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Des messages qui critiquent le gouvernement sont effacés sur la page Facebook de François Legault

Des messages qui critiquent le gouvernement sont effacés sur la page Facebook de François Legault
Photo le Journal de Québec, Stevens LeBlanc

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Messages effacés à la chaîne, filtres empêchant la publication de commentaires, des mères frustrées par le manque de places en garderies se disent victimes de censure sur la page Facebook du premier ministre. 

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«Il y a zéro haine dans nos messages. Ce n’est pas hors sujet. On ne remet pas en question la santé publique. Ils n’ont aucune raison de nous censurer autrement que pour des motifs politiques», déplore Myriam Lapointe-Gagnon, instigatrice du mouvement Ma Place au travail, qui demande des solutions à court terme pour endiguer la pénurie de places en services de garde. 

Des messages qui critiquent le gouvernement sont effacés sur la page Facebook de François Legault
Photo courtoisie

Dans un message retiré par l’équipe des médias sociaux du premier ministre, elle écrivait par exemple que «des milliers d’infirmières sont en [congé] sans solde par manque de place[s] en garderie[s] et que ça n’aide pas». Elle ne comprend pas pourquoi. 

Au matin, lorsqu’elle a tenté de faire un commentaire lors du point de presse de François Legault, un message automatisé l’a également informée «qu’elle devait être abonnée du diffuseur depuis quinze minutes pour pouvoir commenter». «Pour donner son opinion comme citoyen, il faut “aimer” la page de François Legault. Je ne crois pas que ce soit normal. Et pendant ce temps, une “superfan” du premier ministre peut écrire que Justin Trudeau n’en fait pas assez. Ça donne l’impression que tout le monde est d’accord avec lui», déplore-t-elle. 

«Ils m'ont enlevé mon droit de parole»

D’autres femmes ont également témoigné au Journal avoir vécu des situations semblables. Érika Charland rapporte que dans un point de presse du ministre des Finances, Eric Girard, des messages qui rappelaient que le système québécois de garde n'est pas parfait, avec le mot-clic #maplaceautravail, ont été effacés. Ce n’était pourtant pas hors sujet puisque le ministre parlait du financement qu’Ottawa allait faire parvenir au Québec. «On ne représente pas un danger, on essaie juste de faire valoir notre point», dit-elle. 

De son côté, Jessica Arena affirme ne plus pouvoir commenter la page du premier ministre depuis qu’elle a écrit un message lui demandant de se concentrer sur «la pénurie dans les services de garde, la pénurie de logements et la hausse du prix de l’immobilier plutôt que sur la pandémie». «Ils m’ont enlevé le droit de parole. Je n’ai pas insulté personne, mais pouf, je n’ai plus le droit d’y dire ce que je pense», dit-elle. 

Le député libéral Marc Tanguay a déploré la situation lors de la période de questions. «Dénonce-t-il cette situation-là? Va-t-il corriger le tir? Peut-on commenter sans liker la page du premier ministre?» a-t-il lancé. Le leader parlementaire Simon Jolin-Barrette a esquivé l’interrogation. 

La CAQ s’en prend aux libéraux  

De son côté, le bureau du premier ministre a indiqué, dans une réponse écrite, que «les commentaires qui ne sont ni haineux, ni discriminatoires, ni menaçants ou violents ont leur place sur les médias sociaux du premier ministre», ce qui n’explique pas la disparition de ces messages.  

On précise que «la plupart des commentaires de type “coordonnés”, c’est-à-dire sous la forme de “copier-coller”, risquent d’être supprimés automatiquement». Les messages avec des liens URL subissent le même sort. 

Quant à la nécessité «d’aimer» François Legault sur Facebook pour commenter les points de presse, l’option est utilisée «pour prévenir les personnes indésirables qui se créent de faux comptes de venir “spamer” nos plateformes» dans un contexte où la page du premier ministre reçoit des milliers de commentaires. 

«Le contexte actuel nous oblige à mettre en place certains mécanismes pour filtrer certains commentaires ne respectant pas l'étiquette de la page [...]. L’objectif n’est pas de taire ou de censurer les voix dissidentes, mais plutôt de préserver un espace respectueux», indique-t-on. 

Dans sa réponse, le bureau du premier ministre s’en prend au Parti libéral et à Marc Tanguay, qui «s’attaquent au premier ministre» alors qu’il y a un «flot de commentaires haineux, agressifs, menaçants et parfois même violents» reçus par plusieurs élus.