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Zoom sur les modèles relationnels toxiques

LIVRES - India Desjardins
Photo Chantal Poirier India Desjardins

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Écrivaine à succès, fan inconditionnelle de la série télé Sex and the City, India Desjardins a décortiqué les clichés et les modèles relationnels toxiques véhiculés dans la culture populaire pour son premier essai, Mister Big. Elle pose un regard inquisiteur sur les comédies romantiques et leurs modèles, se questionnant sur leur impact dans les relations amoureuses, dans la vraie vie.

India Desjardins a décidé d’examiner la relation entre Mister Big et Carrie, couple iconique de la série, sous toutes ses coutures. Son travail de recherche est devenu une vraie quête personnelle.

« Je me demandais : est-ce que ça se pourrait que la fiction contribue à des modèles problématiques ? », commente-t-elle.

En voyant la question « Big ou Aidan » surgir sur les réseaux sociaux, elle a fait un petit voyage dans le temps, revenant dans sa vingtaine, alors qu’elle écoutait et réécoutait cette série sans s’en lasser. 

« C’est une série dont l’impact culturel a été majeur. Ça a été pionnier pour l’époque. Même les gens qui ne l’ont pas écoutée savent ce que c’est et connaissent les références. Plusieurs choses qu’on voit aujourd’hui à la télé ont été influencées par ça, tellement c’était innovant. »

La finale lui avait laissé un goût amer. « Toute la série dont j’ai été ultra fan était tellement innovante sur la façon de présenter le célibat et les histoires d’amour, que de faire une finale qui était un conte de fées, ou qui reproduisait une finale classique, ça m’avait laissé un goût amer et je n’avais jamais vraiment compris pourquoi. Moi, je n’étais ni Big ni Aidan. Je me suis toujours demandé pourquoi. »

Une finale heureuse ?

India s’est questionnée sur la glorification des relations toxiques se terminant sur une finale heureuse. « Une relation conflictuelle ne se termine pas par une belle phrase romantique. »

Elle est d’avis qu’il faut apprendre à les détecter, tout comme il faut savoir détecter la violence psychologique et la violence économique, par exemple. « Je me sers du personnage de Carrie et de sa relation avec Big parce que moi, je me suis identifiée à elle. C’est comme si je racontais l’histoire d’une amie qui me racontait sa relation toxique et que j’apprenais à la décortiquer. »

Elle a fait appel à des experts en science, en philosophie, à l’expertise d’une chercheuse spécialisée en violence conjugale. Elle a fouillé dans l’Histoire. « Je décortique ce que c’est une relation toxique. Je donne tous les outils pour comprendre cette relation et pour regarder les œuvres de fiction avec d’autres petites lunettes. »

Confusion

India Desjardins précise que la violence psychologique peut toucher tout le monde. « Il s’agit juste de tomber sur quelqu’un qui va agir de façon violente avec nous. » 

Elle-même en a souffert. « J’ai commencé à vivre des relations toxiques au cégep. À un moment donné, tu ne reconnais même plus ce qu’est le sentiment amoureux. Je pense qu’on a perdu un peu, dans la société, la définition de ce qu’est le sentiment amoureux. On le confond souvent avec de l’anxiété ou une espèce de grand feu intérieur alors que tout ça, c’est des signaux qu’on n’est pas bien. Mais comme on ressent quelque chose de fort, on a l’impression que c’est un signe d’amour. »

« On est tous mélangés sur les signaux de ce qu’est l’amour et ce qui ne l’est pas. Dans Sex and the City, c’est des déchirements, des va-et-vient, des mensonges, des trahisons. Les codes des comédies romantiques aident les scénaristes. Mais est-ce qu’ils aident vraiment les téléspectateurs et les téléspectatrices ? » 

  • India Desjardins est l’autrice d’une vingtaine de livres, dont la série Le journal d’Aurélie Laflamme, vendue à plus de deux millions d’exemplaires dans la francophonie.
  • Elle a écrit des romans, des bandes dessinées, des livres jeunesse, des articles, des chroniques, des scénarios pour le cinéma et la télé, et signe maintenant son premier essai.

EXTRAIT

Mister Big<br/>
India Desjardins<br/>
Éditions Québec Amérique<br/>
192 pages
Photo courtoisie
Mister Big
India Desjardins
Éditions Québec Amérique
192 pages

« En avril 2020, en pleine crise de la COVID-19, je faisais de l’insomnie. Une nuit, je parcourais Instagram un peu machinalement lorsque je suis tombée sur une publication qui demandait : “Big ou Aidan ?” J’ai tout d’abord été surprise de la mention de Sex and the City, une série dont la finale a été diffusée en 2004. Avec cette référence au personnage principal, Carrie, et aux deux protagonistes masculins qui ont été ses principales relations dans la série, j’ai eu l’impression de faire un retour dans le temps. »