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Gift Ngoepe: de l’Afrique du Sud à Québec

Gift Ngoepe: de l’Afrique du Sud à Québec
Photo d'archives, Martin Chevalier

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En embauchant Gift Ngoepe en vue la prochaine saison (et c'est à espérer qu'elle aura lieu), les Capitales de Québec ont mis la main sur un athlète qui, à sa manière, a pavé la voie à de nombreux joueurs noirs. En cette journée Jackie-Robinson, traditionnellement le 15 avril, le moment semble bien choisi pour résumer le fabuleux parcours de Ngoepe qui, en 2017, est devenu le premier joueur né en Afrique à atteindre le baseball majeur avec les Pirates de Pittsburgh. 

«Ce que Jackie Robinson a fait est simplement fantastique, il a fait tomber les barrières et repoussé les critiques. Nous ne sommes pas du même calibre, a statué Ngoepe, d’entrée de jeu, lorsque joint à son domicile en Floride. Si ce que j’ai fait a pu influencer des gens en Afrique à pourchasser leurs rêves, ça reste mission accomplie pour moi.»

L’histoire de Ngoepe (qu’on prononce «n-go-pay») demeure fascinante, lui qui a aussi porté les couleurs des Blue Jays de Toronto durant 13 matchs en 2018. Un documentaire a d’ailleurs déjà été produit et diffusé sur Netflix à son sujet.

Gift, alors prénommé Mpho’, n’était qu’un enfant quand sa mère travaillait comme cuisinière et femme de ménage pour un rare club de baseball en Afrique du Sud, soit les Mets de Randburg. Il en a profité pour développer son talent, si bien que des recruteurs l’ont invité à participer, en Italie, à une académie destinée aux espoirs du baseball majeur.

Les Pirates lui ont offert sa chance et après un très long séjour dans les ligues mineures, il a accompli l’impensable en jouant un premier match dans le baseball majeur, le 26 avril 2017, à Pittsburgh. Ngoepe a poussé la magie jusqu’à frapper un coup sûr dès sa première présence contre le lanceur Jon Lester, des Cubs de Chicago.

«Je suis très fier de ce que j’ai accompli, je rêvais à ce moment depuis que j’étais un petit garçon de 10 ans, a indiqué Ngoepe, aujourd’hui âgé de 31 ans. Je savais aussi très bien ce que ça représentait pour ma famille, mes amis et la population africaine.»

Inspirer la prochaine génération

S’il est maintenant établi dans la région de Daytona, en attendant le feu vert pour rejoindre les Capitales, Ngoepe demeure fidèle à ses racines. Sans savoir s’il retournera vivre à temps plein en Afrique du Sud un jour, il retrouve son pays natal une fois par année, autant que possible, quand la COVID-19 ne vient pas s’en mêler.

«L’Afrique du Sud sera toujours ma maison et j’ai ma famille est encore là-bas, a-t-il convenu. Un jour, je compte y bâtir une académie pour aider la prochaine génération de joueurs de baseball africains.»

Une comparaison avec Jackie Robinson est certainement boiteuse en vertu de la ségrégation qui sévissait aux États-Unis il y a près de 75 ans. Ngoepe ne demeure pas moins un précurseur pour le baseball en Afrique.

«On nous l'a vendu comme le meilleur être humain à exister dans le monde du baseball, a pour sa part commenté le président des Capitales, Michel Laplante. C'est un privilège d'avoir un joueur avec ce talent-là, mais surtout avec cette personnalité-là.»

«Jackie Robinson, c’est un modèle, a pour sa part insisté Ngoepe, avant de boucler l’entrevue. Tout le monde devrait le connaître!»

Sans aucun doute, mais les partisans des Capitales se doivent aussi de connaître un peu mieux ce que Ngoepe a accompli avant d’aboutir à Québec.

Un véritable «cadeau» pour le gérant

Malgré toute l’incertitude entourant la prochaine saison, le gérant des Capitales de Québec, Patrick Scalabrini, ne peut s’empêcher de s’emballer en pensant au nouveau venu Gift Ngoepe.

Scalabrini travaillait sur le dossier de Ngoepe depuis plus d’un an quand l’entente s’est finalisée avec le joueur africain, le mois dernier. On aurait même pu voir «Gift» à Québec dès 2020 s’il y avait eu une campagne dans la Ligue Frontier.

Plusieurs amis dans le milieu du baseball, dont Josué Peley, ancien traducteur chez les Blue Jays de Toronto et ex-joueur des Capitales, lui exposent depuis très longtemps la personnalité de Ngoepe. Cela dit, le gérant des Capitales demeure tout autant excité par les qualités athlétiques du joueur.

«Gift, c’est d’abord un joueur défensif spectaculaire, c’est sa marque de commerce, a indiqué Scalabrini, qui compte l’utiliser à l’arrêt-court. C’est un super athlète, il est très explosif. On m’a dit qu’il allait me laisser la bouche grande ouverte, cet été, en faisant certains jeux défensifs.»

Au bâton, Ngoepe montre des statistiques plutôt faibles, ayant d'ailleurs été limité à une moyenne au bâton de ,181 en 41 matchs dans le baseball majeur.

«Ce n’est pas un mauvais frappeur, même s’il n’a jamais montré des chiffres offensifs impressionnants, a plaidé le gérant des Capitales, faisant valoir que la qualité des lanceurs dans les ligues mineures et surtout dans le baseball majeur est à un très très haut niveau. Il ne faut pas non plus oublier qu’il est originaire de l’Afrique du Sud et qu’il a dû monter vite en affrontant de bons lanceurs. On va travailler sur son approche afin de diminuer son ratio de retraits au bâton.»

Ancien coéquipier de Russell Martin

En plus de Peley, Ngoepe a aussi connu brièvement le receveur québécois Russell Martin dans l’organisation des Pirates avant de le retrouver à Toronto. Avec les Blue Jays, le joueur d'origine africaine avait d'ailleurs visité Montréal, en mars 2018, dans le cadre des matchs préparatoires disputés contre les Cardinals de St. Louis, au Stade olympique.

«Je n’ai entendu que des bonnes choses sur Québec, a fait valoir Ngoepe, qui a également joué avec Vladimir Guerrero fils chez les Bisons de Buffalo, au niveau AAA. Voyager, c’est excitant. J’ai hâte d’apprendre le français et de découvrir une nouvelle culture.»

«Avant qu’on l’embauche, j’avais entendu dire qu’il avait adoré son séjour au Canada chez les Blue Jays, a précisé Scalabrini. Ç’a certainement contribué à l’attirer avec les Capitales.»