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Une policière marquée par une scène de meurtre

La patrouilleuse a dit mercredi avoir figé pendant 30 secondes en voyant la victime

Palais de justice de Joliette
Photo Chantal Poirier À son arrivée dans la maison de Mascouche, l’agente Catherine Harel qui témoignait mercredi au palais de justice de Joliette a trouvé Benoit Cardinal au sol.

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JOLIETTE | La première policière arrivée sur les lieux du meurtre de la conjointe de Benoit Cardinal a figé pendant 30 secondes en voyant l’état lamentable de la victime, qui baignait dans son sang.

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« Pendant cette minute-là [avant l’arrivée des autres policiers], il y a un bon 30 secondes que j’ai figé. Je regardais le visage de la victime et je me disais : qu’est-ce que je suis en train de voir là », a relaté mercredi l’agente Catherine Harel. 

La policière, qui travaillait alors pour la Ville de Mascouche depuis cinq ans, témoignait dans le cadre du procès devant jury de Benoit Cardinal. 

Les audiences présidées par la juge Johanne St-Gelais ont repris mercredi, après près de deux semaines de pause en raison de dépistages de la COVID-19.

L’homme de 34 ans est accusé du meurtre prémédité de sa conjointe, survenu le 16 janvier 2020, dans une résidence du chemin des Anglais. La femme de 33 ans était mère de six enfants.

Lorsqu’elle est entrée dans la résidence, à 4 h 12, l’agente Harel a d’abord vu l’accusé au sol, face contre terre. 

Sur la photo, l'accusé à l'arrivée des premiers policiers, couché face contre le sol dans le corridor du sous-sol.
Photo courtoisie de la Cour
Sur la photo, l'accusé à l'arrivée des premiers policiers, couché face contre le sol dans le corridor du sous-sol.

Torse nu, cheveux longs retenus en toque, il était immobile, mais s’est mis à hurler de douleur lorsque la policière l’a touché, a-t-elle décrit. 

La patrouilleuse s’est ensuite rendue dans la chambre principale, où Jaël Cantin gisait dans une mare de sang.

Vision d’horreur

« C’était la première fois que je voyais une scène de la sorte [...] Elle avait le visage tuméfié, ses cheveux baignaient dans le sang », a-t-elle résumé.

Une photo de la victime prise par la policière, qui a été montrée mercredi aux neuf femmes et cinq hommes du jury, illustre d’ailleurs l’horreur à laquelle elle a dû faire face cette nuit-là.

L’agente Harel a ajouté qu’elle avait été marquée par la scène, au point où elle n’a pas été en mesure de faire son quart de travail le lendemain.

Contre-interrogée par Me Louis-Alexandre Martin, de la défense, la policière a mentionné qu’il était possible qu’elle ait marché dans le sang en tentant des manœuvres de réanimation sur Mme Cantin, puisque son objectif était de tenter de lui sauver la vie.

Possible violation de domicile

Les informations préliminaires dont disposaient les premiers répondants à leur arrivée sur la scène de crime faisaient état d’une possible violation de domicile ayant fait deux victimes.

« Mais les éléments de l’enquête policière convergent vers le fait que Benoit Cardinal n’est pas une victime, mais plutôt le responsable de la mort de Jaël Cantin », avait déclaré à l’ouverture du procès Me Caroline Buist, qui officie pour la Couronne avec Mes Valérie Michaud et Geneviève Aumond.

Pas de signe d’effraction

Un de ces éléments est le fait qu’aucune trace d’effraction n’a été observée sur les ouvertures du bâtiment multifonction où se trouvait le couple. 

Pas de fenêtres brisées, poignées et cadres de portes en bon état, aucune trace de pas dans la neige sur le terrain arrière, hormis celles des policiers.

« C’est clair qu’il n’y a pas eu d’entrée forcée dans cette résidence-là », a résumé mercredi le sergent-détective Mathieu Boulianne, de la section des Crimes contre la personne de la Sûreté du Québec.

Contre-interrogé par Me Ghassan Toubal, qui assure aussi la défense de Cardinal, l’enquêteur a toutefois admis qu’il lui était impossible de savoir si l’une des portes de la maison était déverrouillée lors du drame.


Le procès se poursuit jeudi.

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