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Passer du chagrin à la peine douce

Stéphane Garneau
Photo Pierre-Paul Poulin Stéphane Garneau

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Journaliste et animateur d’expérience, Stéphane Garneau s’est ouvert sur un thème difficile qui touche de nombreuses personnes, surtout en pleine pandémie : le deuil et comment on le traverse. Dans son nouveau récit, Celui qui reste, il raconte comment il a vécu, en quelques mois, la perte de son père Richard Garneau, de son frère aîné, de son neveu, de son beau-frère et de sa meilleure amie. Une séquence difficile, de laquelle il ressort une célébration de la vie et ce qu’il appelle « une peine douce ».

Sous la forme d’une lettre écrite à une amie disparue, Stéphane Garneau partage avec émotion des pans de sa vie personnelle dans ce court récit qui s’est imposé à lui. Il parle de son amour pour ses proches disparus, de chagrin, de la dure réalité de l’absence physique, mais aussi d’une certaine « présence », au quotidien. 

L’élan d’écrire s’est fait sentir, fortement et soudainement. « J’ai perdu beaucoup de gens dans les années 2010. Une succession de décès. Ce ne sont pas des gens qui sont morts de vieillesse : ils sont morts prématurément, dans ma famille. Mon père, mon frère, mon neveu, mon beau-frère. Et j’ai perdu une très bonne amie, l’amie disparue, en mai 2019 », commente-t-il.

« À partir de là, le livre s’est imposé. Quand elle est décédée, l’idée d’écrire une lettre pour lui donner une parcelle d’éternité, pour continuer la conversation avec elle, me permettait de la garder en vie, un peu. »

Le défi a été plus relevé quand est justement venu le moment d’écrire sur cette amie décédée. « Ça ne faisait pas un an qu’elle était partie et je n’étais pas remis. Je ne le suis toujours pas. D’ailleurs, on ne se remet jamais vraiment : pour moi, le deuil, c’est quelque chose qu’on entretient pour le reste de nos vies. C’est pas quelque chose qui disparaît, c’est quelque chose qui se transforme. »

Son père, Richard

Il parle beaucoup de sa relation avec son père, le célèbre journaliste Richard Garneau. « Je ne pouvais pas passer à côté. J’en ai parlé beaucoup, de mon père. J’ai fait deux documentaires sur lui. J’en ai beaucoup parlé dans les médias quand il est décédé. 

« Je ne ressentais pas une obligation de parler de lui à nouveau, mais plus une obligation parce que si je n’avais pas fait un volet sur lui, ceux qui me connaissent se seraient posé la question. Quand il est mort, ça a fait un gros plat. Il avait une grosse place dans la culture. »

Son livre, à caractère universel, explique comment on porte les deuils sur nos épaules, comment on les traverse. Il partage aussi les témoignages de Dominique Anglade et Alexandre Taillefer, et les commentaires de Luce Des Aulniers, professeure à la retraite de l’Université du Québec à Montréal et spécialiste de la question du deuil.

« C’est un livre qui s’adresse à ceux qui restent. Je reçois beaucoup de messages de gens qui ont lu mon livre, et pour qui le livre a résonné dans leur vie. Les gens se reconnaissent à travers mon récit. »

Les disparus vivent encore, à son avis. « Ils sont présents dans nos vies. Ils sont toujours vivants, d’une certaine manière. » Il n’est pas question d’oublier, mais plutôt d’apaiser.

« Je sais maintenant que le deuil se transforme et devient ce que j’appelle dans le livre la peine douce. Et ça, la peine douce, c’est précieux. Une fois que tu es rendu là, les gens qui sont décédés, tu les aimes encore. Ils t’accompagnent, mais ce qui reste de la peine, c’est ce qui était nourrissant dans la relation avec eux. »

  • Stéphane Garneau est animateur à la radio et à la télévision depuis plus de 25 ans.
  • Il a animé des émissions sur la musique, les nouvelles technologies et l’avenir des sociétés à la Première Chaîne de Radio-Canada.
  • On peut encore l’entendre aujourd’hui aux Grands Entretiens et à Samedi et rien d’autre.

EXTRAIT

Celui qui reste<br/>
Stéphane Garneau<br/>
Éditions Libre Expression<br/>
136 pages
Photo courtoisie
Celui qui reste
Stéphane Garneau
Éditions Libre Expression
136 pages

« Les émotions ressenties à la mort d’un proche ne se résument pas au spectre qui va du chagrin à la colère. Il y a toutes sortes de nuances de gris. Je me suis parfois senti coupable de ne pas être suffisamment triste ou d’éprouver un certain soulagement. J’ai aussi regretté de ne pas avoir eu le temps de régler certains différends (un classique). »