annuler la portée des efforts américains déployés dans la région depuis 20 ans. Il le savait déjà à l’époque de sa vice-présidence et il connaît bien les enjeux. Un retrait sans condition, c’est laisser le champ libre aux talibans, déstabiliser le régime en place, considérer la possibilité de soulèvements violents et, surtout pour les femmes afghanes, revenir 20 ans en arrière.

Même en omettant ces dossiers politiques, économiques ou sociaux, en arguant que tout cela relève d’abord et avant tout du peuple afghan, sur le plan stratégique, le retrait est risqué. Autant des membres des services de renseignement et de la hiérarchie militaire reconnaissent la difficulté de maintenir des troupes dans la région, autant ils craignent d’avoir à y revenir.

On peut être fatigué de cette guerre qui semble sans réel vainqueur ou encore ne pas y percevoir d’issue, il y a toujours de bonnes raisons qui justifient le maintien d’une présence américaine. Se souvient-on seulement des motifs pour lesquels les États-Unis sont entrés dans ce pays en 2001?

La première raison invoquée, après les attaques du 11 septembre 2001, était le souci de prévenir d’autres attaques terroristes. Être présent signifiait donc intervenir directement là où on formait les groupes, mais aussi obtenir de précieux renseignements.

Comment s’assurer la contribution de précieux alliés et disposer d’informations de première main, maintenant? À qui fait-on confiance? Va-t-on demander à la CIA d’agir clandestinement? Un recours à des drones en cas de besoin est-il une option envisageable, rapide et efficace?

Dans un article qu’il signait hier sur le site du Washington Post, le journaliste devenu écrivain David Ignatius mentionnait l’ouvrage de Fred Charles Iklé intitulé Every War Must End (toutes les guerres doivent se terminer). Biden fait le pari, parce que c’en est un, que la guerre en Afghanistan doit se terminer maintenant. 

Je suis loin d’être convaincu que la décision du nouveau président soit la bonne. L’Afghanistan n’est pas le Vietnam et, si on peut avancer que ce n’est pas la présence de l’armée américaine qui contribuera aux problèmes internes des Afghans, partir maintenant, c’est courir le risque d’une recrudescence de terrorisme et, principalement, se priver de renseignements vérifiés par les services américains.

Une fois les troupes de retour à la maison, l’administration Biden devra s’en remettre aux promesses des talibans, qui se sont engagés, il y a un an, à éviter les violences tout en assurant la sécurité et la stabilité de leur pays. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais ces promesses ne m’inspirent guère confiance si les militaires américains ne sont plus sur le terrain.