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Tensions autour du nucléaire iranien: Téhéran met en garde Israël

Tensions autour du nucléaire iranien: Téhéran met en garde Israël
AFP

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L'Iran a affirmé mercredi que sa décision d'enrichir l'uranium à hauteur de 60% était sa « réponse » au « terrorisme nucléaire » d'Israël, après l'explosion de dimanche dans son usine d'enrichissement de Natanz. 

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Téhéran a annoncé mardi soir qu'il allait porter le seuil maximal de ses activités d'enrichissement d'uranium en isotope 235 de 20% à 60%, ce qui rapprocherait la République islamique des 90% nécessaires à une utilisation militaire.

Alors que se déroulent à Vienne des négociations pour sauver l'accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 dans la capitale autrichienne, le président Hassan Rohani a réaffirmé mercredi que les ambitions atomiques de son pays étaient exclusivement « pacifiques ».

L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni --États européens parties à l'accord de Vienne-- n'en ont pas moins qualifié l'annonce de Téhéran de « développement grave (...) contraire à l'esprit constructif » des discussions.

Ce à quoi le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a semblé répondre que la seule façon de sortir de la « spirale dangereuse » enclenchée par l'explosion à Natanz était d'en finir avec le « terrorisme économique » de l'ancien président américain Donald Trump.

Mais, pour cela, il ne reste que « peu de temps » à son successeur Joe Biden, a averti M. Zarif sur Twitter.

M. Trump a sorti les États-Unis de l'accord de Vienne en 2018, réactivant du même coup les sanctions américaines contre l'Iran que ce pacte avait permis de lever.

Selon Téhéran, la production d'uranium enrichi à 60% devrait commencer « la semaine prochaine » (soit à partir de samedi en Iran) au complexe nucléaire de Natanz.

Les autorités iraniennes, qui avaient d'abord fait part d'un « accident » ayant causé une « panne de courant », n'ont fourni que peu de détails sur les dégâts, mais un nombre encore inconnu de centrifugeuses (utilisées pour enrichir l'uranium à l'état gazeux) semblent avoir été abîmées.

Couper « les mains »

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a indiqué dans une déclaration transmise à l'AFP que ses inspecteurs avaient « visité (mercredi) le site d'enrichissement de Natanz », sans autre précision. 

Téhéran a rapidement accusé Israël, ennemi juré de la République islamique, d'être derrière l'explosion de dimanche.

Selon le New York Times, les Israéliens seraient parvenus à introduire « clandestinement » une bombe à l'intérieur de l'usine.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assure que la République islamique (dont le guide suprême Ali Khamenei qualifie Israël de « tumeur cancéreuse maligne » devant être « éradiquée ») représente une menace existentielle pour son pays.

Il accuse l'Iran de chercher à se doter de la bombe atomique en secret, ce que Téhéran a toujours nié, et que l'accord de Vienne met en danger Israël, seul pays du Moyen-Orient à posséder la bombe atomique.

La décision d'enrichir à 60% est « la réponse à votre malveillance », a lancé M. Rohani mercredi aux Israéliens, « ce que vous avez fait s'appelle du terrorisme nucléaire, ce que nous faisons est légal ». 

« Pour chaque crime, nous vous couperons les mains », a-t-il prévenu, alors que l'escalade entre la République islamique et Israël inquiète la communauté internationale.

Depuis début mars, plusieurs attaques de navires iraniens ont été attribuées à Israël tandis que plusieurs bateaux israéliens semblent avoir été visés par des attaques iraniennes.

Une chaîne israélienne a rapporté mardi qu'un bateau israélien avait été la cible d'une attaque près des côtes émiraties, au large de l'Iran.

« Provocation »

Berlin, Londres et Paris ont mis en garde mercredi contre toute « escalade par quelque acteur que ce soit ».

Grand rival de l'Iran au Moyen-Orient, l'Arabie saoudite a dit « suivre avec inquiétude » la situation et a appelé Téhéran à « éviter l'escalade ».

Selon l'Iran, l'uranium enrichi à 60% doit être utilisé pour fabriquer davantage de « produits radiopharmaceutiques » de meilleure qualité.

Téhéran a notamment mentionné la production de molybdène à des fins de médecine nucléaire. Isotope de ce métal, le molybdène-99, fabriqué à l'aide d'uranium 235 faiblement ou hautement enrichi, permet d'obtenir du technetium-99m, produit largement utilisé en imagerie médicale.

En riposte au retour des sanctions américaines enclenché par M. Trump, l'Iran s'est affranchi depuis 2019 de la plupart de ses engagements pris à Vienne en 2015.

L'enrichissement à 60% marquerait une étape inédite dans ce processus.

C'est « une provocation » mais ce n'est « pas suffisant » pour mettre au point une arme atomique, a estimé Robert Kelley, un ancien directeur des inspections de l'AIEA.

Henry Rome, spécialiste de l'Iran au sein du cabinet de conseil américain Eurasia Group, partage cet avis. Pour lui, Téhéran cherche à obtenir « un avantage dans la négociation, pas la bombe ».

À Téhéran, la population réagit diversement. « Tout cela va “certainement exacerber les tensions”, estime Sara, étudiante de 40 ans, tandis qu'Alex, militaire à la retraite, est persuadé que Washington et Téhéran “discutent en secret et que ces (négociations) vont réussir.”