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L’État québécois fait confiance à la multinationale chinoise

La vision du gouvernement du Québec tranche avec celle de nos voisins américains

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Photo d’archives, AFP Un des bâtiments du «campus» Huawei, siège de l’entreprise qui s’étend sur 2 km2, à Shenzhen en Chine.

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Contrairement aux États-Unis qui considèrent Huawei comme une menace pour leur sécurité nationale, l’État québécois estime que les appareils du géant chinois ne présentent pas de risque particulier.

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« Pour l’instant, le Centre gouvernemental de cyberdéfense, au sein du Secrétariat du Conseil du trésor, n’a aucune indication que les appareils Huawei comportent des vulnérabilités qui puissent compromettre la confidentialité des données », a confirmé Nathalie Saint-Pierre, attachée du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale.

Lundi dernier, Le Journal a révélé que Revenu Québec, qui s’occupe des dossiers fiscaux des Québécois, utilise une soixantaine de clés cellulaires Huawei, ce qui a semé l’inquiétude chez plusieurs experts en cybersécurité.

Du même souffle, Le Journal soulignait que la Société québécoise des infrastructures (SQI) s’était tournée vers une firme qui lui a fourni de l’équipement Huawei pour stocker « une copie secondaire des sauvegardes ».

Ces derniers jours, le cabinet du ministère des Finances a refusé de dire s’il allait s’assurer que Revenu Québec cesse d’utiliser des clés Huawei.

Expertise québécoise

Le cabinet d’Eric Girard a plutôt renvoyé la balle au ministre Éric Caire, délégué à la Transformation numérique gouvernementale, qui a à son tour sollicité l’expertise du Centre gouvernemental de cyberdéfense lancé en 2019.

Or, pour ce nouveau centre en cybersécurité de 19 employés, à l’opposé des Américains, rien n’indique pour le moment que les appareils Huawei ont « des vulnérabilités qui puissent compromettre la confidentialité des données ».

Cette analyse va dans le même sens que les propos de la porte-parole québécoise de Huawei, Sabrina Chartrand, qui a toujours démenti les accusations américaines répétées d’espionnage.

« Nous travaillons avec le gouvernement canadien, les opérateurs et experts depuis 8 ans également. Depuis notre arrivée au Canada, aucun incident en cybersécurité n’a été rapporté impliquant Huawei Canada », a assuré Sabrina Chartrand au Journal qui l’a questionnée à de nombreuses reprises sur ce sujet.

Selon l’expert en cybersécurité Pascal Fortin, se fier à la marque d’un produit ne suffit pas pour déterminer le risque. 

« Le fait qu’un manufacturier soit nord-américain, européen ou chinois n’est pas une condamnation ou une certification que c’est bon ou mauvais », a-t-il souligné.

Il rappelle qu’à peu près tous les manufacturiers technologiques s’approvisionnent en Asie et que des vulnérabilités informatiques peuvent se trouver dans les équipements de n’importe quelle compagnie. 

Pas de politique particulière

Au niveau fédéral, Services partagés Canada (SPC) indique ne jamais avoir « conclu d’entente de partenariat ou de contrat avec Huawei ».

SPC, qui fournit des services numériques aux différents organismes fédéraux, affirme ne pas avoir de politique particulière à l’égard de Huawei. Ses fournisseurs doivent toutefois réussir une évaluation de risque du Centre de la sécurité des télécommunications, une agence de renseignement fédéral.

Début avril, le Bureau du directeur du renseignement national américain a accusé Pékin d’utiliser « une variété d’outils, de l’investissement public à l’espionnage et au vol, pour faire progresser ses capacités technologiques ».

Huawei  

Siège social : Shenzhen, Chine

Fondateur : Ren Zhengfei

Employés : 194 000

Fondation : 1987

Pays : 170 

Source : Huawei

Un don secret à l’Université Laval  

Alors que l’Université de Montréal joue la carte de la transparence en dévoilant le don de 3,9 millions de dollars reçu de Huawei, l’Université Laval préfère garder le montant secret.

Début mars, Le Journal a fait état d’un don de 3,9 M$ de Huawei au département d’informatique de l’Université de Montréal (UdeM), ce qui avait inquiété un ex-directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

« C’est le concept du pot de miel. Tu donnes du miel, et tu attires tout le monde », avait illustré Michel Juneau-Katsuya, ex-directeur de la zone Asie-Pacifique au SCRS.

Montant non disponible

Or, la semaine dernière, l’Université Laval, dirigée par Sophie D’Amours, a transmis au Journal des documents caviardés en réponse à une demande d’accès visant à savoir à combien s’élèvent les dons de Huawei à l’Université.

Dans les documents, on constate notamment que Huawei a fait un don à l’Université Laval le 15 mai 2019 et qu’un reçu fiscal a ensuite été donné.

Il est cependant impossible de connaître le montant du don de Huawei à l’université québécoise parce que la somme a été noircie.

Joint par Le Journal, Simon La Terreur, porte-parole de l’Université Laval, a confirmé que l’information concernant ce don n’est « pas disponible ».

Autre don

Dans le rapport annuel 2016-2017 de la Fondation de l’Université Laval, Huawei apparaît dans la liste des entreprises ayant donné entre 500 000 $ et un million de dollars. 

L’entreprise chinoise n’apparaît toutefois pas dans la liste des donateurs 2019-2020, année où a été fait le don caviardé. 

« Le don n’a pas transité par la fondation, il a été acheminé directement à l’Université », a expliqué M. La Terreur.

Questionnée à ce sujet, Huawei a suggéré de « contacter directement les universités ».

« Depuis son arrivée au Canada en 2008, Huawei Canada, comme de nombreuses autres entreprises, participe et soutient l’avenir et la croissance des communautés de recherche et développement du Canada avec des talents canadiens grâce à diverses initiatives, telles que des accords de recherche parrainés, des bourses et un soutien aux événements universitaires », a indiqué sa porte-parole québécoise Sabrina Chartrand. 

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