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L’Afghanistan, là où les empires échouent

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Après 20 ans d’une guerre aussi sanglante que futile, la plus longue de leur histoire, les dernières troupes américaines quitteront l’Afghanistan le 11 septembre prochain.

Comme l’URSS avant eux, les États-Unis partent dans la défaite. Biden se retire contre l’avis du Pentagone et de la CIA. Les généraux et les maîtres-espions américains ne veulent pas passer à l’histoire comme des losers.

En Afghanistan comme au Vietnam, les États-Unis ont été incapables de mettre en place un gouvernement stable, démocratique, et de former une armée capable de vaincre une insurrection.

Les talibans au pouvoir : dans combien de temps ?

L’État afghan imposé par les Américains va survivre combien de temps à leur départ ? Au Vietnam, le secrétaire d’État de Nixon, Henry Kissinger, voulait qu’il y ait un « intervalle décent » afin de permettre aux Américains de sauver la face. L’intervalle risque d’être de courte durée.

Les talibans contrôlent actuellement environ la moitié de l’Afghanistan et sont en mesure d’étendre leur emprise dans les mois à venir. Avec ou sans cessez-le-feu. Pourquoi ? Parce qu’ils ont l’appui de la population au sein de laquelle ils se déplacent « comme des poissons dans l’eau », pour reprendre l’expression de Mao. Ils n’ont pas eu besoin de conseillers militaires étrangers pour apprendre l’art de la guerre. Une milice de paysans dépenaillés, en sandales, essentiellement armés de vieux fusils et d’explosifs hétéroclites, tient tête depuis deux décennies à l’armée la plus puissante de la planète. Son aviation, ses satellites-espions, son bataclan de haute technologie se sont révélés totalement inutiles devant des guérilleros prêts à mourir pour leur patrie et leur foi.

En dehors des centres urbains, même dans les zones non contrôlées par les talibans, il y a peu de développements visibles qui reflètent les centaines de milliards de dollars d’aide dépensés pour soutenir le gouvernement afghan. De l’avis de la plupart des spécialistes, il ne va pas survivre plus que quelques mois au départ des Américains. Une guerre civile pourrait opposer diverses factions afghanes voulant s’emparer du pouvoir.

Des milliers de politiciens et de cadres du régime à la solde des Américains et leurs familles vont alors vouloir fuir le pays. Seuls les plus riches et les mieux pistonnés, donc les plus corrompus, vont y parvenir.

Abattre Saddam donnait le champ libre aux talibans

Plutôt que de concentrer son action sur l’Afghanistan en 2002–2004, où il aurait pu changer le cours des choses, l’idiot de Bush, incité par le lobby israélien, a divisé ses ressources et ses forces en s’attaquant aussi à Saddam Hussein, un ennemi juré de Ben Laden et des djihadistes.

Il a ainsi commis une des grandes erreurs stratégiques de l’histoire. Les États-Unis et le Moyen-Orient vont en payer le prix pendant des décennies.

Le Canada, il faut le rappeler, a subi des pertes importantes pendant son intervention en Afghanistan (2001-2014) dans le cadre de l’OTAN, 160 morts, des centaines de blessés physiques graves et des milliers de blessés psychologiques inguérissables. On évalue à quelque 15 milliards de dollars ce que nous a coûté cette guerre inutile.