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Critiques sur la une: Le Journal s'explique

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AFP

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Le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, craint que la une du Journal de Montréal, où l’on annonce l’arrivée chez nous du variant indien de la COVID-19 et où l’on voit Justin Trudeau coiffé d’un turban, alimente les «préjugés» à l'endroit des ressortissants de l'Inde.

«Nous assistons à une recrudescence d'actes racistes visant les personnes d'origine chinoise depuis le début de la pandémie. Avec des représentations semblables, on risque d'alimenter les préjugés», a-t-il indiqué sur Twitter, jeudi.

«On est tout à fait susceptible de voir un jour [...] un variant québécois se développer, et je pense que les Québécois seraient bien malheureux de voir à travers le monde que l’on associe le virus au drapeau du Québec», a-t-il donné en exemple, plus tard, lors d’une conférence de presse.

Le premier ministre François Legault a lui aussi réagi en appelant le quotidien à la «prudence» et à ne pas «stigmatiser certaines communautés».

La une du quotidien montre une photo d’archives de Justin Trudeau, vêtu d’un costume traditionnel indien lors d’un voyage en Inde, et est accompagnée du titre: «Le variant de l’Inde est arrivé».

«Alors, Justin, est-ce qu’on coupe rapidement les liens avec l’Inde cette fois-ci?» peut-on lire en sous-titre.

Chaque jour, depuis au moins deux semaines, Santé Canada détecte des cas de COVID-19 dans des vols en provenance de Delhi, en Inde, à destination de Toronto et de Vancouver. Mercredi, un premier cas lié au variant «double mutant» indien a été détecté au pays, en Haute-Mauricie.

Dans une déclaration écrite envoyée à l’Agence QMI, le rédacteur en chef du Journal de Montréal, Dany Doucet, explique la démarche derrière le choix de ce titre et de cette photo.

«Notre page frontispice exposait publiquement et on ne peut plus clairement la décision difficile que Justin Trudeau doit prendre au sujet des frontières canadiennes et des vols arrivant de l’Inde avec des dizaines de passagers infectés par la COVID-19», dit-il.

«Notre premier ministre a plusieurs fois démontré avoir un attachement personnel pour l’Inde, comme en font foi les photos de lui qui ont fait le tour du monde lors de son voyage officiel là-bas et qui ont marqué son bilan diplomatique. D’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande, ont déjà pris cette décision et vont même plus loin qu’interdire les liens aériens avec l'Inde», poursuit-il.

«Ceux qui n’ont pas compris cela n’ont certainement pas lu les textes à l’intérieur, comme trop de commentateurs le font parfois», conclut le rédacteur en chef.

Pour la cheffe libérale Dominique Anglade, toutefois, le choix éditorial du Journal est «déplacé» dans le contexte actuel et crée un «amalgame».

«Quel message est-ce qu'on essaie d'envoyer? Est-ce qu'on essaie d'envoyer qu'il faut se méfier des Indiens? Est-ce qu'on essaie d'envoyer le message que c'est le premier ministre qui en est responsable? Est-ce que le premier ministre est le variant? Ce n'était pas clair», a-t-elle expliqué.

«Pourquoi? Pourquoi quelqu’un a cru bon de faire ça?» a réagi pour sa part la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé, selon qui la une du Journal détourne «l’attention des enjeux réels de la pandémie».

«Depuis le début de la pandémie, on a des concitoyens et concitoyennes d’origine asiatique qui subissent une hausse des crimes racistes. Ce genre de problème naît quand on normalise les préjugés, quand on alimente un sentiment de peur. Une telle couverture de journal fait partie du problème», estime-t-elle.

«Je pense qu’il faut être prudent de ne pas alimenter des préjugés qui, on le sait, sont déjà présents dans le contexte actuel, croit la députée péquiste Véronique Hivon. Donc, la mesure est toujours bonne guide lorsqu’on est en situation de crise.»